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lundi 17 juin 2024

The Final F*cked Up Tour

On le sait depuis longtemps : le plus grand groupe de rock français du moment – qui chante en anglais, certes, mais ne faisons pas la fine bouche, nous ne sommes plus dans les années 80 ! – se sépare. Ils s’adorent, ils n’en ont pas marre de faire de la musique. Non. Ils veulent juste se consacrer à d’autres projets artistiques et écolos.

The Final F*cked Up Tour est leur tournée d’adieu, et ce 24 novembre 2023 devait marquer leur dernier passage à Dijon. Mais, surprise ! Ils ont depuis annoncé The Last F*cked Up Tour avec des dates allant jusqu’en 2025. Bref, des adieux presque aussi interminables que ceux de Michel Sardouille. S’il y a moyen de tirer la corde au maximum et de gagner encore un peu d’oseille avant de partir, pourquoi pas ! Je ne leur jette pas la pierre.

C’était la première fois que je les voyais en concert, puisque j’ai passé la dernière décennie à l’étranger. Verdict : les Shaka sont fidèles à leur réputation, et on peut dire que niveau scénographie, ils ont mis les moyens !

Par avance, toutes mes excuses pour la qualité déplorable de mes vidéos. C’est aussi mauvais que pour Maneskin. Mon Samsung basique fait de très belles photos hein, et c’est déjà pas mal pour le prix. Alors ne lui en demandons pas trop.

 

Le traditionnel mosh pit. « J’espère que vous avez une bonne mutuelle », prévenait Frah du haut de sa petite scène au milieu de la fosse. Toujours aussi relous, ce genre de scènes. Si le projet est qu’on ne voie plus rien, c’est réussi.

 


Le traditionnel jeté de fan. Une expérience aux allures mystiques.

 


Le beauf ban bourguignon en plein milieu d’un concert de rock. Si j’avais été Bourguignonne, j’aurais honte de l’être dans ces moments-là.

 


Quand je vous disais qu’ils avaient mis le paquet sur cette tournée. De nombreux choristes/danseurs pour un show puissant, et toujours le singe sur grand écran.

 


En conclusion – ça fait un peu dissert, pour une chronique de concert, mais j’aime bien le décalage –, je me suis pas mal ennuyée malgré ma reconnaissance de leur statut de bêtes de scène. Je pense que je serais ressortie en planant si je les avais vus dans les années 2010, mais bon, tout le monde vieillit – sauf les Cure. Mention spéciale à leur classique, « I’m Picky », super bien réinterprété. J’ai tellement apprécié que j’ai refusé de filmer. C’est d’ailleurs le seul moment du concert dont j’ai gardé un vague souvenir. Shaka Ponk ne peut pas être et avoir été : ils font bien de passer à autre chose.

dimanche 17 septembre 2023

Torna a casa

En mars dernier, les jeunes tauliers du rock international annonçaient leur seule et unique date en France de leur Rush! World Tour. Surprise – ou pas ! – celle-ci a eu lieu dans la capitale des ducs de Lorraine, et accessoirement ma ville de cœur. Comme je les ai bêtement ratés lors de leur passage à l’Accor Arena le 13 mars 2023, je n’ai pas trop tardé à prendre ma place cette fois-ci. Hors de question de louper ces bêtes de scène en Lorraine. L’occasion était trop belle, et mes retrouvailles avec la ville de mes deux premières années d’études faisaient chaud au cœur – ou peut-être était-ce la fameuse canicule record de septembre que nous vivons ?

 

Toujours est-il que Stan m’avait terriblement manqué.

Et dire que je n’avais pas mis les pieds dans le centre-ville depuis la Saint-Nicolas…Contrairement à mon dernier pèlerinage, je ne me suis pas rendue dans mon quartier de résidence, le charmant Faubourg des Trois Maisons, mais juste avant de prendre la navette en direction du Zénith,

 

je n’ai pas pu résister à un arrêt devant ce haut lieu de l’Éducation Nationale qui a abrité les deux années les plus stimulantes de ma vie sur le plan intellectuel.


Même chose pour L’Excelsior. Cette mythique brasserie, chef d’œuvre de l’École de Nancy, accueillait traditionnellement les Saturnales des hypokhâgnes.

