dimanche 7 octobre 2018

Reeperbahn Festival 2018 : 19 – 22 septembre


Le temps vole, comme on dit dans la langue de Goethe, et nous en sommes déjà à raconter ma deuxième édition du Reeperbahn Festival. Je vous passe les détails sur l’identité de ce festival, tout est ici. Retenez simplement que c’est LA rencontre de l’industrie musicale en Europe : les jeunes groupes du monde entier s’y produisent pour se faire connaître auprès des labels. L’autre pan du festival consiste en de nombreuses conférences pour professionnels du secteur, mais je n’y étais pas et me limiterai aux concerts.

Cette année malheureusement, une méchante sinusite m’a pris mon samedi et « seulement » trois jours seront chroniqués.

Nouveauté pour ma part, les films. Et oui, ils font partie du programme et ont la particularité d’être projetés dans un petit cinéma indépendant, L’Abaton, hors du périmètre de la Reeperbahn. J’ai donc inauguré mon édition 2018 par « Here to be heard : the story of The Slits », un documentaire sur le premier groupe punk féminin. Y interviennent entre autres les musiciennes de la formation d’origine : la bassiste Tess Pollitt, la guitariste Viv Albertine et la batteuse Palmolive. Du fond de cette salle quasiment vide, je n’ai pas appris grand-chose, si ce n’est qu’elles ont été les premières à promouvoir la laideur chez la femme, comme le montre la couverture de leur album Cut



Et rien que pour cela, elles sont admirables. La personnalité loufoque et bruyante d’Ari Up transcende le film malgré sa disparition des suites d’un cancer qu’elle a refusé de soigner. Mais le plus grand plaisir de ce film plutôt ennuyeux était de voir des images des premiers concerts des demoiselles reggae et de les écouter, tout simplement (Typical girls, Animal Space), car c’était avant tout un bon groupe, novateur et qui a su évoluer, sortir du punk au début des années 80 pour aller vers le reggae et les sonorités africaines.

Le passage aux choses sérieuses, aux concerts donc, a commencé avec Jett Rebel au minuscule St. Pauli Museum. Et franchement, belle entrée en matière. Énorme talent, qui confirme la tendance observée l’année dernière de la qualité des artistes néerlandais.

Dans un autre registre, bien plus au Nord, j’ai eu un énorme coup de cœur pour FRUM des îles Féroé. Une voix extraordinaire, et c’est souvent le cas pour les chanteuses venant du froid, une électro-pop parfois planante, parfois dansante, et même des accents de musique urbaine dans Beat. Bref, un excellent moment passé au Nochtspeicher.

Après une brève transpiration dans un sauna encore plus insupportable pour écouter les Français MNNQNS et leur rock assez répétitif (mais qui selon les dires d’un ami s’est amélioré suite à mon départ), traversons la rue pour aller dans le beau Schmidts Tivoli applaudir une dernière chanson du fou-fou sympathique Flavier Berger qui précède LA vedette.

Alors Julien Doré, comment dire…Il a le don de composer des mélodies sublimes et irrésistibles. Le problème, ce sont ses poses, sa personnalité agaçante sur scène et pire, les versions live de ses chansons qui perdent en intensité. Grosse déception de cette première journée.



Heureusement que la soirée se termine dans la fraîcheur avec les jeunes Norvégiens de I am K au Mojo Jazz Café. Une belle voix et des mélodies efficaces qui nous ont vite fait oublier la star francaise plus blasée que nouvelle.

Jeudi, jeudi. Débutons cette deuxième journée par deux petits concerts sympathiques sur fond d’après-midi ensoleillé. Rock N Roll Radio est un groupe coréen – je n’exagérais donc pas quand je parlais de festival d’envergure internationale en préambule – au rock parfois garage, parfois plus 80’s, mais toujours agréable.



Mon coup de cœur de la journée va à Aquarama, ce petit groupe italien qui nous livre sur la petite scène du Sommer Salon une pop sucrée et dansante, notamment grâce à des percussions irrésistibles.


Et la pluie apporte dans sa morosité mon dernier jour de Reeperbahn festival, même si je l’ignorais encore et me sentais en pleine forme à ce moment-là. C’est donc le corps plutôt en forme tout en recherchant un abri, le cœur léger et l’esprit assoiffé de nouvelles connaissances que je me dirigeais vers l’Abaton pour visionner un documentaire canadien portant sur une problématique féministe. Dans Play Your Gender, la musicienne Kinnie Starr récolte les témoignages d’artistes féminines et d’une poignée d’artistes masculins sur la présence des femmes dans l’industrie musicale. Attention, il ne s’agit pas de leur présence tout court, mais de la représentation de notre sexe aux postes de pouvoir : de la composition à la production en passant par le travail des ingénieurs du son. Aucune surprise : les femmes sont très visibles – on trouve bien des chanteuses sexy à longueur de clips – mais ce sont presque exclusivement des hommes aux manettes. L’immense majorité des chansons interprétées par des femmes ont été composées, arrangées et produites par des hommes. Alors comme partout, on nous dit que les femmes commencent à pénétrer ces métiers techniques, mais la proportion reste infime. Bref. Rien de nouveau sous le soleil, y compris pour la grande mélomane non professionnelle que je suis. C’est dire pour les autres…

C’est donc l’esprit déçu que je rentre à la maison pour patienter jusqu’aux premiers concerts de la soirée. Le premier d’entre eux me fait vite oublier cette perte de temps cinématographique car Hyphen Hyphen est fidèle à sa réputation de bêtes de scène. La chanteuse a toujours de beaux graviers dans la voix et les morceaux de leur deuxième album semblent à la hauteur du premier. On peut clairement dire que les Niçois ont fait exploser le Bunker.



Direction l’obscure Bernhard-Nocht-Straße pour terminer la soirée au fief des artistes danois, la Nochtwache. Et quel kif, mes aïeux ! Après le bon rock pur et dur, mais aussi entraînant, de TheFlorines, je pensais qu’on allait difficilement faire mieux. C’était sans compter l’arrivée du « duo qui sonne comme un quartet », The Courettes. La salle est minuscule et comme pour le groupe précédent, je pouvais à peine voir le haut de la tête des musiciens – de la chanteuse-guitariste en l’occurrence - pendant le concert, mais alors quelle énergie ! Le look est là, le son est garage cra-cra comme on aime, tout en employant des mélodies faciles à suivre. On s’approche plus du recyclage que de la créativité, mais qu’est-ce que ça fait du bien ! Le batteur avait raison de conclure son show par « You can go home now, cause you’ve seen the best », car j’ai suivi son conseil. Cette édition 2018 s’achève en laissant derrière elle un bilan mitigé : sinusite, fatigue et samedi sacrifié, mais aussi mon coup de cœur général en guise de clôture. Les places sont prises pour leur passage au Pocca Bar le 20 octobre. Je fais enfin les VOIR.

Quant à toi, Reeperbahn Festival, tu ne perds rien pour attendre. Le pass 4 jours pour 2019 est pris et on croise les doigts pour tenir jusqu’au bout cette fois !

2 commentaires:

  1. Je vois que le reggae n'est pas mort (j'aime le reggae et en écoute encore, Culture, Marley entre autres). De sacrés festivals vers chez toi... avec des participants que j'avoue ne pas connaître et du coup je suis incapable de commenter.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le Reeperbahn Festival est le plus grand festival de musique de l'industrie "du disque". Une mine d'or pour les mélomanes :))

      Supprimer