dimanche 7 octobre 2018

Reeperbahn Festival 2018 : 19 – 22 septembre


Le temps vole, comme on dit dans la langue de Goethe, et nous en sommes déjà à raconter ma deuxième édition du Reeperbahn Festival. Je vous passe les détails sur l’identité de ce festival, tout est ici. Retenez simplement que c’est LA rencontre de l’industrie musicale en Europe : les jeunes groupes du monde entier s’y produisent pour se faire connaître auprès des labels. L’autre pan du festival consiste en de nombreuses conférences pour professionnels du secteur, mais je n’y étais pas et me limiterai aux concerts.

Cette année malheureusement, une méchante sinusite m’a pris mon samedi et « seulement » trois jours seront chroniqués.

Nouveauté pour ma part, les films. Et oui, ils font partie du programme et ont la particularité d’être projetés dans un petit cinéma indépendant, L’Abaton, hors du périmètre de la Reeperbahn. J’ai donc inauguré mon édition 2018 par « Here to be heard : the story of The Slits », un documentaire sur le premier groupe punk féminin. Y interviennent entre autres les musiciennes de la formation d’origine : la bassiste Tess Pollitt, la guitariste Viv Albertine et la batteuse Palmolive. Du fond de cette salle quasiment vide, je n’ai pas appris grand-chose, si ce n’est qu’elles ont été les premières à promouvoir la laideur chez la femme, comme le montre la couverture de leur album Cut



Et rien que pour cela, elles sont admirables. La personnalité loufoque et bruyante d’Ari Up transcende le film malgré sa disparition des suites d’un cancer qu’elle a refusé de soigner. Mais le plus grand plaisir de ce film plutôt ennuyeux était de voir des images des premiers concerts des demoiselles reggae et de les écouter, tout simplement (Typical girls, Animal Space), car c’était avant tout un bon groupe, novateur et qui a su évoluer, sortir du punk au début des années 80 pour aller vers le reggae et les sonorités africaines.

Le passage aux choses sérieuses, aux concerts donc, a commencé avec Jett Rebel au minuscule St. Pauli Museum. Et franchement, belle entrée en matière. Énorme talent, qui confirme la tendance observée l’année dernière de la qualité des artistes néerlandais.

Dans un autre registre, bien plus au Nord, j’ai eu un énorme coup de cœur pour FRUM des îles Féroé. Une voix extraordinaire, et c’est souvent le cas pour les chanteuses venant du froid, une électro-pop parfois planante, parfois dansante, et même des accents de musique urbaine dans Beat. Bref, un excellent moment passé au Nochtspeicher.

Après une brève transpiration dans un sauna encore plus insupportable pour écouter les Français MNNQNS et leur rock assez répétitif (mais qui selon les dires d’un ami s’est amélioré suite à mon départ), traversons la rue pour aller dans le beau Schmidts Tivoli applaudir une dernière chanson du fou-fou sympathique Flavier Berger qui précède LA vedette.

Alors Julien Doré, comment dire…Il a le don de composer des mélodies sublimes et irrésistibles. Le problème, ce sont ses poses, sa personnalité agaçante sur scène et pire, les versions live de ses chansons qui perdent en intensité. Grosse déception de cette première journée.



Heureusement que la soirée se termine dans la fraîcheur avec les jeunes Norvégiens de I am K au Mojo Jazz Café. Une belle voix et des mélodies efficaces qui nous ont vite fait oublier la star francaise plus blasée que nouvelle.

Jeudi, jeudi. Débutons cette deuxième journée par deux petits concerts sympathiques sur fond d’après-midi ensoleillé. Rock N Roll Radio est un groupe coréen – je n’exagérais donc pas quand je parlais de festival d’envergure internationale en préambule – au rock parfois garage, parfois plus 80’s, mais toujours agréable.



Mon coup de cœur de la journée va à Aquarama, ce petit groupe italien qui nous livre sur la petite scène du Sommer Salon une pop sucrée et dansante, notamment grâce à des percussions irrésistibles.


Et la pluie apporte dans sa morosité mon dernier jour de Reeperbahn festival, même si je l’ignorais encore et me sentais en pleine forme à ce moment-là. C’est donc le corps plutôt en forme tout en recherchant un abri, le cœur léger et l’esprit assoiffé de nouvelles connaissances que je me dirigeais vers l’Abaton pour visionner un documentaire canadien portant sur une problématique féministe. Dans Play Your Gender, la musicienne Kinnie Starr récolte les témoignages d’artistes féminines et d’une poignée d’artistes masculins sur la présence des femmes dans l’industrie musicale. Attention, il ne s’agit pas de leur présence tout court, mais de la représentation de notre sexe aux postes de pouvoir : de la composition à la production en passant par le travail des ingénieurs du son. Aucune surprise : les femmes sont très visibles – on trouve bien des chanteuses sexy à longueur de clips – mais ce sont presque exclusivement des hommes aux manettes. L’immense majorité des chansons interprétées par des femmes ont été composées, arrangées et produites par des hommes. Alors comme partout, on nous dit que les femmes commencent à pénétrer ces métiers techniques, mais la proportion reste infime. Bref. Rien de nouveau sous le soleil, y compris pour la grande mélomane non professionnelle que je suis. C’est dire pour les autres…