 

Je n’insiste pas sur la Pep, le cours Léopold, la place Carrière en plein montage du « Livre sur la Place » - que je suis bien triste de rater une année de plus ou encore - la Vieille-Ville ; il est évident que j’ai foulé ces endroits. Mais comme dirait un grand poète – Yanns dans son chef d’œuvre intitulé Clic clic pan pan : « j’sais qu’le passé c’est l’passé. »

Alors tournons-nous vers le présent et montons dans la navette direction le Zénith de Maxéville. Le parking gratuit étant de 2 500 places pour un événement Open Air avec 20 000 spectateurs attendus,  mieux valait se garer en centre-ville, vendre son deuxième rein pour payer le parking après avoir vendu le premier pour le péage et le carburant, puis rester 40 minutes dans une navette coincée au milieu des bouchons nancéiens pour se rendre sur un site tout près de la sortie d’autoroute. Oui, c’est embêtant, mais quand on parcourt plus de quatre heures de route afin de voir LE concert de l’année, on n’est plus à ça près.

Et inutile de vous dire que cela valait terriblement le coup.

Primo. Avec sa capacité de 25 000 personnes, l’amphithéâtre extérieur du Zénith de Nancy est un site exceptionnel : deuxième « salle » de spectacle de France derrière La Défense Arena, l’endroit bénéficie d’une acoustique exceptionnelle et d’une très bonne visibilité où que vous soyez. J’étais dans les gradins de droite – face à la scène – et je n’ai pas eu à me plaindre. Mais attention aux non sportifs : le chemin pour accéder au Zénith depuis les navettes est une pente caillouteuse. Car oui, le Nord de Nancy est en hauteur – le quartier chaud juste à côté de Maxéville ne s’appelle pas le Haut du Lièvre pour rien. Il faut donc faire attention à ne pas se ramasser en descendant au Zénith et gérer son cardio en sortant. Tout ça en sandales, puisqu’on prévoit rarement des chaussures de randonnée pour se rendre à un concert !

Deuxio. Les vingtenaires italiens ont été à la hauteur de leur réputation. Même chose pour leur public que je qualifierais de très jeune, très féminin et très stylé. Les fans venaient de toutes la France, et peut-être même du monde entier, puisque j’ai entendu de l’anglais américain et beaucoup d’italien autour de moi. Quel bonheur de voir ces gens faire un nombre de kilomètres indécent pour partager un moment inoubliable au nom de la musique. L’amphithéâtre était survolté, plus en forme que jamais car – particularité de Maneskin que j’apprécie énormément, surtout un mercredi soir – le groupe n’a PAS de première partie. Bien sûr que cette tradition permet de belles découvertes, mais elle peut aussi fatiguer, et entre le temps de trajet et le travail abondant avant et après cette journée de milieu de semaine, la première partie s’avérait plus que dispensable.

Les membres débarquent alors un par un aux alentours de 20h30. Cheveux coupés à ras et teints en blond platine, Damiano est plus beau que jamais. Il aurait été pile ma came il y a vingt ans et on ne peut que valider son statut de sex symbol. Les autres membres ne sont pas en reste : Ethan et son style légendaire envoient du bois derrière ses fûts et sa lonnnngue chevelure d’ébène, Vic est aussi charismatique que sexy, and last but not least, Thomas enchaîne les solos de guitare pour mieux nous convaincre que le talent n’attend pas le nombre des années.

À l’instar d’Indochine qui se sont également produits sur la scène du Nancy Open Air cette année, Maneskin transpire la générosité et la reconnaissance envers son public. Malgré leur rythme effréné de tournées et de sorties d’album, les Romains ont l’air de prendre leur pied sur scène et multiplient d’ailleurs les bains de foule. Ici, le grand – dans tous les sens du terme – Thomas sort du bain.

 


Pendant tout le concert, le jeune groupe a enchaîné les tubes, tels que I Wanna Be Your Slave.



Fort heureusement, la setlist ne manquait pas de chansons en italien, reprises en cœur par les nombreux compatriotes présents ce soir-là.



Parmi les moments les plus marquants du concert, j’en citerai trois, chacun dans une catégorie différente. Dans la catégorie humoristique, il y avait la glissade arrière de lunettes de Damiano en plein début de Beggin soldée par un très spontané – et joliment erroné sur le plan linguistique – « F** my glass ». Dans la catégorie émotion, cette reprise a capella de Formidable de Stromae par Damiano pour rendre hommage à son public français a permis au chanteur de montrer pour la énième fois qu’il avait une voix aussi sublime que son visage.

 


Le public avait prévu des petites lumières aux couleurs de l’Italie : on distingue le rouge et le vert ici.



Et enfin dans la catégorie gaieté contagieuse, voici la fin de Kool Kids avec la participation des groupies déchaînées sur scène. Merci à ces veinardes d’être aussi solaires que leurs idoles.

