Dans le cadre du meilleur concert de ma vie,
me voilà pour la première fois à Montpellier un 19 mars 2025. Le
printemps approche à grands pas, mais uniquement sur le calendrier.
Car dans les faits, j’ai quitté ma ville du Nord sous un soleil
radieux et vu le ciel s’assombrir à partir de Lyon. La carte de
France était bel et bien inversée et une tempête a fait de gros dégâts en Occitanie. Le vent
a même choqué Nicola Sirkis qui en a parlé à la Sud de France
Arena ce soir-là ET chez Camille Combal
une fois remonté dans la moitié nord du pays.
Pas
de plage pour ces quelques jours passés enfermés à bosser dans la
chambre d’hôtel, mais
qu’à cela ne tienne. Dans la matinée du 22 mars, le soleil a osé réapparaître après
le déluge des jours précédents et on en a
profité pour visiter Montpell. Petite
sélection des lieux notables.
Seule photo de Montpellier by night le 20 : porte de la Blanquerie des anciens remparts. Contre toute attente, le centre-ville piéton est très joli et bien fréquenté.
Place de la Comédie ou le point névralgique de Montpellier. Fontaine des Trois Grâces et immeuble du journal local « Le Midi Libre ».
Autre bel immeuble haussmannien : le Grand Hôtel du Midi.
Tour de la Babote, également vestige des remparts de Montpellier.
Croix de fer place Laissac
Le Montpelliérain - « Et BONJOUUUR » - est très poli. Vive le Sud.
Sur le grilles de la promenade du Peyrou. Quand je vous disais que ça soufflait sévère !
Arc de triomphe
Aqueduc des Arceaux, selon moi le plus joli monument de ma visite(gâché par les travaux autour, mais bon).
Ah et dernière chose : je me
suis promenée sur l’esplanade Charles de Gaulle, en passant devant
le musée Fabre. Je recommande pour un petit jogging.
Et pour clôturer dans la morosité ces quelques jours de
morosité, on
a pris le train depuis la
gare SNCF la plus moche et glauque qu’il m’ait été donné de
voir dans ma vie de baroudeuse : Montpellier Sud de France. Rien
à voir avec la gare Saint-Roch au centre-ville. Celle-ci est
au milieu de friches industrielles,
d’un no man’s land qui
donne envie de vite se barrer. Mais tout va bien, aucune attaque de
zombies n’a eu lieu.
Je reprends ce terme employé par une fan dans le
DVD Paradize Show.
Ado, j’ai dû regarder ce concert des
centaines de fois dans mon salon. Indochine a plus de quarante ans de
carrière. Le groupe n’a jamais cessé d’exister et Nicola
Sirkis, son âme, est une légende. Il y a la génération qui a
vibré sur leurs premiers sons, ma génération qui s’est enflammée sur le très goth Paradize, et puis toutes les générations qui ont suivi. Indo, ça se transmet depuis
des décennies sans interruption ni déclin de la qualité. Cette fan
a raison : c’est increvable.
Et au même titre que Jean-Louis Aubert,
Nicola Sirkis m’a scotchée à nouveau. Le sexygénaire à la chevelure grise qui déclare
faire un marathon chaque soirdu
titanesque Arena Tour et assume son régime
alimentaire et sportif draconien
sautille partout du début à la fin.
Il sait à qui il doit sa carrière et le lui rend bien. Comme
d’habitude, tous les âges sont là, avec les mêmes têtes de
ravis de la crèche que moi à la sortie.
Ce 19 mars 2025, à la Sud de
France Arena de Montpellier, je n’ai pas touché terre pendant
environ 2h30. J’ai d’ailleurs perdu la notion du temps, cette
durée est une estimation obtenue via une recherche Google. Pendant les jours qui ont suivi cette soirée, je ne suis pas
redescendue. Toutefois, c’est
avec gravité que j’annonce avoir assisté au meilleur concert de
ma vie. Quand on connaît la majorité des chansons, ça aide.
