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mardi 4 juillet 2023

Concert de Suede à Cologne - 11 octobre 2022

J’ai chroniqué plusieurs festivals ici même, et pourtant ils ne sont pas tous là. Mes photos et vidéos du festival hippie A Summer’s Tale 2019 se sont vraisemblablement perdues dans les méandres du cloud ou de mes changements de portable. Comment voulez-vous que j’en aie la moindre certitude ? C’était il y a quatre ans, avant la pandémie et avant mon retour en France. Autrement dit, il y a une éternité. Dommage, car ce festival du premier weekend d'août, situé dans la lande de Lunebourg était très familial, joyeux et écolo. Il bénéficiait surtout d'une bonne programmation et du cadre idyllique de la lande de Lunebourg, sublimée par l'éclairage du festival. Cerise sur le gâteau, 2019 était la dernière édition...avec Zaz en tête d’affiche. Quand on vous dit que son carton en Allemagne est à la hauteur de la débilité des critiques qu’elle essuie dans son propre pays !

Parenthèse fermée, venons-en au groupe que j’ai découvert un soir de Summer’s Tale 2019 : Suede. Fan de britpop, je n’avais toutefois jamais entendu parler d’eux…C’est balo, car ils sont les précurseurs de ce mouvement des années 90. Sur scène, leur chanteur quinquagénaire Brett Anderson déborde de charisme et de sex-appeal. Il vit les morceaux et les incarne avec une intensité rarement vue en live. Mais la génie que je suis n’ayant pas prévu de camping, il me fallait prendre la – longue – navette direction la gare de Lunebourg à – même pas ! – la moitié du concert pour chopper le dernier train pour Hambourg. Je me suis juré de les revoir quoi qu’il en coûte.

Et le tribut fut lourd, car j’ai pris ma place pour un concert à Cologne, persuadée que ce serait pour moi le concert du siècle et que j’allais en profiter pour faire plein de trucs cools autour de Cologne. Tu parles ! Ni l’un ni l’autre. Tout d’abord, je me suis pris en pleine face une différence de taille entre les Français et les Allemands – expression à prendre au sens propre comme au figuré. Le rappel a été brutal à cause de la configuration de cette petite salle. Bon sang, mais comment ai-je fait pour vivre aussi longtemps au pays des géants et surtout pour avoir kiffé autant de concerts là-bas ? J’étais habituée, c’est certain. Dommage que je me sois déshabituée entre-temps.


Le terrible agencement du Gloria-Theater de Cologne : on ne voit rien et impossible d’avancer quand la salle est pleine.


Ce que je voyais bien trop souvent si je ne me mettais pas sur la pointe des pieds.

Le même Brett Anderson qu’en 2019 : celui qui mouille la chemise.


Le micro-lasso. Il nous avait fait le même coup au Summer’s Tale.

 

Bref, tout ça pour dire que le sex appeal intact de Brett Anderson n’a rien changé au fait que je me suis profondément ennuyée. Le public était plutôt enjoué, du moins pour un soir en semaine. Le problème venait sans doute de moi. Quant à Cologne, la suite au prochain épisode...mais sachez que la ville n’a pas sauvé cette première mauvaise impression. Loin de là.

vendredi 21 avril 2023

Johnny Marr, Grünspan - 5 décembre 2018

 


Cette année a été riche en concerts, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Et après une soirée décevante, j’ai eu la chance de finir 2018 en beauté grâce à Johnny Marr. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cet immense artiste, il s’agit tout simplement du guitariste et compositeur des légendaires The Smiths. Et dire que j’ai découvert les Mancuniens au cours d’un épisode de Shameless, l’une de mes séries préférées de tous les temps. Je me souviens encore de cette scène où Kelly Maguire s’adonne à une espèce de pole dance sur How Soon Is Now



au Jockey, le pub du quartier. Coup de foudre auditif pour le morceau, et de fil en aiguille, j’en ai écouté et aimé plus. C’est notamment le cas des plus connus, tels que le classique There Is A Light That Never Goes Out qui a enflammé la salle ce soir-là,



ou encore Please, Please, Please, Let Me Get What I Want. À noter que je lui préfère la sublime reprise de Clayhill qui vient clôturer un chef d’œuvre absolu selon moi…Une fin qui manque rarement de me donner les larmes aux yeux.



Avant de mettre un point final à la rétrospective de cette année musicale de folie, j’ai deux choses à préciser. Tout d’abord, la présence de seulement deux vidéos et une photo pour illustrer cet article s’explique honteusement par mon arrivée à la moitié du concert. Sans doute une sieste qui s’est éternisée, tel est mon vice depuis toujours et je m’en mords les doigts.

Ensuite, le Grünspan est comme la Große Freiheit 36 en ce sens qu’il possède une excellente acoustique, mais un agencement assez malheureux. Les trois médias que vous voyez ici le prouvent : on voit très mal. De là à dire que c’est rédhibitoire quand une légende interprète ses tubes à merveille…

jeudi 20 avril 2023

Parcels, Große Freiheit 36 - 20 novembre 2018

Comme la vie hambourgeoise avant le COVID et avant mon retour dans une petite bourgade fort provinciale était palpitante pour une trentenaire curieuse du monde, mélomane et avide de découvertes ! Dans une métropole internationale, les possibilités de concerts semblent infinies. J’en ai bien profité et seulement deux jours après les Limiñanas, rebelote.



Comme quoi l’automne a ses charmes qui consolent des brèves journées et de la météo locale majoritairement composée de tempêtes et de pluie. Et les couchers de soleil représentent eux aussi un joli lot de consolation.