C’est donc l’esprit déçu que je rentre à la maison pour patienter jusqu’aux premiers concerts de la soirée. Le premier d’entre eux me fait vite oublier cette perte de temps cinématographique car Hyphen Hyphen est fidèle à sa réputation de bêtes de scène. La chanteuse a toujours de beaux graviers dans la voix et les morceaux de leur deuxième album semblent à la hauteur du premier. On peut clairement dire que les Niçois ont fait exploser le Bunker.



Direction l’obscure Bernhard-Nocht-Straße pour terminer la soirée au fief des artistes danois, la Nochtwache. Et quel kif, mes aïeux ! Après le bon rock pur et dur, mais aussi entraînant, de TheFlorines, je pensais qu’on allait difficilement faire mieux. C’était sans compter l’arrivée du « duo qui sonne comme un quartet », The Courettes. La salle est minuscule et comme pour le groupe précédent, je pouvais à peine voir le haut de la tête des musiciens – de la chanteuse-guitariste en l’occurrence - pendant le concert, mais alors quelle énergie ! Le look est là, le son est garage cra-cra comme on aime, tout en employant des mélodies faciles à suivre. On s’approche plus du recyclage que de la créativité, mais qu’est-ce que ça fait du bien ! Le batteur avait raison de conclure son show par « You can go home now, cause you’ve seen the best », car j’ai suivi son conseil. Cette édition 2018 s’achève en laissant derrière elle un bilan mitigé : sinusite, fatigue et samedi sacrifié, mais aussi mon coup de cœur général en guise de clôture. Les places sont prises pour leur passage au Pocca Bar le 20 octobre. Je fais enfin les VOIR.

Quant à toi, Reeperbahn Festival, tu ne perds rien pour attendre. Le pass 4 jours pour 2019 est pris et on croise les doigts pour tenir jusqu’au bout cette fois !

jeudi 27 septembre 2018

Une affaire d'État - Chapitre I : Monia, Monia


«  T'es au courant que la cigarette n'est plus cool depuis une dizaine d'années ? »
Monia regarde sa petite amie du moment avec une inexpression méprisante. Elle a dépassé le cap faussement capital de la trentaine, avoué son homosexualité à sa famille de gaullistes miséreux, ne leur parle plus depuis le froid qu'elle a jeté dans leur relation déjà tissée d'incompréhension, et surtout, ne s'est jamais intéressée aux garçons. L'individu qui s'est libéré des contraintes, de la soumission au désir de l'autre sexe s'est libéré de tout le reste. Il se moque sincèrement de ce qui est « cool » ou non. Dommage que Joëlle soit encore si soumise aux modes et au jugement de la masse. Ou peut-être est-ce grâce à cette fragilité que Monia daigne passer du temps avec elle en dehors du lit. Cheveux longs, voix aigüe et démarche plutôt féminine, on sent bien qu’elle n’est pas encore totalement lesbienne, ni même bisexuelle. Monia pense qu’elle se cherche encore et que ce sera quitte ou double pour son orientation sexuelle définitive. Une chose est sûre pour l’instant, le duo fonctionne à merveille. L’une pense et agit, l’autre nuance et appuie.

Le principe de fonctionnement du couple a bien été respecté depuis la récente découverte de Monia, désormais l’unique objet de ses pensées. Elle sait tout, et contrairement aux sangsues hypocrites parisiennes qui en savent autant, elle n’a pas l’intention de se taire. René Ducros-Cambre, directeur de la police judiciaire de Paris depuis une dizaine d’années, n’est pas soupçonné de, mais couvre un réseau de prostitution exploitant en partie des mineures. Des langues policières et ambitieuses se sont déliées : RDC souffre d'une dépendance aigue au sexe agrémentée, comme c'est souvent le cas, d'un goût pour la chair très fraîche.

Monia obtient toujours ses petits scoops à l'horizontale, des séparations de couples emblématiques aux futures démissions de ministres charismatiques. Mais elle n'avait encore jamais eu droit à une affaire d'État étalée sur l'oreiller. Cette première, elle la doit à Mélanie Le Brun du Puits, stagiaire depuis un an au service police-justice de l'une des plus grandes chaînes d'infos en continu du pays. Le problème de Mélanie n'est pas tant son manque de résistance à la vodka que sa tendance à avoir l'alcool bavard. Elle-même n'en sait pas plus sur les sources, elle a juste entendu des bruits. Discrète, personne ne se méfie d'elle, et certains collègues murmurent à la machine à café où à la cantine. Le rédacteur en chef aurait subi des pressions et songe sérieusement à ne rien révéler.

