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dimanche 18 février 2024

Je dis oui au Ouiii !

Nous sommes le 8 septembre 2023, soit deux jours seulement après le meilleur concert de cette année de vache maigre, cette dernière faisant suite à un excellent cru 2022 en matière de festivals dans la région. A  noter que je m’étais aussi rendue au VYV cette année-là, avec un moment inoubliable offert par Liam Gallagher ! Fort heureusement, car le Ouiii ! Festival de Dole a été mon seul et unique festival de 2023, cette première édition s’est ouverte de façon absolument génialissime en ce vendredi de fin d’été.

A peine remise de la claque infligée par quatre jeunes Italiens, la mamie que je suis devenue pensait qu’il était encore trop tôt pour enchaîner avec une soirée comprenant plusieurs concerts. Mais comme la programmation, l’ampleur, le lieu et l’ambiance n’avaient strictement rien à voir avec un immense show en Open Air, mon esprit et mon corps ont pu accueillir ce petit événement local avec une fraîcheur de jeune vierge.

Tout d’abord, j’ai pu avoir un – trop – bref aperçu du charme de Dole.

 



Le Doubs.


Néanmoins, je devais rapidement filer direction la Commanderie, cette salle de spectacle avec une très bonne acoustique. Et les hostilités commencent par Bob’s Not Dead



Le public majoritairement composé de punks à chiens jurassiens – du moins, je le suppose – pogote déjà sérieusement, et cet artiste m’a beaucoup plu. En plus de proposer des textes originaux sur des mélodies entraînantes et aux styles variés, 



le musicien à la guitare artisanale est à mourir de rire entre les morceaux. J’en veux pour preuve la meilleure vanne dont j’ai été témoin en concert.

 


Avant et pendant le concert des Foxy Ladies, trop grunge à notre goût, nous avons passé un bon moment de répit musical à l’extérieur. Entre un magicien bon donc agaçant qui a transformé un tas de cartes en boîtier de cartes alors que l’objet était encore dans ma main, la queue interminable pour des burgers épuisés qui se sont alors transformés en brochettes de viande tiède, et un France-Nouvelle-Zélande visionné rapidement sur écran de smartphone, cette longue pause à l’air chaud de Dole nous a fait le plus grand bien. Et puis surtout, il y avait une ambiance bien plus survoltée qu’à l’intérieur de la Commanderie. Pour cela, remercions L’Esprit Fûts.

 


Ravitaillés, désaltérés et gonflés bloc, nous sommes fin prêts à reconquérir la salle de spectacle pour assister au meilleur concert de la soirée : j’ai nommé Les Ramoneurs de menhirs. Ah ça, pour ramoner, ils ramonent. Je peux vous dire que depuis leur arrivée sur Bella Ciao,

 


jusqu’à la fin du concert, ils ont ramoné les tripes de tout le monde ! Malgré une éjection précoce de mes cinquante-deux kilos par un gros c** qui s’est frayé un chemin dans la foule en employant une méthode de gros c**, j’ai adoré cette ambiance très fin 80/début 90. Les gens pogotent à mort, transpirent et vivent l’instant présent comme à l’époque. Très peu de portables pour filmer – les punks à chiens jurassiens n’ayant pas tout à fait la même mentalité que les fans de Maneskin – l’enchaînement de classiques des Bérus qui se joue sur scène. Ici, l'indétrônable Porcherie.



Avec en prime, un bon Chant des partisans à la bombarde ! Quel pied !!


 

Comme quoi, à défaut d’avoir conservé la moitié de ses dents, le mythique Loran n’a rien perdu de son énergie militante. Et dire que j’ai mis plusieurs morceaux avant de le reconnaître et de faire le rapprochement entre toutes leurs reprises des Bérurier Noir et l’ancien membre en train de les chanter sur scène…Honte à moi.

Mention spéciale à l’excellent Gwenaël Kere au chant (breton) !!

 


On termine par La P’tite fumée, le groupe qui m’a fait prendre ma place pour cette soirée du Ouiii Festival, car je l’avais trouvé absolument génial au Chien à Plumes 2022 ! Finalement, l’effet de surprise est passé et je n’arrête pas de bâiller pendant toute leur prestation.

Pourtant les images parlent d’elles-mêmes : une énergie de dingue et un public déchaîné.