 


Allez, on se quitte sur un de leurs plus grands tubes, sans doute mon préféré. Et je peux vous dire que personne ne s’est senti « the loneliest » ce 6 septembre 2023, ni les jours qui ont suivi. L’effet « après-concert » quoi, toi-même tu sais…



vendredi 7 avril 2023

The Limiñanas au Hafenklang, 18 novembre 2018

Le retour dans ma petite salle de concert préférée de la ville ne s’est pas fait attendre. C’est reparti pour une balade le long de l’Elbe à l’occasion de la venue des Français de The Limiñanas dans la cité hanséatique. Après la sortie de leur super album Shadow People en janvier de la même année, ils nous font l’honneur de passer par Hambourg. Là encore, on doit sans conteste leur venue à la super équipe qui travaille à la programmation des concerts du Hafenklang.



Trêve de suspense : je n’ai pas été déçue du voyage. En ce dimanche soir, le public était cette fois-ci majoritairement composé non pas de roastbeefs bourrés mais d’Allemands et de Français plutôt sobres avant la nouvelle semaine qui les attendait. La petite salle n’était pas pleine à craquer, mais raisonnablement remplie. Bref, un topo assez sage pour un concert qui envoyait tout de même du bois, aussi bien sur le plan qualitatif qu’énergétique. 



Car si The Limiñanas désigne le patronyme du couple originaire de Perpignan – Lionel à la guitare et Marie à la batterie – le groupe se transforme néanmoins en véritable gang sur scène.



Leur musique sophistiquée aux influences anglo-saxonnes – j’entends du Velvet, perso – est alliée à des textes et à un chant gainsbouriens pour les morceaux dans la langue de Molière. Ceci dit, la setlist était quasi exclusivement anglo-saxonne ce soir-là. Ne boudons pas notre plaisir, une dernière pour la route !



Bref, c’était le bon temps des Limiñanas…Malheureusement, je les ai revus dans ma petite ville de France en mars 2022 et je me suis fait chier comme un rat mort. En effet, après les avoir beaucoup écoutés et adorés en 2018, après ce concert génial dont il est question ici, je n’ai pas jugé nécessaire d’écouter leur dernière création : l’album « De Pelicula », avec Laurent Garnier. Grave erreur. Cette collaboration de 2021 a eu raison du style Limiñanas et les morceaux sont affreux. Tout le concert était très instrumental/expérimental et j’ai eu l’impression de subir le même son progressif pendant plus d’une heure. Plus d’âme, plus de morceaux sexys comme avant. Le seul moment sympa était…une reprise !

Dommage que les choses ne soient pas restées comme en 2018 – regret à appliquer à tout le reste, bien évidemment.

vendredi 2 septembre 2022

Gang of Four, Hafenklang - 26 octobre 2018

On peut aussi appeler cette soirée « La Claque du siècle ». Une claque fait mal et laisse des traces lorsquelle est envoyée avec force, mais elle marque aussi les esprits quand on ne la voit pas arriver. Et c’était le cas ce soir-là. J’avais pris mon billet longtemps à l’avance pour voir ce petit groupe mythique de post-punk britannique – plus à cause du nom que par intérêt profond et grande connaissance des morceaux. Et en plus, c’était pas cher. Comme d’habitude à cette époque de dur labeur salarié, j’ai fait précéder le concert d’une sieste extensible à coups de fonction « Snooze ». Rappelons que la petite réjouissance avait lieu fin octobre à Hambourg, soit la période la plus horrible dans la capitale hanséatique. Pour faire court, octobre-novembre à Hambourg, c’est tempêtes régulières et 50 nuances de gris tous les jours. Heureusement que cette saison nous apporte les plus beaux couchers de soleil de l’année

 

Depuis mon bureau près du Rathaus,


et que la Große Elbstraße offre une vue imprenable sur le port by night.

 


Le tout compense donc les coups de fouet sur le visage et représente un bel avant-goût extérieur de la soirée mémorable que j’allais passer à l’intérieur.

Justement le Hanfeklang, parlons-en. Cette petite salle underground a l’avantage de se situer au bord de l’eau et un peu à l’écart de la tonitruante Reeperbahn et de ses clubs enfumés. Quant à sa programmation, elle est pointue et fort réjouissante. La preuve, Gang of Four ou encore Sham 69 l’année suivante n’ont pas vraiment multiplié les dates en Allemagne. Alors bravo à l’équipe du Hafenklang qui a su attirer du roastbeef qualitatif.