« T'entends ce que je te dis ? Et ça serait dommage de gâcher un corps pareil, dit-elle avec un sourire coquin.
- Hein ? Oui ?, susurre Monia en écrasant sa cigarette, réalisant qu'elle était perdue dans ses pensées, toujours les mêmes.
- Ne me dis pas que tu en es encore à cette histoire de putes ?? Laisse tomber ! En quoi ça te regarde ? Et c'est dangereux, surtout. Bertrand t'a bien dit qu'il n'en ferait rien lui-même."
Monia avait bien pris soin de ne pas lui nommer la source des infos, sans parler des circonstances d'obtention. Elle a donc demandé à son meilleur ami, lui aussi journaliste, de la couvrir.

Le nombre de personnes mises au courant dans son entourage s'élève désormais à trois, un chiffre énorme. Fort heureusement, Monia peut compter sur la discrétion de Bertrand, lui-même journaliste politique depuis onze ans et dont la mémoire aurait largement de quoi la faire pâlir, avec son scoop ridicule. Mais pour le moment, il ne sortira pas ; seule Monia, pas encore totalement écrasée par le cynisme, refuse de faire comme si tout était normal. La révélation devient une obsession avant de modifier son comportement social. D'habitude très fêtarde, la jeune lesbienne s'isole car elle n'a plus qu'une idée en tête : faire tomber RDC en utilisant Mélanie.

Simone de Beauvoir pensait que l'on ne naissait pas femme, mais le devenait ; or la trajectoire intellectuelle de Monia prouve que l'on ne naît pas non plus féministe ou lesbienne, mais que les hommes vous y poussent. Aucune réflexion murie en solitaire à la lumière d'une bougie. Juste un pervers narcissique qui rabaissait sa mère et ses sœurs jusqu'à ce que Monia, l'aînée, le dénonce auprès de l'assistante sociale de son collège. Elle devait avoir treize ans. Ou quatorze ? Sa mère lui en avait voulu pendant les premières années à cause des problèmes d'argent qui ont suivi. Et cette même période, celles de la maudite adolescence, avait été atroce pour Monia. Entre les garçons boutonneux obsédés par leur sexualité et les filles obsédées par leur ligne ET leur sexualité, la weed et les dissertations lui ont sauvé la mise. À la fac de lettres, les choses ont changé et Monia, avec l'aide d'une étudiante en cinquième année, s'était définitivement débarrassée du fardeau de la féminité. Elle était devenue lesbienne, légère et forte. Mieux dans sa peau que jamais.

Du haut de son petit nuage de Terrienne décomplexée, elle pouvait voir comment les hommes abusaient de leur position. De stages en stages dans le journalisme, elle voyait les exemples d'abus de pouvoir se suivre et se ressembler. Les minettes en profitaient, en jouaient, du port du décolleté au - rare, tout de même - passage à la casserole, celles qui n'avaient aucun contact, celles qui débarquaient dans la jungle parisienne, se débrouillaient autrement. Parfois le travail ne suffit pas. Les garçons intriguaient, séduisaient les quelques fois où les directeurs de rédaction étaient des directrices, tandis que les filles se contentaient d'exploiter leur jeunesse.

Monia quant à elle s'était démarquée non pas grâce à son travail acharné - tout le monde ou presque se donne à 100 % dans ce genre de métiers convoités - mais par son culot, sa grande gueule, sa ténacité, comme on dit poliment. Et sur un malentendu, ça a marché : un stage dans la rédaction de l'édition lorraine du quotidien France Actu, puis un CDD, un autre CDD, puis encore un CDD au sein de la rédaction nationale à Paris. À partir de là, le parcours classique de la provinciale moyenne. Le squat chez les collègues, des amantes mensuelles ou hebdomadaires, et enfin le Graal : la chambre de bonne à 800€ par mois. Maintenant tout va bien, elle est en colocation avec Betrand et travaille - en CDI ! - comme chroniqueuse chez France Actu. Les débats d'actualité la passionnent. Chaque jour que le Dieu des journaleux fait, elle massacre ou encense des personnalités médiatiques. Politiques, acteurs, chanteurs ou starlettes du PAF, rien n'échappe à "Mounavis", le pseudonyme de celle qui a un avis sur tout, mais qui le donne avec style.