Et une dernière avant que mamie ne reprenne la route pour rejoindre les bras de Morphée.


vendredi 2 septembre 2022

Gang of Four, Hafenklang - 26 octobre 2018

On peut aussi appeler cette soirée « La Claque du siècle ». Une claque fait mal et laisse des traces lorsquelle est envoyée avec force, mais elle marque aussi les esprits quand on ne la voit pas arriver. Et c’était le cas ce soir-là. J’avais pris mon billet longtemps à l’avance pour voir ce petit groupe mythique de post-punk britannique – plus à cause du nom que par intérêt profond et grande connaissance des morceaux. Et en plus, c’était pas cher. Comme d’habitude à cette époque de dur labeur salarié, j’ai fait précéder le concert d’une sieste extensible à coups de fonction « Snooze ». Rappelons que la petite réjouissance avait lieu fin octobre à Hambourg, soit la période la plus horrible dans la capitale hanséatique. Pour faire court, octobre-novembre à Hambourg, c’est tempêtes régulières et 50 nuances de gris tous les jours. Heureusement que cette saison nous apporte les plus beaux couchers de soleil de l’année

 

Depuis mon bureau près du Rathaus,


et que la Große Elbstraße offre une vue imprenable sur le port by night.

 


Le tout compense donc les coups de fouet sur le visage et représente un bel avant-goût extérieur de la soirée mémorable que j’allais passer à l’intérieur.

Justement le Hanfeklang, parlons-en. Cette petite salle underground a l’avantage de se situer au bord de l’eau et un peu à l’écart de la tonitruante Reeperbahn et de ses clubs enfumés. Quant à sa programmation, elle est pointue et fort réjouissante. La preuve, Gang of Four ou encore Sham 69 l’année suivante n’ont pas vraiment multiplié les dates en Allemagne. Alors bravo à l’équipe du Hafenklang qui a su attirer du roastbeef qualitatif.

À ce sujet, Hambourg est la ville la plus anglaise d’Allemagne, avec ses nombreux expats et visiteurs du weekend venus tout droit de la perfide Albion grâce aux lignes ultra bon marché de Ryanair. Ce soir-là, je pense avoir été non seulement la seule Française du public, mais aussi l’une des seules personnes du continent. Les Nords-Allemands étaient peut-être dans la place, mais comment les repérer au milieu d’une petite foule d’Anglais déchaînés/bourrés/défoncés ? Comme à leur habitude, nos ennemis héréditaires sont déchaînés et leur énergie est autant responsable de la qualité du concert que les artistes qui envoient le pâté sur scène.

Le réveil n’ayant jamais été mon point fort, je rate la première partie. Peu importe. Le groupe débarque et…surprise…le guitariste Andy Gill est le seul membre de la formation originale du groupe. Petite parenthèse : ce guitariste au style très particulier – The Edge l’a souvent cité comme influence – a eu une carrière de producteur après Gang of Four et avant le come-back du groupe avec un line-up rajeuni. Il est décédé à seulement 64 ans en février 2020 ; les rumeurs le disent victime prématurée du COVID-19 avant que la pandémie ne sattaque à l’Europe.

Les trois pièces rapportées sont géniales. Le bassiste est canon et déborde de charisme et de sensualité inconsciente, 



tandis que le chanteur dégage une énergie brute mise en valeur par une arrogance anglaise qui fleure bon la grande époque du punk où on chiait sur son public. 




Le tout donne – et je pèse mes mots près de quatre ans plus tard – le meilleur concert auquel j’ai assisté. Des pogos, des sauts, j’étais littéralement transportée. Leur son est génialissime, et je crois bien que Damaged Goods possède les meilleures paroles en langue anglaise.



Je ne sais pas combien de temps le concert a duré, je ne sais pas qui j’étais à ce moment-là. Personne, sans doute. Et c’est la plus belle sensation au monde. Peu d’expériences sont capables de l’offrir, et les concerts en font partie. Il n’y a rien de plus ineffable qu’un excellent concert, alors comme le disait très justement un Hambourgeois à son pote – la preuve qu’il y en avait dans la salle, finalement – au moment de pousser la porte du Hafenklang sur la nuit glaciale du port et en soufflant un bon coup : « Wow !... Ja, einfach wow ! ».

mardi 20 mars 2018

Sortez-moi le bon vieux féminisme du garage !