Mais après les deux concerts mémorables au Hafenklang, celui-ci m’a ennuyée. Il y a deux raisons à cela. La première repose sur l’agencement du lieu. La mythique Große Freiheit 36 qui se transforme en boîte de nuit le weekend avec sa formule trois salles trois ambiances n’est pas optimale pour les concerts. Les gens – ces abrutis, comme je l’ai déjà constaté au Reeperbahnfestival – préfèrent s’agglutiner au fond plutôt que d’avancer pour permettre à la foule de se répartir et donc de ne pas être trop serrée. Pourquoi faire simple quand on peut être con et imiter ces comportements débiles que l’on observe dans les transports en commun à proximité des portières ? Bref, on ne voit rien et on est en mode sardine.



La deuxième raison, par ordre d’importance, à ma non-validation de ce concert de Parcels est tout simplement le style musical. « Ben tu ne savais pas que c’était un groupe électro au moment d’acheter ta place, patate ? », me diriez-vous, selon toute logique. Mais je m’explique ! À cette époque, je vivais dans une certaine abondance financière qui s’accompagnait d’une irrépressible envie de « bouffer » cette ville – envie qui ne m’a jamais quittée depuis que j’y ai emménagé, depuis ce jour où je m’en suis fait la promesse en contemplant le jet d’eau de Jungfernstieg. Or m’imprégner de la ville où j’ai vécu le plus longtemps jusqu’ici rimait avec faire lafête à St. Pauli les weekends – et donc « kiezen » en langage local –, mais aussi et surtout avec écumer les concerts de groupes plus ou moins connus. N’oublions pas que j’étais avide de découvertes à cette époque, et une chanson enthousiasmante – Overnight ? – entendue par hasard me suffisait pour acheter une place de concert. Quitte à ce que le groupe ne fasse pas de rock, quitte à être déçue, quitte à me faire chier entourés de hipsters dans la vingtaine venus se raconter leur life


Non non, je ne mens pas comme vous pouvez le constater. Ça gueule plus fort que les artistes dans le micro…

alors qu’ils avaient pourtant payé pour écouter un groupe à leur image jouer une musique mollassonne.



Bon, ça c’est dit. Merci quand même les gars, rentrez bien !


vendredi 7 avril 2023

The Limiñanas au Hafenklang, 18 novembre 2018

Le retour dans ma petite salle de concert préférée de la ville ne s’est pas fait attendre. C’est reparti pour une balade le long de l’Elbe à l’occasion de la venue des Français de The Limiñanas dans la cité hanséatique. Après la sortie de leur super album Shadow People en janvier de la même année, ils nous font l’honneur de passer par Hambourg. Là encore, on doit sans conteste leur venue à la super équipe qui travaille à la programmation des concerts du Hafenklang.



Trêve de suspense : je n’ai pas été déçue du voyage. En ce dimanche soir, le public était cette fois-ci majoritairement composé non pas de roastbeefs bourrés mais d’Allemands et de Français plutôt sobres avant la nouvelle semaine qui les attendait. La petite salle n’était pas pleine à craquer, mais raisonnablement remplie. Bref, un topo assez sage pour un concert qui envoyait tout de même du bois, aussi bien sur le plan qualitatif qu’énergétique. 



Car si The Limiñanas désigne le patronyme du couple originaire de Perpignan – Lionel à la guitare et Marie à la batterie – le groupe se transforme néanmoins en véritable gang sur scène.



Leur musique sophistiquée aux influences anglo-saxonnes – j’entends du Velvet, perso – est alliée à des textes et à un chant gainsbouriens pour les morceaux dans la langue de Molière. Ceci dit, la setlist était quasi exclusivement anglo-saxonne ce soir-là. Ne boudons pas notre plaisir, une dernière pour la route !



Bref, c’était le bon temps des Limiñanas…Malheureusement, je les ai revus dans ma petite ville de France en mars 2022 et je me suis fait chier comme un rat mort. En effet, après les avoir beaucoup écoutés et adorés en 2018, après ce concert génial dont il est question ici, je n’ai pas jugé nécessaire d’écouter leur dernière création : l’album « De Pelicula », avec Laurent Garnier. Grave erreur. Cette collaboration de 2021 a eu raison du style Limiñanas et les morceaux sont affreux. Tout le concert était très instrumental/expérimental et j’ai eu l’impression de subir le même son progressif pendant plus d’une heure. Plus d’âme, plus de morceaux sexys comme avant. Le seul moment sympa était…une reprise !

Dommage que les choses ne soient pas restées comme en 2018 – regret à appliquer à tout le reste, bien évidemment.

vendredi 2 septembre 2022

Gang of Four, Hafenklang - 26 octobre 2018

On peut aussi appeler cette soirée « La Claque du siècle ». Une claque fait mal et laisse des traces lorsqu’elle est envoyée avec force, mais elle marque aussi les esprits quand on ne la voit pas arriver. Et c’était le cas ce soir-là. J’avais pris mon billet longtemps à l’avance pour voir ce petit groupe mythique de post-punk britannique – plus à cause du nom que par intérêt profond et grande connaissance des morceaux. Et en plus, c’était pas cher. Comme d’habitude à cette époque de dur labeur salarié, j’ai fait précéder le concert d’une sieste extensible à coups de fonction « Snooze ». Rappelons que la petite réjouissance avait lieu fin octobre à Hambourg, soit la période la plus horrible dans la capitale hanséatique. Pour faire court, octobre-novembre à Hambourg, c’est tempêtes régulières et 50 nuances de gris tous les jours. Heureusement que cette saison nous apporte les plus beaux couchers de soleil de l’année

 

Depuis mon bureau près du Rathaus,


et que la Große Elbstraße offre une vue imprenable sur le port by night.

 


Le tout compense donc les coups de fouet sur le visage et représente un bel avant-goût extérieur de la soirée mémorable que j’allais passer à l’intérieur.