Jusqu'ici, les "affaires" ne la touchaient pas outre-mesure. Elles n'étaient que matière première à s'indigner sur papier, mais certainement pas des choses à prendre au sérieux. Ses idéaux de jeune fille sur la justice sociale, l'oppression des plus faibles, la cupidité et le cynisme des puissants, même le féminisme, n'étaient pour la jeune femme que des contingences, des outils pour fabriquer ses figures de style sur fond d'indignation de pacotille. En revanche, les soirées alcoolisées, les conquêtes et la littérature sont nécessités. Il n'en est rien de l'affaire René Ducros-Cambre. Cet homme cristallise toutes les révoltes qui sommeillent encore en Monia malgré tout. Il a la soixantaine et appartient donc à la même génération que son père, celle qui n'a pas été biberonnée au porno, mais aux blagues sur les blondes et les femmes qui ratent leurs créneaux. Il abuse de sa position. Il aime les gamines. Elle n'a jamais pu supporter cela. Quand elle repense à tous ces vieux libidineux qui, pourtant à l'aube d'un nouveau millénaire, hurlaient sans complexe que la petite Alizée étaient "bien sexy", Monia se dit que la morale n'est pas forcément là où elle doit être et qu'on l'emmerde bien trop pour son look de butcher et ses chroniques virulentes. Le choquant est ailleurs. La bave de ces vieux libidineux qui fantasment sur des nymphettes mériterait d'être remplacée par un crachat morveux dans leur figure.

« T'as raison Joëlle. C'est pas notre problème, après tout.
- Évidemment. Si tu commences à être perturbée par la moindre affaire de mœurs, ce monde n'est pas fait pour toi. Bon allez, on y retourne passionaria ?
- Ouais », répond Monia avec un faux sourire, incapable de mobiliser les muscles de la partie haute du visage.

vendredi 3 août 2018

Le mardi soir


En 2016, je me suis envolé pour la Corée par hasard. Cela faisait des années que je voulais découvrir l’Asie, et puis un jour, l’occasion s’est présentée grâce à des amis peu adeptes de la procrastination, contrairement à moi. Nous sommes avons visité le pays en juillet, au beau milieu d’une chaleur humide insoutenable pour les Européens. Mais l’exotisme et la nourriture valent toujours le coup de transpirer abondamment. J’ai adoré. Je suis dingue de ce pays et même l’immensité polluée de Séoul m’a conquis. Comme c’est souvent le cas dans l’attachement des hommes à un pays, les filles y sont pour quelque chose. Tellement mignonnes, bienveillantes et curieuses dès qu’un Occidental se présente à elles.

J’ai eu du mal à chasser la Corée de mes pensées une fois ma routine reprise à Hambourg, la ville où j’habite depuis que j’ai quitté Grenoble il y a quelques années. Voyageur et expatrié, toutes les conditions sont réunies pour que vous m’imaginiez en jeune baroudeur avide de découverte de nombreux pays. Et bien pas tant que ça. Je n’ai jamais fait de tour du monde et comme je vous l’ai dit, mon premier voyage en Asie remonte à deux ans seulement. Il a même été ma première aventure hors du continent européen.

J’imagine que le dépaysement est la principale cause de mon amour porté à cette contrée lointaine, celle qui chapeaute toutes les autres. Mais peu importe, finalement. Ce qui compte, ce sont les faits. Les voici : physiquement au travail, avec mes collègues, mes amis et mes collocs le weekend, j’étais mentalement en Corée. La première semaine, je pensais que tout cela n’allait pas durer et que mon investissement dans le quotidien reprendra le dessus à mesure que les souvenirs s’estomperont. Que nenni ! Je regardais mes photos tous les jours dans le métro, et environ un mois après la fin de ces vacances incroyables, j’ai commencé à apprendre le coréen. Quel pied ! Moi qui aie toujours aimé le défi que représente l’apprentissage des langues, j’étais servi. Et puis ça fait toujours du bien de faire marcher un peu son cerveau quand les études sont loin derrière et que la vie de bureau devient d’un ennui parfois abyssal. Je suis développeur informatique pour une grande entreprise d’import-export depuis deux ans et croyez-moi, mes facultés intellectuelles se sont ramollies au rythme de la vie professionnelle parsemée de journées en home office guère plus palpitantes.

Alors j’y ai pris goût. Je me suis juré de ne pas abandonner. L’apprentissage d’une nouvelle langue à l’âge adulte peut s’apparenter à la pratique d’un nouveau sport : on s’excite au début, on en fait des tonnes, et puis à force d’avoir trop donné, on finit par se lasser au premier obstacle majeur. Pour être certain de garder le cap et de travailler mon oral, j’ai rejoint un groupe Facebook « Tandempartnersuche in Hamburg » et posté une annonce en vue d’un tandem allemand (ou français)-coréen. Par souci d’allier l’utile à l’agréable, j’ai ignoré les quelques réponses et messages privés envoyés par des hommes. Puis j’ai sélectionné la plus jolie : Jae-Hwa. Nous avons brièvement échangé sur Facebook Messenger et, tombés d’accord sur l’objectif du tandem – quoi que…elle ignorait sans doute mes intentions cachées -, nous avons convenu de nous retrouver pendant une heure et demi, tous les samedis après-midi, au Starbucks de Jungfernstieg. Malheureusement, comme c’est souvent le cas avec les filles, à l’ère de Tinder, de la superficialité et du paraître « débordé », elle n’est pas venue. Rien de grave en soi, si ce n’est qu’elle m’a prévenu le matin même. Et vous savez quoi ? Jae-Hwa signifie « respect et beauté » en coréen. Pour le premier mot, on repassera. Pour le deuxième, Photoshop ne corrige que les images. Il ne peut rien contre la laideur des caractères.