À ce sujet, Hambourg est la ville la plus anglaise d’Allemagne, avec ses nombreux expats et visiteurs du weekend venus tout droit de la perfide Albion grâce aux lignes ultra bon marché de Ryanair. Ce soir-là, je pense avoir été non seulement la seule Française du public, mais aussi l’une des seules personnes du continent. Les Nords-Allemands étaient peut-être dans la place, mais comment les repérer au milieu d’une petite foule d’Anglais déchaînés/bourrés/défoncés ? Comme à leur habitude, nos ennemis héréditaires sont déchaînés et leur énergie est autant responsable de la qualité du concert que les artistes qui envoient le pâté sur scène.

Le réveil n’ayant jamais été mon point fort, je rate la première partie. Peu importe. Le groupe débarque et…surprise…le guitariste Andy Gill est le seul membre de la formation originale du groupe. Petite parenthèse : ce guitariste au style très particulier – The Edge l’a souvent cité comme influence – a eu une carrière de producteur après Gang of Four et avant le come-back du groupe avec un line-up rajeuni. Il est décédé à seulement 64 ans en février 2020 ; les rumeurs le disent victime prématurée du COVID-19 avant que la pandémie ne sattaque à l’Europe.

Les trois pièces rapportées sont géniales. Le bassiste est canon et déborde de charisme et de sensualité inconsciente, 



tandis que le chanteur dégage une énergie brute mise en valeur par une arrogance anglaise qui fleure bon la grande époque du punk où on chiait sur son public. 




Le tout donne – et je pèse mes mots près de quatre ans plus tard – le meilleur concert auquel j’ai assisté. Des pogos, des sauts, j’étais littéralement transportée. Leur son est génialissime, et je crois bien que Damaged Goods possède les meilleures paroles en langue anglaise.



Je ne sais pas combien de temps le concert a duré, je ne sais pas qui j’étais à ce moment-là. Personne, sans doute. Et c’est la plus belle sensation au monde. Peu d’expériences sont capables de l’offrir, et les concerts en font partie. Il n’y a rien de plus ineffable qu’un excellent concert, alors comme le disait très justement un Hambourgeois à son pote – la preuve qu’il y en avait dans la salle, finalement – au moment de pousser la porte du Hafenklang sur la nuit glaciale du port et en soufflant un bon coup : « Wow !... Ja, einfach wow ! ».

jeudi 18 août 2022

The Courettes : le duo qui sonne comme un quatuor

 Qu’est-ce que le Reeperbahn sinon un festival qui permet de (re)découvrir les clubs autour de la mythique rue du vice, mais aussi et surtout des artistes encore inconnus ? Avec ses nombreuses conférences, ce festival avant tout destiné aux professionnels n’en était pas moins mon préféré de tous lorsque j’habitais dans la capitale hanséatique. Et lors de la session 2018, j’ai fait le plein de nouveautés, à commencer par The Courettes. Comme le souligne leur petit « slogan », ce duo sonne comme un quatuor tant il est explosif. Problème déjà annoncé dans mon article à ce sujet : je n’ai rien vu de leur concert lors du Reeperbahn festival et pour y remédier, le rendez-vous a été pris pour le 20 octobre 2018 au Pooca Bar. Minuscule établissement de la survoltée Hamburger Berg, il transpirait le charme underground ce soir-là.

 

Anecdote du siècle...

 

…que je me remémore assez souvent depuis. Le concert débute avec plus d’une demi-heure de retard, et qui plus est avec une première partie. Certes, on est samedi soir et on a le temps, mais quand même. La lassitude naît d’une trop longue attente. « Ich hab’ kein Bock auf die Vorband », dis-je plusieurs fois à mes potes en soupirant. Surprise, mes bâillements ont été aussitôt déjoués par le rock qui envoie du bois de The Cave Riot, petit groupe local.

Soudain, entre deux chansons, le chanteur lance à « Hi Klaus » à un vieil homme qui venait de me frôler en se tracant un chemin vers le bar. Une bonne partie du public répond par des petits cris de sympathie du style « wow wow » ponctués de quelques applaudissements en tournant la tête vers le Monsieur. J’ai tout de suite compris : environ 80 ans et célèbre à Hambourg, il était forcément lié aux Fab Four. En rentrant chez moi, j’ai recherché « Klaus Beatles Hambourg » et suis tout de suite tombée sur le visage désormais familier de Klaus Voormann. Incroyable ! Ce musicien et producteur allemand était non seulement très proche des Beatles, mais en plus de cela il l’est resté pendant longtemps puisqu’il a joué de la basse sur les albums solos des anciens membres et a enregistré un trio avec Macca et Ringo Starr en 2009.