Justement le Hanfeklang, parlons-en. Cette petite salle underground a l’avantage de se situer au bord de l’eau et un peu à l’écart de la tonitruante Reeperbahn et de ses clubs enfumés. Quant à sa programmation, elle est pointue et fort réjouissante. La preuve, Gang of Four ou encore Sham 69 l’année suivante n’ont pas vraiment multiplié les dates en Allemagne. Alors bravo à l’équipe du Hafenklang qui a su attirer du roastbeef qualitatif.

À ce sujet, Hambourg est la ville la plus anglaise d’Allemagne, avec ses nombreux expats et visiteurs du weekend venus tout droit de la perfide Albion grâce aux lignes ultra bon marché de Ryanair. Ce soir-là, je pense avoir été non seulement la seule Française du public, mais aussi l’une des seules personnes du continent. Les Nords-Allemands étaient peut-être dans la place, mais comment les repérer au milieu d’une petite foule d’Anglais déchaînés/bourrés/défoncés ? Comme à leur habitude, nos ennemis héréditaires sont déchaînés et leur énergie est autant responsable de la qualité du concert que les artistes qui envoient le pâté sur scène.

Le réveil n’ayant jamais été mon point fort, je rate la première partie. Peu importe. Le groupe débarque et…surprise…le guitariste Andy Gill est le seul membre de la formation originale du groupe. Petite parenthèse : ce guitariste au style très particulier – The Edge l’a souvent cité comme influence – a eu une carrière de producteur après Gang of Four et avant le come-back du groupe avec un line-up rajeuni. Il est décédé à seulement 64 ans en février 2020 ; les rumeurs le disent victime prématurée du COVID-19 avant que la pandémie ne s’attaque à l’Europe.

Les trois pièces rapportées sont géniales. Le bassiste est canon et déborde de charisme et de sensualité inconsciente, 



tandis que le chanteur dégage une énergie brute mise en valeur par une arrogance anglaise qui fleure bon la grande époque du punk où on chiait sur son public. 




Le tout donne – et je pèse mes mots près de quatre ans plus tard – le meilleur concert auquel j’ai assisté. Des pogos, des sauts, j’étais littéralement transportée. Leur son est génialissime, et je crois bien que Damaged Goods possède les meilleures paroles en langue anglaise.



Je ne sais pas combien de temps le concert a duré, je ne sais pas qui j’étais à ce moment-là. Personne, sans doute. Et c’est la plus belle sensation au monde. Peu d’expériences sont capables de l’offrir, et les concerts en font partie. Il n’y a rien de plus ineffable qu’un excellent concert, alors comme le disait très justement un Hambourgeois à son pote – la preuve qu’il y en avait dans la salle, finalement – au moment de pousser la porte du Hafenklang sur la nuit glaciale du port et en soufflant un bon coup : « Wow !... Ja, einfach wow ! ».

jeudi 18 août 2022

The Courettes : le duo qui sonne comme un quatuor

 Qu’est-ce que le Reeperbahn sinon un festival qui permet de (re)découvrir les clubs autour de la mythique rue du vice, mais aussi et surtout des artistes encore inconnus ? Avec ses nombreuses conférences, ce festival avant tout destiné aux professionnels n’en était pas moins mon préféré de tous lorsque j’habitais dans la capitale hanséatique. Et lors de la session 2018, j’ai fait le plein de nouveautés, à commencer par The Courettes. Comme le souligne leur petit « slogan », ce duo sonne comme un quatuor tant il est explosif. Problème déjà annoncé dans mon article à ce sujet : je n’ai rien vu de leur concert lors du Reeperbahn festival et pour y remédier, le rendez-vous a été pris pour le 20 octobre 2018 au Pooca Bar. Minuscule établissement de la survoltée Hamburger Berg, il transpirait le charme underground ce soir-là.

 

Anecdote du siècle...

 

…que je me remémore assez souvent depuis. Le concert débute avec plus d’une demi-heure de retard, et qui plus est avec une première partie. Certes, on est samedi soir et on a le temps, mais quand même. La lassitude naît d’une trop longue attente. « Ich hab’ kein Bock auf die Vorband », dis-je plusieurs fois à mes potes en soupirant. Surprise, mes bâillements ont été aussitôt déjoués par le rock qui envoie du bois de The Cave Riot, petit groupe local.

Soudain, entre deux chansons, le chanteur lance à « Hi Klaus » à un vieil homme qui venait de me frôler en se tracant un chemin vers le bar. Une bonne partie du public répond par des petits cris de sympathie du style « wow wow » ponctués de quelques applaudissements en tournant la tête vers le Monsieur. J’ai tout de suite compris : environ 80 ans et célèbre à Hambourg, il était forcément lié aux Fab Four. En rentrant chez moi, j’ai recherché « Klaus Beatles Hambourg » et suis tout de suite tombée sur le visage désormais familier de Klaus Voormann. Incroyable ! Ce musicien et producteur allemand était non seulement très proche des Beatles, mais en plus de cela il l’est resté pendant longtemps puisqu’il a joué de la basse sur les albums solos des anciens membres et a enregistré un trio avec Macca et Ringo Starr en 2009.

À juste titre, vous allez trouver mon engouement bien ridicule, mais je reste persuadée qu’on est vivant si on a la capacité de s’émerveiller des choses en apparence les plus anodines. Transformer les petits moments en grands souvenirs, c’est ça avoir gardé son âme d’enfant, c’est ça être passionné. Or pour moi, frôler un ami intime du plus grand groupe de tous les temps, c’est tout sauf insignifiant. Ce souvenir prend d'ailleurs une dimension particulière quand on connaît mon attachement à la ville de Hambourg qui n’a fait que s’épaissir depuis que je l’ai quittée.


Bref, revenons-en aux Courettes !