Je reconnais avoir été quelque peu démoralisé par cette mini-trahison, sans toutefois m’être laissé abattre. J’ai donc reposté mon annonce et au bout de quelques semaines, la charmante Hyun-Ae a mordu à l’hameçon. Dès le premier message, j’ai compris qu’il allait y avoir du boulot ! Elle avait du mal à aligner plus de trois mots en allemand sans faire des fautes de grammaire ou d’orthographe. Parfait. Je lui serai d’autant plus indispensable. Le rendez-vous a été pris sans délai, Hyun-Ae était d’autant plus motivée et pressée qu’à l’époque, elle n’habitait en Allemagne que depuis quatre mois. Déjà très occupée pendant le week-end, elle a proposé le mardi soir à 17h30 au Friends & Coffee, près de l’Hôtel de Ville.

En bon Français, j’étais en retard et elle m’attendait déjà au premier étage, sirotant un verre de Bionade orange. Quand elle a levé les yeux pour répondre à ma salutation, j’ai immédiatement revu Séoul dans son immense sourire asiatique. On ne va pas sortir les violons et parler de coup de foudre, mais j’ai senti que j’allais vite progresser en coréen. La conversation a vite pris. Je ne suis pas timide pour un sous et Hyun-Ae sait mettre à l’aise avec son sourire permanent, son petit rire d’enfant poli et ses maladresses grammaticales. C’était un vrai plaisir de l’écouter se présenter en allemand, de la corriger patiemment et de la voir si déterminée à apprendre. La rigueur, le zèle asiatique. Puis mon tour est arrivé et une pluie de compliments s’est abattue sur moi « Oh mais tu parles tellement bien ! » « Où est-ce que tu as appris à parler comme ça ? » « Mais je suis ridicule par rapport à ton niveau ». Quel rayon de soleil. Je n’ai pas vu nos trois heures trente passer et les serveuses antipathiques – encore des grosses Allemandes en friche – ont quasiment dû nous mettre dehors à la fermeture du café. Lorsque, après l’avoir quitté, j’ai enjambé ma monture à deux roues, le vent hanséatique glacial de novembre soufflait comme une brise d’été sur mes joues enflammées d’homme sous le charme. Je devais avoir l’air idiot avec mon air de ravi de la crèche. L’ennui professionnel m’est totalement passé au-dessus de la tête jusqu’au vendredi et la douce Hyun-Ae n’a pas quitté mes pensées pendant mon weekend constitué en priorité de soirées hautement alcoolisées. Le mardi était devenu mon jour préféré. Qui peut se vanter d’un tel privilège ? Le soulagement du vendredi et l’ivresse du samedi sont devenus bien fades depuis que mon tandem existe.

Mais rien n’étant jamais parfait et sentant que je vous fatigue avec mon étalage de midinette, il faut que je vous raconte une petite ombre au tableau. C’est elle qui a choisi le lieu ; il est bien situé et c’est le principal. Il est toutefois bruyant et accueille tous les mardis une sorte de club d’écriture pour Français. Enfin pour Françaises, soyons  précis. Elles ne sont pas débiles comme la plupart des groupes de filles, mais je sens bien qu’elles nous observent et même si je n’entends pas tout ce qu’elles se disent, je ne suis pas dupe. Elles se moquent un peu de nous et, meilleures observatrices qu’écrivains, voient bien que je drague ma partenaire linguistique. Qu’elles ne me cassent pas mon coup, ces mégères ! Quitter la France pour voir des compatriotes déstabiliser mes tentatives de séduction intercontinentale, ce serait un comble.

Peu importe. C’est un détail insignifiant que je vous ai relaté dans le seul but de changer un peu de disque pour ne pas verser dans la mièvrerie absolue. Hyun-Ae, « pleine de sagesse » en coréen. Et mon Dieu qu’elle l’est. Persévérante, appliquée et attentive. Méritante avant tout, car débarquer de Corée pour s’installer en Allemagne sans connaissances préalables de la langue est un acte admirable. Je l’adore. Elle a la politesse de rire à mes petites blagues, ce que les Européennes castratrices – pléonasmes – refusent toujours de faire. À quoi sert une femme si ce n’est à mettre en valeur son partenaire masculin ? Qu’elles ne viennent pas se plaindre d’être seules, ces pestes occidentales. Heureusement que Hyun-Ae me donne une bouffée d’oxygène dans ce monde si malveillant pour les hommes. Un sourire presque greffé sur le visage, des petites remarques effrontées mais tellement irrésistibles, comme ses moqueries à chaque fois que je couvre mon crâne de mon foulard têtes de mort avant de partir. Je sais bien qu’il me faudra prendre mon temps et redoubler de patience avant qu’elle ne m’autorise à sortir avec elle, mais c’est justement ce qui me plaît chez les Coréennes. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Vous savez quel jour on est ? Lundi. Il est 15h30 et je préfère vous parler de Hyun-Ae plutôt que de travailler. Comme tous les lundis depuis déjà six mois, je ne pense qu’au lendemain.



mercredi 18 juillet 2018

Rien à foot


Ai-je le droit ou ne l’ai-je pas ?
Les Bleus Blacks Blacks Blancs ont gagné,
Mais jamais la masse dans le sens tricolore je n'ai peigné.
Ai-je le droit ou dois-je comme elle crier avec les bras ?