À juste titre, vous allez trouver mon engouement bien ridicule, mais je reste persuadée qu’on est vivant si on a la capacité de s’émerveiller des choses en apparence les plus anodines. Transformer les petits moments en grands souvenirs, c’est ça avoir gardé son âme d’enfant, c’est ça être passionné. Or pour moi, frôler un ami intime du plus grand groupe de tous les temps, c’est tout sauf insignifiant. Ce souvenir prend d'ailleurs une dimension particulière quand on connaît mon attachement à la ville de Hambourg qui n’a fait que s’épaissir depuis que je l’ai quittée.


Bref, revenons-en aux Courettes !

 

Une fois la super mise en bouche des Cave Riot terminée, les Courettes prennent place et envoient le pâté. Alors les Courettes, c’est quoi ? Et bien la recette est pour le moins inhabituelle : une chanteuses-guitariste brésilienne et son compagnon danois aux fûts. Son look est en accord avec la musique : tout droit sortis des sixties. Le son est garage bien crade comme on l’aime, le volume est fort et les morceaux sont entraînants. 


Le public, largement composé de Britanniques (ou d’Anglais même ? - est à fond. Comme d’hab. Moi qui arpentait régulièrement les clubs de la ville pour sautiller sur des petits concerts de rock indé, je peux vous assurer que Hambourg a bien de la chance – dans ce contexte, et uniquement dans ce contexte, pas dans la rue, avec ces hordes de jeunes célibataires à l'alcool violent venus fêter des enterrements de vie de garçons à St. Pauli – d’être la ville allemande qui compte le plus de Britanniques. Les Allemands du Nord étant chiants comme la pluie, j’ai maintes fois remercié dans ma tête nos ennemis d’outre-Manche toujours bourrés et défoncés, car au moins on pouvait compter sur eux pour assurer une ambiance survoltée aux concerts.

Bref, c’était génial et il nous a fallu quelques instants pour redescendre sur Terre une fois les derniers riffs envoyés. Le pauvre couple a bien galéré à nous renvoyer à la maison après un dernier morceau improvisé, ou devrais-je dire "forcé" par les cris de la foule. Lors de la petite séance de débriefing au Burger King qui a suivi, nous n’avons malheureusement pas pu répondre à la question que tout le monde se pose, à savoir « que fait une femme aussi canon avec un boudin pareil ? ». Mis à part les traditionnelles explications de l’oseille ou du gros membre, nous n’avons rien trouvé.


Peu importe, on écoute The Courettes, parce que ce sont de tels petits groupes talentueux et pleins d’énergie qui nous laissent une vague lueur d’espoir. Le rock n’est pas mort.



dimanche 14 août 2022

MS Dockville 2018 : 17 - 19 août

Depuis que j’ai retrouvé le chemin de mon premier enfant avec cet article, j’essaie de rattraper le temps perdu. Quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsque j’ai constaté un oubli majeur entre le concert de Dream Wife en mars 2018 et le Reperbahn Festival en septembre de la même année : le festival MS Dockville qui s’est déroulé du 17 au 19 août 2018. Et comme je suis en pleine période de nostalgie hambourgeoise, autant aller au bout de cette émotion en rédigeant un article sur ces quelques jours passés dans le quartier de Wilhelmsburg. Comme son nom l’indique, le festival a lieu sur les anciens docks, un site idéal pour la musique qui s’y joue : indie, pop et électro. Ambiance urbaine et public très jeune, ce qui n’a pas empêché la joyeuse bande de trentenaires que nous étions de passer un excellent weekend.


Le site

Traversé par des canaux, le quartier de Wilhelmsburg est assez excentré vis-à-vis du cœur de Hambourg (Reeperbahn, Jungfernstieg, par exemple). Personnellement, je ne l’ai fréquenté que quelques fois en sept ans pour m’entraîner dans son super centre d’escalade, la Nordwandhalle. Comme tous les quartiers des grandes villes allemandes, il n’est rattaché à Hambourg que sur le plan administratif et possède son propre caractère. Des bâtiments industriels et immeubles d’habitations prolétaires aux coins plus ruraux, cette île entourée par l’Elbe est un petit bijou pour un tel festival et donne aux Hamburger l’occasion de se dépayser en prenant les transports en commun.


Je n'ai pas menti au sujet de la dimension rurale, puisque des moutons paissent sur la digue.


Magnifique coucher de soleil sur l’Elbe. Vue sur le port qui me donne envie de pleurer tellement MA ville – par là, j’entends celle où j’ai vécu le plus longtemps – me manque.

Rethespeicher, silo à grains


Mise en perspective avec notre meilleure amie, la belle blonde au premier plan à droite. Petite foule de festivaliers venus admirer eux-aussi ce beau coucher de soleil.