 

Une fois la super mise en bouche des Cave Riot terminée, les Courettes prennent place et envoient le pâté. Alors les Courettes, c’est quoi ? Et bien la recette est pour le moins inhabituelle : une chanteuses-guitariste brésilienne et son compagnon danois aux fûts. Son look est en accord avec la musique : tout droit sortis des sixties. Le son est garage bien crade comme on l’aime, le volume est fort et les morceaux sont entraînants. 


Le public, largement composé de Britanniques (ou d’Anglais même ? - est à fond. Comme d’hab. Moi qui arpentait régulièrement les clubs de la ville pour sautiller sur des petits concerts de rock indé, je peux vous assurer que Hambourg a bien de la chance – dans ce contexte, et uniquement dans ce contexte, pas dans la rue, avec ces hordes de jeunes célibataires à l'alcool violent venus fêter des enterrements de vie de garçons à St. Pauli – d’être la ville allemande qui compte le plus de Britanniques. Les Allemands du Nord étant chiants comme la pluie, j’ai maintes fois remercié dans ma tête nos ennemis d’outre-Manche toujours bourrés et défoncés, car au moins on pouvait compter sur eux pour assurer une ambiance survoltée aux concerts.

Bref, c’était génial et il nous a fallu quelques instants pour redescendre sur Terre une fois les derniers riffs envoyés. Le pauvre couple a bien galéré à nous renvoyer à la maison après un dernier morceau improvisé, ou devrais-je dire "forcé" par les cris de la foule. Lors de la petite séance de débriefing au Burger King qui a suivi, nous n’avons malheureusement pas pu répondre à la question que tout le monde se pose, à savoir « que fait une femme aussi canon avec un boudin pareil ? ». Mis à part les traditionnelles explications de l’oseille ou du gros membre, nous n’avons rien trouvé.


Peu importe, on écoute The Courettes, parce que ce sont de tels petits groupes talentueux et pleins d’énergie qui nous laissent une vague lueur d’espoir. Le rock n’est pas mort.



dimanche 14 août 2022

MS Dockville 2018 : 17 - 19 août

Depuis que j’ai retrouvé le chemin de mon premier enfant avec cet article, j’essaie de rattraper le temps perdu. Quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsque j’ai constaté un oubli majeur entre le concert de Dream Wife en mars 2018 et le Reperbahn Festival en septembre de la même année : le festival MS Dockville qui s’est déroulé du 17 au 19 août 2018. Et comme je suis en pleine période de nostalgie hambourgeoise, autant aller au bout de cette émotion en rédigeant un article sur ces quelques jours passés dans le quartier de Wilhelmsburg. Comme son nom l’indique, le festival a lieu sur les anciens docks, un site idéal pour la musique qui s’y joue : indie, pop et électro. Ambiance urbaine et public très jeune, ce qui n’a pas empêché la joyeuse bande de trentenaires que nous étions de passer un excellent weekend.


Le site

Traversé par des canaux, le quartier de Wilhelmsburg est assez excentré vis-à-vis du cœur de Hambourg (Reeperbahn, Jungfernstieg, par exemple). Personnellement, je ne l’ai fréquenté que quelques fois en sept ans pour m’entraîner dans son super centre d’escalade, la Nordwandhalle. Comme tous les quartiers des grandes villes allemandes, il n’est rattaché à Hambourg que sur le plan administratif et possède son propre caractère. Des bâtiments industriels et immeubles d’habitations prolétaires aux coins plus ruraux, cette île entourée par l’Elbe est un petit bijou pour un tel festival et donne aux Hamburger l’occasion de se dépayser en prenant les transports en commun.


Je n'ai pas menti au sujet de la dimension rurale, puisque des moutons paissent sur la digue.


Magnifique coucher de soleil sur l’Elbe. Vue sur le port qui me donne envie de pleurer tellement MA ville – par là, j’entends celle où j’ai vécu le plus longtemps – me manque.

Rethespeicher, silo à grains


Mise en perspective avec notre meilleure amie, la belle blonde au premier plan à droite. Petite foule de festivaliers venus admirer eux-aussi ce beau coucher de soleil.

Décor industriel à tous les coins du site


Encore une jolie photo de coucher de soleil. Et la foule.



Même à Hambourg – ou devrais-je dire, de par son caractère maritime, SURTOUT à Hambourg – les Bretons sont là et entendent bien le clamer avec leur célèbre drapeau.



Les concerts auxquels j’ai assisté


Vendredi 17 août 2018

Everything Everything : groupe d’art rock britannique fort sympathique que je connaissais un peu avant de les voir. La prestation de ces Messieurs en bleu de travail était à la hauteur de ce que j’ai pu entendre avant. Pas mal, donc.

Cigarettes after sex : qui ne connaît pas leurs chansons hyper mélancoliques/sexuelles/déprimantes dans le BON sens du terme ? Et bien contre toute attente, nous nous sommes fait chier pendant le live, perdus dans un nuage de fumée bien trop épais. Toutes les chansons sonnent pareil et Cigarettes after sex fait partie de ces artistes qu’il vaut mieux écouter chez soi.

Superorganism : j’étais venue en partie pour eux, alors qu’ils étaient loin d’être une tête d’affiche. Malheureusement, la prestation était très décevante. Des petits c...euh des d’jeuns pardon, dont l’attitude de branleurs hipsters a eu le don de me souler.

Samedi 18 août 2018

Les Suédois de First Aid Kit et leurs deux chanteuses à la voix sublime (surtout la brune). Coup de cœur.

Alt-J : l’une des têtes d’affiche du festival, mais en fait, c’était pas si bien que ça.

 

Dimanche 19 août 2018

Dernier jour de festival. Arrivé trop vite, il n’en restera pas moins le meilleur sur le plan qualitatif.