Entre
les bracelets lumineux portés par le public qui en mettent plein la
vue, les confetti de L’amour fou, les photos de personnes disparues
sur grand écran pendant Annabelle Lee, les premières notes
émouvantes de J’ai demandé à la lune sur la scène centrale, les
tambours participatifs sur La vie est à nous, le discours féministe
de Nicola en introduction de Sanna sur la croix, ou encore Les Yeux
noirs revisités, j’étais tellement dans l’instant présent que
j’ai à peine pensé à sortir mon portable.
Il
y en avait, pourtant, des choses à filmer : l’effort de mise
en scène est remarquable. Mais non, puisque je vous dis que je ne
touchais pas terre. Je ne vois pas comment j’aurais pu avoir la
présence d’esprit de sortir mon portable.
Mention spéciale à cette magnifique salle dont les Montpelliérains peuvent être fiers. La régulation des flux est excellente pour les entrées et sorties, mais aussi pour les trams à l’aller comme au retour.
La
première partie était assurée par DJ Salinger, et c’était super
cool car son enchaînement de classiques rock a permis de chauffer
tranquillement la salle sur du bon son sans prendre le risque de la
soûler avec des nouveautés pas ouf – comme c’est parfois le cas
des premières parties.
En ce mercredi soir,
la date n’affichait pas complet.
Une exception pendant cette tournée,
des plus agréables quand vous êtes en fosse.
Bon,
j’ai quand même filmé quelques secondes de leur plus grand tube
vers la fin. Histoire de repartir avec un souvenir matériel.
Nuée de confetti sur L’Aventurier.
J’aimerais
terminer cette chronique sur une note personnelle. Je ne cesse d’y
revenir sur ce blog, du moins dans les articles chronologiquement
rattachés à la période de deuil, mais j’ai connu une rupture amoureuse fin août/début septembre 2024.
C’est douloureux, là n’est pas la question.
Mais alors que je me
réveillais chaque matin avec une boule au ventre, Indochine a sorti
Babel Babel. Le 6 septembre 2024, évidemment que la plaie était
toute fraîche. Pourtant, je peux dire aujourd’hui avec émotion
que s’il est impossible d’être sauvée ou guérie par l’art et
encore moins avec un simple album, ce double disque m’a
VRAIMENT aidée. La qualité de ses 17
chansons, la générosité que leur nombre
traduit – qui sort des albums de 17
morceaux en 2025 ?? – le
modèle de longévité et de vitalité
incarné par Nicola Sirkis m’ont
fait énormément de bien. En me tirant hors de moi, de mon nombril et
de mes souffrances, Babel Babel m’a donné un espoir de dingue. Cet
album guerrier et solaire m’a servi sur un plateau des moments
magiques qui m’ont fait aimer la vie alors que je souffrais :
du revigorant Chant des cygnes en boucle sur les ondes à Girlfriend
en mode repeat dans mes écouteurs, en passant par le stress
euphorique pour obtenir un billet à l’annonce des premières
dates de l’Arena Tour, Babel Babel aura à jamais une place à part dans
mon cœur.
Les quadras se sont époumonés sur
L’Aventurier, que tout le monde
connaît par cœur aujourd’hui. Les trentenaires ont vibré aux grosses guitares
et sons électro d’Oli de Sat sur l’excellentissime album Paradize. Et les moins de vingt-ans ne peuvent ne pas connaître les
tubes des années 80 ou singles de ces années 2010. Alors rien d’étonnant à ce
que les places pour ce monumental 13
Tour d’Indochine se soient
vendues comme des petits pains.
Rappelons que le concert de 2014 au Stade de
France à l’occasion du Black City Tour
a lui aussi affiché complet en un temps record. Depuis le 5 décembre 2017, on
ne compte plus que deux artistes français - partant du principe qu'Indochine=Nicola Sirkis - à remplir le Stade de France. La
parité est aussi bien respectée que le doux paradoxe qui les rapproche, puisque
les deux plus grandes stars françaises se caractérisent par leur timidité,
voire leur mystère.