Décor industriel à tous les coins du site


Encore une jolie photo de coucher de soleil. Et la foule.



Même à Hambourg – ou devrais-je dire, de par son caractère maritime, SURTOUT à Hambourg – les Bretons sont là et entendent bien le clamer avec leur célèbre drapeau.



Les concerts auxquels j’ai assisté


Vendredi 17 août 2018

Everything Everything : groupe d’art rock britannique fort sympathique que je connaissais un peu avant de les voir. La prestation de ces Messieurs en bleu de travail était à la hauteur de ce que j’ai pu entendre avant. Pas mal, donc.

Cigarettes after sex : qui ne connaît pas leurs chansons hyper mélancoliques/sexuelles/déprimantes dans le BON sens du terme ? Et bien contre toute attente, nous nous sommes fait chier pendant le live, perdus dans un nuage de fumée bien trop épais. Toutes les chansons sonnent pareil et Cigarettes after sex fait partie de ces artistes qu’il vaut mieux écouter chez soi.

Superorganism : j’étais venue en partie pour eux, alors qu’ils étaient loin d’être une tête d’affiche. Malheureusement, la prestation était très décevante. Des petits c...euh des d’jeuns pardon, dont l’attitude de branleurs hipsters a eu le don de me souler.

Samedi 18 août 2018

Les Suédois de First Aid Kit et leurs deux chanteuses à la voix sublime (surtout la brune). Coup de cœur.

Alt-J : l’une des têtes d’affiche du festival, mais en fait, c’était pas si bien que ça.

 

Dimanche 19 août 2018

Dernier jour de festival. Arrivé trop vite, il n’en restera pas moins le meilleur sur le plan qualitatif.

Welshly Arms : mon plus gros coup de cœur du weekend. Ce groupe de rock blues américain a su mettre le feu, et comme il représente un genre musical en voie de disparition et quasi absent de cet événement en particulier, ces musiciens resteront mes préférés du festival.

Et voici déjà le dimanche soir. Terminons ce festival par l’un des concerts les plus attendus par le public. Découverte totale pour ma part, les Français de The Blaze prouvent que nous sommes définitivement les rois de l’électro.

dimanche 7 octobre 2018

Reeperbahn Festival 2018 : 19 – 22 septembre


Le temps vole, comme on dit dans la langue de Goethe, et nous en sommes déjà à raconter ma deuxième édition du Reeperbahn Festival. Je vous passe les détails sur l’identité de ce festival, tout est ici. Retenez simplement que c’est LA rencontre de l’industrie musicale en Europe : les jeunes groupes du monde entier s’y produisent pour se faire connaître auprès des labels. L’autre pan du festival consiste en de nombreuses conférences pour professionnels du secteur, mais je n’y étais pas et me limiterai aux concerts.

Cette année malheureusement, une méchante sinusite m’a pris mon samedi et « seulement » trois jours seront chroniqués.

Nouveauté pour ma part, les films. Et oui, ils font partie du programme et ont la particularité d’être projetés dans un petit cinéma indépendant, L’Abaton, hors du périmètre de la Reeperbahn. J’ai donc inauguré mon édition 2018 par « Here to be heard : the story of The Slits », un documentaire sur le premier groupe punk féminin. Y interviennent entre autres les musiciennes de la formation d’origine : la bassiste Tess Pollitt, la guitariste Viv Albertine et la batteuse Palmolive. Du fond de cette salle quasiment vide, je n’ai pas appris grand-chose, si ce n’est qu’elles ont été les premières à promouvoir la laideur chez la femme, comme le montre la couverture de leur album Cut



Et rien que pour cela, elles sont admirables. La personnalité loufoque et bruyante d’Ari Up transcende le film malgré sa disparition des suites d’un cancer qu’elle a refusé de soigner. Mais le plus grand plaisir de ce film plutôt ennuyeux était de voir des images des premiers concerts des demoiselles reggae et de les écouter, tout simplement (Typical girls, Animal Space), car c’était avant tout un bon groupe, novateur et qui a su évoluer, sortir du punk au début des années 80 pour aller vers le reggae et les sonorités africaines.

Le passage aux choses sérieuses, aux concerts donc, a commencé avec Jett Rebel au minuscule St. Pauli Museum. Et franchement, belle entrée en matière. Énorme talent, qui confirme la tendance observée l’année dernière de la qualité des artistes néerlandais.

Dans un autre registre, bien plus au Nord, j’ai eu un énorme coup de cœur pour FRUM des îles Féroé. Une voix extraordinaire, et c’est souvent le cas pour les chanteuses venant du froid, une électro-pop parfois planante, parfois dansante, et même des accents de musique urbaine dans Beat. Bref, un excellent moment passé au Nochtspeicher.