Welshly Arms : mon plus gros coup de cœur du weekend. Ce groupe de rock blues américain a su mettre le feu, et comme il représente un genre musical en voie de disparition et quasi absent de cet événement en particulier, ces musiciens resteront mes préférés du festival.

Et voici déjà le dimanche soir. Terminons ce festival par l’un des concerts les plus attendus par le public. Découverte totale pour ma part, les Français de The Blaze prouvent que nous sommes définitivement les rois de l’électro.

dimanche 11 novembre 2018

Un QG au bord de l'Alster


Pourquoi n’aurait-on pas un QG à soi ? Le mien est ici : au bord de l’Alster, juste derrière le théâtre « Winterhuder Fährhaus ». La première fois, j’y suis allée pour des raisons pratiques. J’habite dans le coin et suis très feignante. Depuis, d’autres raisons pratiques m’ont poussée à l’élire quartier général de ma pomme. Le grand « Stadtpark » est envahi par des chiens en liberté et des barbecues quand le temps le permet. Comme je n’aime ni les chiens, ni l’odeur de la saucisse en plein après-midi, je lui ai préféré ce petit bout d’herbe au bord de l’eau. Enfin d’herbe…ce qu’il en reste, car la sécheresse exceptionnelle de cette année en plus du piétinement – le premier entraînant le second – ont transformé la pelouse verte en étendue jaune et abîmée à peine capable de recouvrir la terre.

Tous les weekends ou presque, c’est rendez-vous au QG. Un livre, une couverture pour se protéger du sol inconfortable, et bien sûr, mes écouteurs. Je me plonge d’ailleurs plus volontiers et longuement dans des vidéos-clips imaginaires – où les figurants qui m’entourent sont bien réels – que dans les romans apportés. Tout est propice à l’évasion, à laisser passer le temps sans ressentir le besoin de courir après, bercée par les différents quarts d’heure annoncés par le clocher de l’église St. Johannis. Il se cache modestement sur l’autre rive, derrière les feuillages, et s’il n’était pas là pour rappeler avec une telle obstination que les secondes, minutes et heures existent et s’écoulent, le parcours du soleil en face de moi suffirait à me l’indiquer. Plus vaguement certes, mais qu’importe. Seuls comptent les figurants  qui se succèdent à mon regard de réalisatrice du dimanche.

Pendant les journées les plus chaudes, des jeunes gens laissent exploser leur souffle vital en sautant du pont réservé aux cyclistes et piétons pour faire résonner leurs cris stridents dans l’air immobile et secouer l’eau froide de leur adrénaline. Entre les sauts, les bateaux de touristes, stand up paddles et canoës glissent devant ma caméra mentale, des groupes alcoolisés aux couples paisibles dont le chien se prélasse au milieu de ses maîtres en plein effort. Leurs ballades illustrent à merveille celles qui passent à travers mes oreilles, tandis que le brouhaha des cyclistes et bruits divers au-dessus de ma tête constitue un fond visuel acceptable pour un morceau des Hives, n’importe lequel.

Et puis il y a Alma. La star. Je n’aime toujours pas les chiens en général, mais il arrive que des chiens en particulier me fassent fondre. Et samedi dernier au QG, tout le monde était amoureux d’Alma. À peine arrivai-je sur la pelouse qu’elle quitta le couple assis sur des chaises pliantes au bord de l’eau pour m’accueillir. Des caresses, quelques tentatives délicieusement ratées de prendre dans sa gueule des branches trop lourdes pour elle, et la voici qui me quitte déjà pour un autre couple, à ma droite cette fois. Je compris alors que ce sublime épagneul nain continental n’appartenait même pas au couple de vieux jeunes avachis sur leurs chaises pliantes. Et non ! Alma allait avec tout le monde et sa maîtresse, la vraie, avait beau l’observer avec un sourire et l’appeler de temps en temps pour profiter de la peluche à son tour, elle continuait ses visites câlines et joueuses d’étranger en étranger, avec une nette préférence pour les couples. Un excellent moyen de doubler les caresses.

Les admirateurs s’accumulaient en cette douce après-midi d’automne. Une mère et sa fille se mirent à questionner la jeune étudiante sur les nom, sexe et maternités passées ou futures d’Alma, avant de tenter, avec le concours de l’heureuse propriétaire, de faire poser la star pour immortaliser cette rencontre. Un vieux passant fit de même et lâcha sa canne pour confier son appareil photo à la jeune femme.
Tout cela, c’était le weekend dernier. Nous sommes aujourd’hui dimanche, soit huit jours après le coup de foudre. Alma est là, se redresse pour me souhaiter la bienvenue sur le sol de mon – notre – QG, mais elle est retenue par une laisse. Allongée à côté d’une amie de sa maîtresse studieuse, elle devra réserver ses caresses et léchouilles à ce bipède fort possessif. L’été indien n’a jamais été aussi superbe qu’en ce quatorze octobre deux-mille dix-huit, et Alma, même privée de distribution d’amour, reste la star du QG, à l’image d’un soleil pourtant couche-tôt.



vendredi 3 août 2018

Le mardi soir


En 2016, je me suis envolé pour la Corée par hasard. Cela faisait des années que je voulais découvrir l’Asie, et puis un jour, l’occasion s’est présentée grâce à des amis peu adeptes de la procrastination, contrairement à moi. Nous sommes avons visité le pays en juillet, au beau milieu d’une chaleur humide insoutenable pour les Européens. Mais l’exotisme et la nourriture valent toujours le coup de transpirer abondamment. J’ai adoré. Je suis dingue de ce pays et même l’immensité polluée de Séoul m’a conquis. Comme c’est souvent le cas dans l’attachement des hommes à un pays, les filles y sont pour quelque chose. Tellement mignonnes, bienveillantes et curieuses dès qu’un Occidental se présente à elles.