Si la culture est au centre de ma douce vie,
Les festivals et lectures au soleil rythment mon été,
Et ignorent naturellement l’enthousiasme cocardier,
Ai-je le droit de ne céder qu’à mes envies ?

La nation a gagné et je suis heureuse pour vous tous.
Exultez jusqu’à la prochaine grève !
Jouissez fort de votre belle trêve !
Car toujours la paix s’émousse.

Chômage, injustice et violence reviendront.
La victoire n’est-elle pas déjà entachée ?
Locaux saccagés et femmes agressées
Portent les stigmates du patriotisme viril et con.

Non je ne suis pas fière d’être Française
Mon amour pour mon pays est si évident
Qu’une déclaration le rendrait moins puissant
Les vrais sentimentaux, eux, se taisent.


mercredi 20 juin 2018

Bring back the noughties


Rares sont les groupes qui ont survécu à la mode de l’irrésistible revival rock-indé-garage-blousons en cuir des années 2000. Placebo, dont j’idolâtrais autant la musique que le charisme de son leader, ne fait plus que de la soupe depuis l’album Loud Like Love. Dans ma grande bonté – et objectivité, j’épargne Battle for the sun car il contient la sublimissible Kings of Medicine. Les purs et durs de la première heure vont même jusqu’à pointer du doigt Sleeping with ghosts comme le début de leur descente musicale. Seule une tournée anniversaire en 2016 pouvait leur permettre de jouer des morceaux corrects, les anciens donc.

Les White Stripes n’existent plus. Les Strokes, n’en parlont pas, même s’ils ont fait des petits. Le dernier album d'Arcade Fire est à des années lumière de Funeral. Les Arctic Monkeys, petits derniers de la décennie, bébés de MySpace (ouh tu la sens la madeleine ? Attends un peu, et si je te dis : MSN+wizz ?), ont « évolué ». Leur nouvel album AM possède un pouvoir soporifique d'autant plus étonnant que je me réveillais au son de Whatever People Say I Am That’s What I’m Not sur le chemin des cours.

Et les Libertines, on en parle ? Ce groupe si emblématique de cette décennie bénie, avec son histoire d’amitié tumultueuse



et son leader iconique…Disparu. Mieux vaut ignorer leur album sorti en 2015, après leur reformation - d’ailleurs, si le public pouvait arrêter de s’extasier à chaque reformation de son groupe favori, cela découragerait les velléités des artistes refusant de comprendre que bien souvent, on ne peut être et avoir été – car la seule chanson appréciable d’Anthem for Doomed Youth


a été écrite pendant leurs heures de gloire. Le reste est à jeter, tout comme la carrière solo de Doherty, et contrairement à l’excellent Let It Reign de Carl Barât and the Jackals,



que j’ai eu la chance de voir en live en 2015. Du bon rock dans une décennie électro et auto-tunée : une exception qui confirme la règle. Dommage que l’ancien beau gosse du duo n’ait pas persévéré loin de son comparse historique, préférant sans doute à la bonne musique et à une tournée européenne dans des petites salles les grands festivals que le nom – et certainement pas la qualité des prestations en live – des Libertines permettait d’atteindre. Le fiasco au Rock en Seine la même année me donne malheureusement raison.

Alors quoi ? Doit-on en conclure que les meilleurs groupes des années 2000 se séparent dans le meilleur des cas, ou se reforment dans le pire ? Doit-on se faire à l’idée que le rock est absolument et définitivement une musique de vieux ? Que cette décennie où le rock, victime de son succès, était si hype qu’il avait donné naissance à des lolitas pseudo-rockeuses ultra-formatées – Avril Lavigne, Evanescence, Emma Daumas et j’en passe – n’était qu’un dernier soubresaut avant l’extinction d’un genre musical subversif ? Les jeunes vieux de trente ans et les vrais vieux qui ont connu les années 70 n’auraient plus qu’à se contenter pour les uns de reformations minables, pour les autres de concerts à 500 EUR la place pour voir – enfin pas vraiment, la scène est trop loin – des papys s’accrocher à la rampe ? Plus rien ? Plus de créativité ?