Dream Wife



Par cet hiver, ce gel, cette déprime, cette morosité interminables, rien de tel pour réchauffer ses nerfs endoloris que l’incandescence d’un groupe de garage-rock féminin comme on n’en fait plus. Trois jeunes londoniennes enragées : deux sympathiques butchers qui balancent des riffs puissants et irrésistibles accompagnés de paroles féministes vociférées par une fausse lolita blonde. 
 

Bref, un petit - minuscule - air des Slits dirais-je timidement, bien incapable de citer un autre groupe féminin similaire.


Ce « girl power » band, c’est comme un truc « à l’ancienne », ça vous ramène à la fin des années 70, vous avez l’impression de connaître, mais non. C’est nouveau et impossible de trouver un équivalent passé, malgré des clins d’œil à certaines chanteuses marquantes (ex : un « one way or another I'm gonna get ya, I'll get ya get ya get ya get ya get ya » au milieu d'une chanson et le « I tell you what I want, what I really really want » du titre FUU).
Six petites semaines après la sortie de leur premier album, les punkettes nous ont fait l’honneur de passer par l’une des villes les plus rock que je connaisse, qui plus est dans mon club préféré.


Concert du 14.03.2018 au Molotow, Hambourg

Si j’ai du mal à trouver à Dream Wife une ressemblance avec un groupe en particulier – leur son me rappelant tout au plus les Stooges (ici la formidable intro de FUU)

 
et la Patti Smith de Horses -, il en va autrement de la première partie ce soir-là. Avec wearemarvin, c’est comme si The Strokes avaient fait des cochonneries pendant quelques dates de tournée en Allemagne et que leurs fils sortaient tout à coup de l’ombre. Pour l’enfant du merveilleux revival rock des années 2000 que je suis, cette mise en bouche pré-Dream Wife a été un véritable plaisir. Moi qui n’aime pourtant pas les premières parties et arrive toujours en retard pour les louper, je ne regrette pas l’exception faite.


Pendant l’entracte, nous sommes allés fumer des clopes et surtout nous rafraîchir dans note chère cour du Molotow. Il faisait chaud dans cette salle. Tellement chaud. Comme dans tous les clubs de Hambourg, quel que soit le temps à l’extérieur. Je me rappelle les cris des petits Lemon Twigs obligés de se mettre torse-nu pendant de leur concert à l’Indra-Club en avril 2017 : « And before we all die from heat ».
Alors pour finir d’enflammer tout ça, le truculent trio débarque avec Hey Hearbreaker aux riffs entêtant. Ce morceau étant de loin le meilleur de l’album, autant dire qu’on nous a mis dans l’ambiance sans ménagement. 

 
Les chansons s’enchaînent, le public bouge bien et ça sautille sans arrêt sur la scène. Le groupe est en nage et déclare même avoir plus chaud qu'à Sidney où il a joué la semaine passée.
Trop plein d’énergie, de jeunesse qui exulte, quel pied ! Les slogans féministes fusent au milieu des paroles sans équivoque, comme dans cet hymne au respect de la femme où "I am not my body, I am somebody" fustige l'objectivisation de celle-ci.


Puis arrive en milieu de concert le « moment préféré » pour la chanteuse : celui où elle exhorte toutes les « bad bitches » de la salle à venir aux premiers rangs, et demande ainsi pendant trois plombes - puisqu’ils n’ont pas l’habitude de laisser leur place – aux mecs de « get the fuck away ». Sur fond de solidarité féminine si chère à leurs yeux, elles clament ainsi leur fierté d'être des « bad bitches » pendant la très explicite FUU. Ironie du sort : mis à part quelques rares couples lesbiens et filles "normales" dans mon genre, l'immense majorité du public est composé d'hommes. N'oublions pas que le rock - et à plus forte raison le punk - est un genre masculin très viril ; d'où le regrettable manque de filles au sein des groupes.


L’ensemble n’aura pas duré plus d’une heure, même si je n’ai bien évidemment rien chronométré. Le meilleur sauna du monde s’est terminé trop vite car il ne faut pas oublier que les demoiselles n’ont sorti qu’un album. Alors dans une apothéose de féminisme véhément - et ouvertement anti-mecs, vous l'aurez compris -, les amazones punk ont invité une poignée de gonzesses des premiers rangs à monter sur scène pour danser sur les dernières saillies punk.

Mon Dieu que c’était bon ! Le genre de concert qui vous revigore pendant les jours qui suivent. L’hiver peut continuer de nous les briser, rock and roll is not dead.