J’ai eu du mal à chasser la Corée de mes pensées une fois ma routine reprise à Hambourg, la ville où j’habite depuis que j’ai quitté Grenoble il y a quelques années. Voyageur et expatrié, toutes les conditions sont réunies pour que vous m’imaginiez en jeune baroudeur avide de découverte de nombreux pays. Et bien pas tant que ça. Je n’ai jamais fait de tour du monde et comme je vous l’ai dit, mon premier voyage en Asie remonte à deux ans seulement. Il a même été ma première aventure hors du continent européen.

J’imagine que le dépaysement est la principale cause de mon amour porté à cette contrée lointaine, celle qui chapeaute toutes les autres. Mais peu importe, finalement. Ce qui compte, ce sont les faits. Les voici : physiquement au travail, avec mes collègues, mes amis et mes collocs le weekend, j’étais mentalement en Corée. La première semaine, je pensais que tout cela n’allait pas durer et que mon investissement dans le quotidien reprendra le dessus à mesure que les souvenirs s’estomperont. Que nenni ! Je regardais mes photos tous les jours dans le métro, et environ un mois après la fin de ces vacances incroyables, j’ai commencé à apprendre le coréen. Quel pied ! Moi qui aie toujours aimé le défi que représente l’apprentissage des langues, j’étais servi. Et puis ça fait toujours du bien de faire marcher un peu son cerveau quand les études sont loin derrière et que la vie de bureau devient d’un ennui parfois abyssal. Je suis développeur informatique pour une grande entreprise d’import-export depuis deux ans et croyez-moi, mes facultés intellectuelles se sont ramollies au rythme de la vie professionnelle parsemée de journées en home office guère plus palpitantes.

Alors j’y ai pris goût. Je me suis juré de ne pas abandonner. L’apprentissage d’une nouvelle langue à l’âge adulte peut s’apparenter à la pratique d’un nouveau sport : on s’excite au début, on en fait des tonnes, et puis à force d’avoir trop donné, on finit par se lasser au premier obstacle majeur. Pour être certain de garder le cap et de travailler mon oral, j’ai rejoint un groupe Facebook « Tandempartnersuche in Hamburg » et posté une annonce en vue d’un tandem allemand (ou français)-coréen. Par souci d’allier l’utile à l’agréable, j’ai ignoré les quelques réponses et messages privés envoyés par des hommes. Puis j’ai sélectionné la plus jolie : Jae-Hwa. Nous avons brièvement échangé sur Facebook Messenger et, tombés d’accord sur l’objectif du tandem – quoi que…elle ignorait sans doute mes intentions cachées -, nous avons convenu de nous retrouver pendant une heure et demi, tous les samedis après-midi, au Starbucks de Jungfernstieg. Malheureusement, comme c’est souvent le cas avec les filles, à l’ère de Tinder, de la superficialité et du paraître « débordé », elle n’est pas venue. Rien de grave en soi, si ce n’est qu’elle m’a prévenu le matin même. Et vous savez quoi ? Jae-Hwa signifie « respect et beauté » en coréen. Pour le premier mot, on repassera. Pour le deuxième, Photoshop ne corrige que les images. Il ne peut rien contre la laideur des caractères.

Je reconnais avoir été quelque peu démoralisé par cette mini-trahison, sans toutefois m’être laissé abattre. J’ai donc reposté mon annonce et au bout de quelques semaines, la charmante Hyun-Ae a mordu à l’hameçon. Dès le premier message, j’ai compris qu’il allait y avoir du boulot ! Elle avait du mal à aligner plus de trois mots en allemand sans faire des fautes de grammaire ou d’orthographe. Parfait. Je lui serai d’autant plus indispensable. Le rendez-vous a été pris sans délai, Hyun-Ae était d’autant plus motivée et pressée qu’à l’époque, elle n’habitait en Allemagne que depuis quatre mois. Déjà très occupée pendant le week-end, elle a proposé le mardi soir à 17h30 au Friends & Coffee, près de l’Hôtel de Ville.

En bon Français, j’étais en retard et elle m’attendait déjà au premier étage, sirotant un verre de Bionade orange. Quand elle a levé les yeux pour répondre à ma salutation, j’ai immédiatement revu Séoul dans son immense sourire asiatique. On ne va pas sortir les violons et parler de coup de foudre, mais j’ai senti que j’allais vite progresser en coréen. La conversation a vite pris. Je ne suis pas timide pour un sous et Hyun-Ae sait mettre à l’aise avec son sourire permanent, son petit rire d’enfant poli et ses maladresses grammaticales. C’était un vrai plaisir de l’écouter se présenter en allemand, de la corriger patiemment et de la voir si déterminée à apprendre. La rigueur, le zèle asiatique. Puis mon tour est arrivé et une pluie de compliments s’est abattue sur moi « Oh mais tu parles tellement bien ! » « Où est-ce que tu as appris à parler comme ça ? » « Mais je suis ridicule par rapport à ton niveau ». Quel rayon de soleil. Je n’ai pas vu nos trois heures trente passer et les serveuses antipathiques – encore des grosses Allemandes en friche – ont quasiment dû nous mettre dehors à la fermeture du café. Lorsque, après l’avoir quitté, j’ai enjambé ma monture à deux roues, le vent hanséatique glacial de novembre soufflait comme une brise d’été sur mes joues enflammées d’homme sous le charme. Je devais avoir l’air idiot avec mon air de ravi de la crèche. L’ennui professionnel m’est totalement passé au-dessus de la tête jusqu’au vendredi et la douce Hyun-Ae n’a pas quitté mes pensées pendant mon weekend constitué en priorité de soirées hautement alcoolisées. Le mardi était devenu mon jour préféré. Qui peut se vanter d’un tel privilège ? Le soulagement du vendredi et l’ivresse du samedi sont devenus bien fades depuis que mon tandem existe.