La mélancolie est tentante et je succombe volontiers à ses musiques électriques, idéalisant une décennie qui m’a pourtant vue adolescente et jeune adulte mal dans sa peau. Oublier la réalité d’un passé dans l’adoration triste et nostalgique de sa bande-son. Et bien oui. La mélancolie, c’est bon, c’est ouaté. Et on peut s’y complaire avec bonheur, se comporter comme une vieille conne à l’écoute de ses vieux albums en disant « CA c’est de la vraie musique, pas comme les daubes qu’on entend aujourd’hui ».
Mais allons plus loin et soyons honnêtes. Il reste :

     1)  Des groupes de rock formés dans les années 2000 qui continuent de sortir des albums à la hauteur des précédents. Incroyable, mais vrai. En live, ces exceptions qui confirment la règle sont excellentes, chacune à sa manière et égale à elle-même/ses débuts. L’une a été le premier concert de ma vie en 2004, d’où la place toute particulière qu’elle aura toujours dans mon cœur.



L’autre a donné un concert magique au Art Rock de 2017.


   2) Des groupes bien plus anciens, de générations précédentes, qui restent excellents et constituent de véritables légendes vivantes, qu'il s'agisse de la version originale anglaise ou de sa copie francaise.

    3) Des petits jeunes qui font du neuf avec du vieux. En musique plus que dans n’importe quel autre domaine, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Lavoisier).
Il y a les années 80 revisitées, et sans boîte à rythme.



Et bien évidemment des rockeuses à l’ancienne.


Malgré ces réjouissances, cette pérennité d’anciens groupes ou créativité de nouveaux qui donnent foi en notre époque, rien ne vaudra jamais les noughties.
Rien ne remplacera un Brian Molko au plus haut de sa beauté, sublimée par un coucher de soleil irréel et une intro de dingue. « Insane ».


dimanche 17 juin 2018

À l'approche du solstice

Les oiseaux commencent à gazouiller avant 4h du matin et toute cette démonstration de vitalité épuise Clément chaque jour un peu plus. Ce soleil, cette végétation épanouie, ces parfums matinaux qui remplissent l’appartement à la moindre ouverture de fenêtre, ces jeunes filles en fleurs à l’ombre des garçons en chaleur…Fatigue.

Ni les guêpes, toujours déterminées à lui gâcher ses rares sorties au parc, ni les moustiques qui prennent le relai au crépuscule, ne parviennent plus à l’agacer. La déprime – dépression ? – ce n’est pas l’incapacité à se réjouir, mais le manque de forces nécessaires à l’agacement. On y est.

Qui a décrété que l’automne et l’hiver seraient les uniques saisons tristes, tandis que le printemps devrait être le théâtre de toutes les réjouissances terrestres ? Certainement pas Clément, car la saison chaude se matérialise chez lui par une douleur lancinante.

Il souffre aussi l’hiver, mais peut au moins partager sa tristesse avec le monde minuscule qui gravite autour de lui : les commerçants, voisins et parents ont tous la décence de se limiter au strict minimum en matière de mouvements de vie, le tout ponctué de rhumes divers et répétitifs. Nez rouges sur visages carencés en vitamine D.

C’est pendant la saison gaie que les choses se gâtent, et Clément pourrit chaque année de l’intérieur. L’injonction à être bronzé lui pèse, comme celle à être heureux quand le jour semble sans fin. Pourquoi prendre le soleil et laisser sa pâleur rougir et le faire souffrir ? Pourquoi aimer le clair quand l’obscur stimule tant ?

Clément est ce qu’on appelle trivialement un « geek ». Il aime les jeux en réseau, s’y adonne jusqu’à douze heures par jour et ne sort jamais sa jeune carcasse de son appartement miteux, sauf pour s'approvisionner en vivres et se rendre à ces stupides rendez-vous Pôle Emploi indispensables à sa subsistance.

Les histoires d’hommes se ressemblent toutes. C’est drôle, non ? On a un travail – petit CDD d’un an parce que même dans l’informatique, c’est tout ce que Rennes a à offrir, un appartement bien situé dont le loyer ne représente pas plus du tiers du revenu mensuel net – un deux-pièces-cuisine calme et lumineux, et surtout une charmante petite amie avec qui le partager.

Le contrat de travail se termine, l’homme se transforme peu à peu en loque acariâtre, s’imaginant retrouver un travail sans le moindre effort par l’opération du Saint-Esprit, et sa bien-aimée finit inéluctablement par le quitter. Puis la descente s’accélère. Tout est perdu, il ne reste qu’à en faire encore moins que le rien pré-rupture.

Voilà en substance l’histoire de Clément, avec une petite poignée de mois pour séparer la catastrophe professionnelle de sa successeuse amoureuse. Ses parents s’inquiètent, veulent le secouer, sa petite sœur passe même faire le ménage dans son taudis pestilentiel. Mais seul le contact avec les autres joueurs en réseau l’intéresse.