NB : oui, oui, les Insus ont terminé leur tournée de 2017 par un concert au Stade de France, mais il s'agit là d'un groupe bicéphale ! Depuis leur meilleur album
À 15 ans, je passais
des après-midi entiers à danser et chanter devant le sublime 3.6.3, grâce auquel j’ai pu découvrir
d’immenses chansons de générations précédentes comme Miss Paramount ou Punishment
Park.
Mais pour nous, cet
Indochine du 3.6.3, c’était un retour en grosses pompes goth avec l’album Paradize, l’album le mieux vendu de l’histoire
du groupe. Cet Indochine-là, c’était
toute une - courte - époque. Celle où le rock et le look gothique étaient redevenus
à la mode dans les années 2000, notamment avec des artistes torturés et
provocateurs, comme Placebo et surtout Marilyn Manson auquel Sirkis rend hommage
dans une chanson éponyme.
Une croix
inoubliable – très proche de celle de l’album 13, un chanteur aux traits
adolescents et cheveux couleur corbeau décoiffés avec arrogance et des clips à
l’ambiance sombre : tous les ingrédients étaient réunis pour transformer
en opus mythique une succession de très bonnes chansons.
Quiconque suit le
groupe depuis le début ou s’intéresse un tantinet à son évolution ne peut qu’être
d’accord avec ce constat : il y a un avant et un après Paradize. Musicalement, il n’a rien à
voir avec l’Indochine des débuts, avec les cloches chinoises et sons de
Dominique Nicolas, particulièrement audibles dans le gong d’une chanson comme Le Baiser.
Mais ce compositeur de génie
ayant quitté le groupe dès 1994, une telle différence musicale ne saurait expliquer à
elle seule le tournant que constitue Paradize. En effet, il reste les années 90 !
Les sons de Wax (Kissing my Song),
et
surtout de Dancetaria (Stef II,Astroboy avec une
interprétation marquante dans le 3.6.3)
sont déjà très proches de l’album qui
suivra. Logique, puisque Oli de Sat a fait les arrangements de Danceteria et composé la quasi-totalité
des morceaux de Paradize.
Bon alors, Ed, pourquoi
y aurait-il un avant et un après ce dernier si la raison n’est pas
musicale ? Et bien tout simplement parce que le succès n’est pas comparable.
Certes, Indochine a toujours eu, à la fois objectivement et selon les propos
répétés de Nicolas Sirkis, « le meilleur public du monde », mais
entre les petit concerts de la tournée Nuits
Intimes et le Bercy de ce fameux 3 juin 2003...vous avouerez que cet album
a agi comme un sacré bulldozer. Oubliée la ringardisation du groupe par la
presse : les chiffres, les records – de vente d’album et de remplissage de
Bercy pour un groupe français – forceront tout ce petit monde médiatique à
mettre ses moqueries de côté pour s’incliner devant l’« âme »
Indochine et l’éternelle jeunesse de son leader charismatique et adoré.
Comme si cela ne
suffisait pas, ce dernier veut rendre à son public ce qu’il lui a donné et se
bat pour maintenir des places à 30 € ; 40 seulement pour le 13 Tour au dispositif pourtant
monstrueux.