Mais rien n’étant jamais parfait et sentant que je vous fatigue avec mon étalage de midinette, il faut que je vous raconte une petite ombre au tableau. C’est elle qui a choisi le lieu ; il est bien situé et c’est le principal. Il est toutefois bruyant et accueille tous les mardis une sorte de club d’écriture pour Français. Enfin pour Françaises, soyons  précis. Elles ne sont pas débiles comme la plupart des groupes de filles, mais je sens bien qu’elles nous observent et même si je n’entends pas tout ce qu’elles se disent, je ne suis pas dupe. Elles se moquent un peu de nous et, meilleures observatrices qu’écrivains, voient bien que je drague ma partenaire linguistique. Qu’elles ne me cassent pas mon coup, ces mégères ! Quitter la France pour voir des compatriotes déstabiliser mes tentatives de séduction intercontinentale, ce serait un comble.

Peu importe. C’est un détail insignifiant que je vous ai relaté dans le seul but de changer un peu de disque pour ne pas verser dans la mièvrerie absolue. Hyun-Ae, « pleine de sagesse » en coréen. Et mon Dieu qu’elle l’est. Persévérante, appliquée et attentive. Méritante avant tout, car débarquer de Corée pour s’installer en Allemagne sans connaissances préalables de la langue est un acte admirable. Je l’adore. Elle a la politesse de rire à mes petites blagues, ce que les Européennes castratrices – pléonasmes – refusent toujours de faire. À quoi sert une femme si ce n’est à mettre en valeur son partenaire masculin ? Qu’elles ne viennent pas se plaindre d’être seules, ces pestes occidentales. Heureusement que Hyun-Ae me donne une bouffée d’oxygène dans ce monde si malveillant pour les hommes. Un sourire presque greffé sur le visage, des petites remarques effrontées mais tellement irrésistibles, comme ses moqueries à chaque fois que je couvre mon crâne de mon foulard têtes de mort avant de partir. Je sais bien qu’il me faudra prendre mon temps et redoubler de patience avant qu’elle ne m’autorise à sortir avec elle, mais c’est justement ce qui me plaît chez les Coréennes. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Vous savez quel jour on est ? Lundi. Il est 15h30 et je préfère vous parler de Hyun-Ae plutôt que de travailler. Comme tous les lundis depuis déjà six mois, je ne pense qu’au lendemain.



mercredi 2 mai 2018

Le ciel de Winterhude


Le bonheur n’existe pas, arrêtez tous de le chercher. Faîtes des choses grandes, faîtes des choses belles, faîtes des choses bonnes et les moments de joie vous tomberont sur le coin de la tête sans crier gare. Travaillez pour ne pas cogiter, aimez pour ne pas mépriser et surtout ne rêvassez pas. L’action est votre salut face à la dépression qui guette les Occidentaux éternellement insatisfaits.

Tout plaquer comme vous dîtes ? Faire le tour du monde ? Oui, et alors ? Vous emporterez vos problèmes et ruminations dans vos bagages. Ils seront coincés entre l’anti-moustique et le guide du Routard. Là-bas, vous vous direz que les gens sont simples et que nous devrions prendre de la graine, nous reconnecter aux choses vraies, à la nature. Vous irez donc, dès votre retour en Occident, courir acheter vos aubergines  estampillées bio à 4€ pièce et gorgées de pesticides pour leur donner cette peau si parfaite. Nous avons tant à apprendre, dîtes-vous, des sourires, de l’humilité et de la résilience des peuples moins développés que les nôtres. Les données statistiques pourtant visibles à l’œil nu vous passent au-dessus de votre tête mise K.O. par le l’agréable choc culturel : le taux de chômage, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, l’espérance de vie. Vous, les voyageurs occidentaux, avez décidé de ne voir que les sourires. Et c’est bien normal, car après tout, qu’y-a-t-il de plus immédiat et efficace qu’un sourire ? Alors c’est promis, quand vous rentrerez, vous ferez tout pour accepter votre sort, ne râlerez plus à cause de futilités, de problèmes de métro en grève que ces peuplades rencontrées il y a quelques semaines aimeraient bien échanger contre les leur. Telle une célébrité française partie en terre inconnue avec Frédéric Lopez, vous vous jurez avant de quitter cette terre et ces gens croisés que vous ne les oublierez pas et que ce voyage a changé votre vie. Mais chassez le naturel…

Vous recommencerez à vous impatienter, à détester votre travail, son salaire jamais assez élevé, à vous dire que ça, ça, ça et ça pourraient être sensiblement améliorés dans votre vie. Bref, vous n’avez rien appris de ces fameux gens simples. Et pourquoi ? Parce que c’est ainsi. Vous êtes des Occidentaux habitués à un certain confort depuis toujours et les voyages, quelles que soient leur intensité ou leur durée, ne changeront pas les verres de ces lunettes qui vous ont été greffées à la naissance, car c’est à travers elles seules que vous voyez le monde et votre vie. Votre résolution de simplicité était pourtant biaisée dès le départ car, lorsqu’on accepte son sort avec philosophie, on ne se pose pas de questions sur sa vie, son environnement, et aucune envie d’évasion, aucun voyage ne peut émaner d’un tel sens de la fatalité de l’existence. Alors c’était trop tard pour vous, puisque vous êtes partis pour chercher des réponses à des questions que la plupart des habitants de cette planète ne se pose pas. Vous avez bien vu que ces autres humains travaillaient sans se demander si leurs tâches avaient du sens et si elles leur plaisaient, vivaient depuis l’âge de seize ans avec leur femme sans se demander s’ils l’aimaient. Qu’est-ce que ça peut faire après tout ? Le mariage d’amour n’est qu’une invention récente des sociétés modernes. Bref, le bonheur pour eux, c’est d’avoir de quoi manger et que toute la famille soit en bonne santé.