Alors le solstice, très peu pour lui. Clément souffre chaque année de cette joie environnante, de cette influence de la nature sur les humains-animaux, car son corps est étranger à sa conscience en veille. La lumière, les douces soirées, la libido en éveil ? Tant de notions qui l’indiffèrent absolument.

Mais jusqu’où cette amplification solsticiale de la tristesse le mènera-t-elle ?


mercredi 2 mai 2018

Le ciel de Winterhude


Le bonheur n’existe pas, arrêtez tous de le chercher. Faîtes des choses grandes, faîtes des choses belles, faîtes des choses bonnes et les moments de joie vous tomberont sur le coin de la tête sans crier gare. Travaillez pour ne pas cogiter, aimez pour ne pas mépriser et surtout ne rêvassez pas. L’action est votre salut face à la dépression qui guette les Occidentaux éternellement insatisfaits.

Tout plaquer comme vous dîtes ? Faire le tour du monde ? Oui, et alors ? Vous emporterez vos problèmes et ruminations dans vos bagages. Ils seront coincés entre l’anti-moustique et le guide du Routard. Là-bas, vous vous direz que les gens sont simples et que nous devrions prendre de la graine, nous reconnecter aux choses vraies, à la nature. Vous irez donc, dès votre retour en Occident, courir acheter vos aubergines  estampillées bio à 4€ pièce et gorgées de pesticides pour leur donner cette peau si parfaite. Nous avons tant à apprendre, dîtes-vous, des sourires, de l’humilité et de la résilience des peuples moins développés que les nôtres. Les données statistiques pourtant visibles à l’œil nu vous passent au-dessus de votre tête mise K.O. par le l’agréable choc culturel : le taux de chômage, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, l’espérance de vie. Vous, les voyageurs occidentaux, avez décidé de ne voir que les sourires. Et c’est bien normal, car après tout, qu’y-a-t-il de plus immédiat et efficace qu’un sourire ? Alors c’est promis, quand vous rentrerez, vous ferez tout pour accepter votre sort, ne râlerez plus à cause de futilités, de problèmes de métro en grève que ces peuplades rencontrées il y a quelques semaines aimeraient bien échanger contre les leur. Telle une célébrité française partie en terre inconnue avec Frédéric Lopez, vous vous jurez avant de quitter cette terre et ces gens croisés que vous ne les oublierez pas et que ce voyage a changé votre vie. Mais chassez le naturel…

Vous recommencerez à vous impatienter, à détester votre travail, son salaire jamais assez élevé, à vous dire que ça, ça, ça et ça pourraient être sensiblement améliorés dans votre vie. Bref, vous n’avez rien appris de ces fameux gens simples. Et pourquoi ? Parce que c’est ainsi. Vous êtes des Occidentaux habitués à un certain confort depuis toujours et les voyages, quelles que soient leur intensité ou leur durée, ne changeront pas les verres de ces lunettes qui vous ont été greffées à la naissance, car c’est à travers elles seules que vous voyez le monde et votre vie. Votre résolution de simplicité était pourtant biaisée dès le départ car, lorsqu’on accepte son sort avec philosophie, on ne se pose pas de questions sur sa vie, son environnement, et aucune envie d’évasion, aucun voyage ne peut émaner d’un tel sens de la fatalité de l’existence. Alors c’était trop tard pour vous, puisque vous êtes partis pour chercher des réponses à des questions que la plupart des habitants de cette planète ne se pose pas. Vous avez bien vu que ces autres humains travaillaient sans se demander si leurs tâches avaient du sens et si elles leur plaisaient, vivaient depuis l’âge de seize ans avec leur femme sans se demander s’ils l’aimaient. Qu’est-ce que ça peut faire après tout ? Le mariage d’amour n’est qu’une invention récente des sociétés modernes. Bref, le bonheur pour eux, c’est d’avoir de quoi manger et que toute la famille soit en bonne santé.

Mais vous, vous ne reviendrez pas en arrière. La société consumériste ultra mobile et la paix relative dans laquelle vit votre pays depuis plusieurs générations sont passées par là. Vous avez déjà goûté à la drogue du voyage et aux plaisirs futiles et fugaces que peuvent apporter une jolie voiture, un après-midi dans un parc d’attraction ou encore un concert hors de prix dans un stade. Vous ne tenez pas en place et les bonnes résolutions de retour de voyage lointain s’envolent aussi vite que celles des 1er janvier. Mais rassurez-vous, si le bonheur n’existe pas et si les Grecs n’auraient pas pu proférer leur sagesse à l’époque de l’iPhone et de l’A380, tout n’est pas perdu. La vie difficile à vos yeux et les contraintes sont traversées de moments de grâce qui surprennent et ravissent d’autant plus que nos quotidiens s’oublient dans l’action salvatrice, la pire ennemie de la maussade oisiveté rêveuse. C’est quoi un moment de grâce ? Ce n’est pas grand-chose si l’on refuse d’en faire quelque chose de grand. C’est aussi simple que le ciel de Winterhude une veille de 1er mai.