Après une brève transpiration dans un sauna encore plus insupportable pour écouter les Français MNNQNS et leur rock assez répétitif (mais qui selon les dires d’un ami s’est amélioré suite à mon départ), traversons la rue pour aller dans le beau Schmidts Tivoli applaudir une dernière chanson du fou-fou sympathique Flavier Berger qui précède LA vedette.

Alors Julien Doré, comment dire…Il a le don de composer des mélodies sublimes et irrésistibles. Le problème, ce sont ses poses, sa personnalité agaçante sur scène et pire, les versions live de ses chansons qui perdent en intensité. Grosse déception de cette première journée.



Heureusement que la soirée se termine dans la fraîcheur avec les jeunes Norvégiens de I am K au Mojo Jazz Café. Une belle voix et des mélodies efficaces qui nous ont vite fait oublier la star francaise plus blasée que nouvelle.

Jeudi, jeudi. Débutons cette deuxième journée par deux petits concerts sympathiques sur fond d’après-midi ensoleillé. Rock N Roll Radio est un groupe coréen – je n’exagérais donc pas quand je parlais de festival d’envergure internationale en préambule – au rock parfois garage, parfois plus 80’s, mais toujours agréable.



Mon coup de cœur de la journée va à Aquarama, ce petit groupe italien qui nous livre sur la petite scène du Sommer Salon une pop sucrée et dansante, notamment grâce à des percussions irrésistibles.


Et la pluie apporte dans sa morosité mon dernier jour de Reeperbahn festival, même si je l’ignorais encore et me sentais en pleine forme à ce moment-là. C’est donc le corps plutôt en forme tout en recherchant un abri, le cœur léger et l’esprit assoiffé de nouvelles connaissances que je me dirigeais vers l’Abaton pour visionner un documentaire canadien portant sur une problématique féministe. Dans Play Your Gender, la musicienne Kinnie Starr récolte les témoignages d’artistes féminines et d’une poignée d’artistes masculins sur la présence des femmes dans l’industrie musicale. Attention, il ne s’agit pas de leur présence tout court, mais de la représentation de notre sexe aux postes de pouvoir : de la composition à la production en passant par le travail des ingénieurs du son. Aucune surprise : les femmes sont très visibles – on trouve bien des chanteuses sexy à longueur de clips – mais ce sont presque exclusivement des hommes aux manettes. L’immense majorité des chansons interprétées par des femmes ont été composées, arrangées et produites par des hommes. Alors comme partout, on nous dit que les femmes commencent à pénétrer ces métiers techniques, mais la proportion reste infime. Bref. Rien de nouveau sous le soleil, y compris pour la grande mélomane non professionnelle que je suis. C’est dire pour les autres…

C’est donc l’esprit déçu que je rentre à la maison pour patienter jusqu’aux premiers concerts de la soirée. Le premier d’entre eux me fait vite oublier cette perte de temps cinématographique car Hyphen Hyphen est fidèle à sa réputation de bêtes de scène. La chanteuse a toujours de beaux graviers dans la voix et les morceaux de leur deuxième album semblent à la hauteur du premier. On peut clairement dire que les Niçois ont fait exploser le Bunker.



Direction l’obscure Bernhard-Nocht-Straße pour terminer la soirée au fief des artistes danois, la Nochtwache. Et quel kif, mes aïeux ! Après le bon rock pur et dur, mais aussi entraînant, de TheFlorines, je pensais qu’on allait difficilement faire mieux. C’était sans compter l’arrivée du « duo qui sonne comme un quartet », The Courettes. La salle est minuscule et comme pour le groupe précédent, je pouvais à peine voir le haut de la tête des musiciens – de la chanteuse-guitariste en l’occurrence - pendant le concert, mais alors quelle énergie ! Le look est là, le son est garage cra-cra comme on aime, tout en employant des mélodies faciles à suivre. On s’approche plus du recyclage que de la créativité, mais qu’est-ce que ça fait du bien ! Le batteur avait raison de conclure son show par « You can go home now, cause you’ve seen the best », car j’ai suivi son conseil. Cette édition 2018 s’achève en laissant derrière elle un bilan mitigé : sinusite, fatigue et samedi sacrifié, mais aussi mon coup de cœur général en guise de clôture. Les places sont prises pour leur passage au Pocca Bar le 20 octobre. Je fais enfin les VOIR.

Quant à toi, Reeperbahn Festival, tu ne perds rien pour attendre. Le pass 4 jours pour 2019 est pris et on croise les doigts pour tenir jusqu’au bout cette fois !

mardi 20 mars 2018

Sortez-moi le bon vieux féminisme du garage !