Mais vous, vous ne reviendrez pas en arrière. La société consumériste ultra mobile et la paix relative dans laquelle vit votre pays depuis plusieurs générations sont passées par là. Vous avez déjà goûté à la drogue du voyage et aux plaisirs futiles et fugaces que peuvent apporter une jolie voiture, un après-midi dans un parc d’attraction ou encore un concert hors de prix dans un stade. Vous ne tenez pas en place et les bonnes résolutions de retour de voyage lointain s’envolent aussi vite que celles des 1er janvier. Mais rassurez-vous, si le bonheur n’existe pas et si les Grecs n’auraient pas pu proférer leur sagesse à l’époque de l’iPhone et de l’A380, tout n’est pas perdu. La vie difficile à vos yeux et les contraintes sont traversées de moments de grâce qui surprennent et ravissent d’autant plus que nos quotidiens s’oublient dans l’action salvatrice, la pire ennemie de la maussade oisiveté rêveuse. C’est quoi un moment de grâce ? Ce n’est pas grand-chose si l’on refuse d’en faire quelque chose de grand. C’est aussi simple que le ciel de Winterhude une veille de 1er mai.




mardi 20 mars 2018

Sortez-moi le bon vieux féminisme du garage !

Dream Wife



Par cet hiver, ce gel, cette déprime, cette morosité interminables, rien de tel pour réchauffer ses nerfs endoloris que l’incandescence d’un groupe de garage-rock féminin comme on n’en fait plus. Trois jeunes londoniennes enragées : deux sympathiques butchers qui balancent des riffs puissants et irrésistibles accompagnés de paroles féministes vociférées par une fausse lolita blonde. 
 

Bref, un petit - minuscule - air des Slits dirais-je timidement, bien incapable de citer un autre groupe féminin similaire.


Ce « girl power » band, c’est comme un truc « à l’ancienne », ça vous ramène à la fin des années 70, vous avez l’impression de connaître, mais non. C’est nouveau et impossible de trouver un équivalent passé, malgré des clins d’œil à certaines chanteuses marquantes (ex : un « one way or another I'm gonna get ya, I'll get ya get ya get ya get ya get ya » au milieu d'une chanson et le « I tell you what I want, what I really really want » du titre FUU).
Six petites semaines après la sortie de leur premier album, les punkettes nous ont fait l’honneur de passer par l’une des villes les plus rock que je connaisse, qui plus est dans mon club préféré.


Concert du 14.03.2018 au Molotow, Hambourg

Si j’ai du mal à trouver à Dream Wife une ressemblance avec un groupe en particulier – leur son me rappelant tout au plus les Stooges (ici la formidable intro de FUU)

 
et la Patti Smith de Horses -, il en va autrement de la première partie ce soir-là. Avec wearemarvin, c’est comme si The Strokes avaient fait des cochonneries pendant quelques dates de tournée en Allemagne et que leurs fils sortaient tout à coup de l’ombre. Pour l’enfant du merveilleux revival rock des années 2000 que je suis, cette mise en bouche pré-Dream Wife a été un véritable plaisir. Moi qui n’aime pourtant pas les premières parties et arrive toujours en retard pour les louper, je ne regrette pas l’exception faite.


Pendant l’entracte, nous sommes allés fumer des clopes et surtout nous rafraîchir dans note chère cour du Molotow. Il faisait chaud dans cette salle. Tellement chaud. Comme dans tous les clubs de Hambourg, quel que soit le temps à l’extérieur. Je me rappelle les cris des petits Lemon Twigs obligés de se mettre torse-nu pendant de leur concert à l’Indra-Club en avril 2017 : « And before we all die from heat ».
Alors pour finir d’enflammer tout ça, le truculent trio débarque avec Hey Hearbreaker aux riffs entêtant. Ce morceau étant de loin le meilleur de l’album, autant dire qu’on nous a mis dans l’ambiance sans ménagement. 

 
Les chansons s’enchaînent, le public bouge bien et ça sautille sans arrêt sur la scène. Le groupe est en nage et déclare même avoir plus chaud qu'à Sidney où il a joué la semaine passée.
Trop plein d’énergie, de jeunesse qui exulte, quel pied ! Les slogans féministes fusent au milieu des paroles sans équivoque, comme dans cet hymne au respect de la femme où "I am not my body, I am somebody" fustige l'objectivisation de celle-ci.


Puis arrive en milieu de concert le « moment préféré » pour la chanteuse : celui où elle exhorte toutes les « bad bitches » de la salle à venir aux premiers rangs, et demande ainsi pendant trois plombes - puisqu’ils n’ont pas l’habitude de laisser leur place – aux mecs de « get the fuck away ». Sur fond de solidarité féminine si chère à leurs yeux, elles clament ainsi leur fierté d'être des « bad bitches » pendant la très explicite FUU. Ironie du sort : mis à part quelques rares couples lesbiens et filles "normales" dans mon genre, l'immense majorité du public est composé d'hommes. N'oublions pas que le rock - et à plus forte raison le punk - est un genre masculin très viril ; d'où le regrettable manque de filles au sein des groupes.


L’ensemble n’aura pas duré plus d’une heure, même si je n’ai bien évidemment rien chronométré. Le meilleur sauna du monde s’est terminé trop vite car il ne faut pas oublier que les demoiselles n’ont sorti qu’un album. Alors dans une apothéose de féminisme véhément - et ouvertement anti-mecs, vous l'aurez compris -, les amazones punk ont invité une poignée de gonzesses des premiers rangs à monter sur scène pour danser sur les dernières saillies punk.

Mon Dieu que c’était bon ! Le genre de concert qui vous revigore pendant les jours qui suivent. L’hiver peut continuer de nous les briser, rock and roll is not dead.