Le 13 Tour – show du 17.01.2018 à l’AccorHotels Arena
Les premiers articles sur le concert d’ouverture de la tournée, à Epernay, ont
trahi une petite révolution dans l’histoire du groupe. Monsieur Sirkis a
décidé, à 58 ans, comme ça sans prévenir personne, de se teindre les cheveux en
blond platine. Surprise : ça lui va à ravir. Comme quoi. L’hommage assumé
à David Bowie ne s’est pourtant pas limité à une simple couleur de cheveux
puisque les chansons du Thin White Duke retentissaient dans l’immense salle
parisienne juste avant l’arrivée d’Indochine. Immense ? Oui. Surtout avec
la configuration en place – rappelons que la scène est modulable – et lorsqu’on
se retrouve tout en haut, à des années lumières de la scène. La position de
plongeon dans la foule était vertigineuse et donc plutôt désagréable pour un
concert. En arrivant à sa place, on imagine que l’on va s’habituer, mais rien n’y
fait : je suis restée légèrement mal à l’aise jusqu’à la fin du concert. L’acoustique
et la situation géographique de cette salle ont beau être excellentes, les
places en gradin me semblent bien trop « verticalisées » par
rapport aux autres enceintes à forte capacité que je connais (ex : BarclayCard
Arena de Hambourg, Galaxie d’Amnéville).
Les aspects pratiques
ainsi évacués, passons au vif du sujet.
L’introduction intersidérale
au concert était matérialisée par l’imitation d’une soucoupe volante au
plafond, dont nous n’avons pu profiter compte tenu de notre positionnement, j’insiste,
peu avantageux. Or ce petit spectacle son et lumière, sans doute magnifique, n’en
finissait pas d’introduire la chanson Black
Sky
et l’arrivée – enfin ! – de Son Goku transformé en Super Saiyan.
Vêtu d’une sobre petite veste noire à paillettes, le Dorian Gray du rock français
était plus élégant et sexy que jamais. Après avoir enchaîné tranquillement quelques
titres de 13, dont le tube La vie est
belle,
et les deux meilleures
chansons du très bon Alice&June, il
a fendu la foule et monté les gradins pour un Tes yeux noirs « tout en émotion ».
Vous suivez toujours la
set list ? Bien. Alors vous vous imaginez que le public - de tous les
âges, de tous les styles et de toute la France – s’est déchaîné au numéro 15 ?
Supputation validée, sans surprise.
Même si, petite
déception personnelle, l’écrasante majorité des titres était issue de l’album
13 avec seulement deux chansons de Paradize,
ces dernières ont été magistralement interprétées. La version acoustique d’Electrastar, première chanson de rappel
marquait ni plus ni moins que le summum
de ce concert à mes yeux.
L’indétrônable J’ai
demandé à la lunea quant à elle bénéficié d’une très jolie mise en scène
avec avancée des deux guitaristes tout au bout de la branche principale de la
croix scénique pour rejoindre Nicola.
Ensuite, deux des plus grand tubes
historiques du groupe se sont enchaînés – Trois
nuits par semaine et L’aventurier.
Le public le plus divers qui soit jubile.
Alors pour conclure, je
dirais que ces deux heures et demie ne pouvaient être mauvaises puisqu’il s’agit
d’Indochine, le plus grand groupe français. La force de ses chansons, de l’interprétation
de certaines d’entre elles par un Nicola en position allongée et la beauté des
images diffusées sur écran géant nous ont forcées à passer outre les beaufs du
rang juste devant nous, la chute parfaitement horizontale quatre rangées plus
loin du beauf en chef – quand je parlais de configuration trop vertigineuse des
gradins ! -, leur odeur insupportable de bière et de conséquences aérophagiques
intempestives, sans parler de la cigarette du beauf adjoint avant son expulsion
définitive par la sécurité. Oui, la qualité du spectacle m’a bien fait passer
outre toute cette merde. Alors merci la légende Nicola. Oui tu as un « putain
de public », non cette tournée n’est pas « trop fatigante pour
ton âge » car tu n’as pas d’âge. Un mythe n’a pas d’âge.
Conclusion :
Pour des raisons d’emplacement,
de préférences personnelles en matière de chansons et de contingences
insupportables évoquées dans le paragraphe ci-dessus, ce concert n’arrive tout
de même pas à la cheville du précédent pour 2018.