Dream Wife



Par cet hiver, ce gel, cette déprime, cette morosité interminables, rien de tel pour réchauffer ses nerfs endoloris que l’incandescence d’un groupe de garage-rock féminin comme on n’en fait plus. Trois jeunes londoniennes enragées : deux sympathiques butchers qui balancent des riffs puissants et irrésistibles accompagnés de paroles féministes vociférées par une fausse lolita blonde. 
 

Bref, un petit - minuscule - air des Slits dirais-je timidement, bien incapable de citer un autre groupe féminin similaire.


Ce « girl power » band, c’est comme un truc « à l’ancienne », ça vous ramène à la fin des années 70, vous avez l’impression de connaître, mais non. C’est nouveau et impossible de trouver un équivalent passé, malgré des clins d’œil à certaines chanteuses marquantes (ex : un « one way or another I'm gonna get ya, I'll get ya get ya get ya get ya get ya » au milieu d'une chanson et le « I tell you what I want, what I really really want » du titre FUU).
Six petites semaines après la sortie de leur premier album, les punkettes nous ont fait l’honneur de passer par l’une des villes les plus rock que je connaisse, qui plus est dans mon club préféré.


Concert du 14.03.2018 au Molotow, Hambourg

Si j’ai du mal à trouver à Dream Wife une ressemblance avec un groupe en particulier – leur son me rappelant tout au plus les Stooges (ici la formidable intro de FUU)

 
et la Patti Smith de Horses -, il en va autrement de la première partie ce soir-là. Avec wearemarvin, c’est comme si The Strokes avaient fait des cochonneries pendant quelques dates de tournée en Allemagne et que leurs fils sortaient tout à coup de l’ombre. Pour l’enfant du merveilleux revival rock des années 2000 que je suis, cette mise en bouche pré-Dream Wife a été un véritable plaisir. Moi qui n’aime pourtant pas les premières parties et arrive toujours en retard pour les louper, je ne regrette pas l’exception faite.


Pendant l’entracte, nous sommes allés fumer des clopes et surtout nous rafraîchir dans note chère cour du Molotow. Il faisait chaud dans cette salle. Tellement chaud. Comme dans tous les clubs de Hambourg, quel que soit le temps à l’extérieur. Je me rappelle les cris des petits Lemon Twigs obligés de se mettre torse-nu pendant de leur concert à l’Indra-Club en avril 2017 : « And before we all die from heat ».
Alors pour finir d’enflammer tout ça, le truculent trio débarque avec Hey Hearbreaker aux riffs entêtant. Ce morceau étant de loin le meilleur de l’album, autant dire qu’on nous a mis dans l’ambiance sans ménagement. 

 
Les chansons s’enchaînent, le public bouge bien et ça sautille sans arrêt sur la scène. Le groupe est en nage et déclare même avoir plus chaud qu'à Sidney où il a joué la semaine passée.
Trop plein d’énergie, de jeunesse qui exulte, quel pied ! Les slogans féministes fusent au milieu des paroles sans équivoque, comme dans cet hymne au respect de la femme où "I am not my body, I am somebody" fustige l'objectivisation de celle-ci.


Puis arrive en milieu de concert le « moment préféré » pour la chanteuse : celui où elle exhorte toutes les « bad bitches » de la salle à venir aux premiers rangs, et demande ainsi pendant trois plombes - puisqu’ils n’ont pas l’habitude de laisser leur place – aux mecs de « get the fuck away ». Sur fond de solidarité féminine si chère à leurs yeux, elles clament ainsi leur fierté d'être des « bad bitches » pendant la très explicite FUU. Ironie du sort : mis à part quelques rares couples lesbiens et filles "normales" dans mon genre, l'immense majorité du public est composé d'hommes. N'oublions pas que le rock - et à plus forte raison le punk - est un genre masculin très viril ; d'où le regrettable manque de filles au sein des groupes.


L’ensemble n’aura pas duré plus d’une heure, même si je n’ai bien évidemment rien chronométré. Le meilleur sauna du monde s’est terminé trop vite car il ne faut pas oublier que les demoiselles n’ont sorti qu’un album. Alors dans une apothéose de féminisme véhément - et ouvertement anti-mecs, vous l'aurez compris -, les amazones punk ont invité une poignée de gonzesses des premiers rangs à monter sur scène pour danser sur les dernières saillies punk.

Mon Dieu que c’était bon ! Le genre de concert qui vous revigore pendant les jours qui suivent. L’hiver peut continuer de nous les briser, rock and roll is not dead.