mercredi 1 novembre 2017

L'imprudence des bavardes

Claire porte vraiment bien son prénom. C’est une fille sans mystère : elle parle comme un livre, ou plutôt comme un « Marie-Claire » ou un « Elle » ouvert. Aucune profondeur, aucune zone d’ombre, une première discussion avec cette quadra mondaine vous suffit pour connaître son cycle menstruel, ses habitudes alimentaires, sa vie sexuelle, sa journée type, son enfance, ses problèmes de peau et même ses chanteurs préférés. Mère de deux enfants aussi parfaits à ses yeux qu’insupportables à ceux du monde, ils sont inéluctablement son sujet de prédilection. Tous ses interlocuteurs se retrouvent prisonniers du récit de leurs activités sportives, résultats scolaires, lubies, fréquentations et exploits purement subjectifs en tout genre. Secrétaire de profession, elle surprend n’importe quel observateur, même inattentif, par son fourvoiement évident : au lieu d’un tel poste réclamant un minimum de discrétion, concierge est sa véritable vocation. Elle l’ignore.
Tout comme elle ignore les nombreuses conquêtes de son mari. Une à la fois seulement, mais depuis tant d’années. Monsieur a des responsabilités. Directeur des achats pour une marque de maroquinerie de luxe, il se retrouve souvent aux quatre coins du monde pour négocier de gros contrats, et tandis que la parole de sa femme n’a aucune valeur intellectuelle ni marchande, la sienne pèse des millions de dollars. Pour éclairer les tristes nuits de solitude de José Schwartz passées à l’hôtel après de longues journées de visites et séminaires, sa boîte lui propose toujours les services d’une escort. Chose que le séduisant quadra refuse systématiquement. D’une part, il savoure toute soirée passée loin du dégueulis oral quotidien de sa chère et tendre. D’autre part, sa maîtresse Jolène vaut toutes les prostituées du monde car non seulement elle est gratuite, mais surtout elle se tait.
Au siège de la société, tout le monde sait que Claire est cocue. Tout le monde l’écoute attentivement raconter sa vie si captivante pour se fournir en matière à plaisanterie dès que Madame a le dos tourné. N’importe quelle femme aurait en temps normal pressé le bouton de la solidarité féminine pour lui révéler les déviances de son mari, mais Claire fait preuve de tellement de nombrilisme lors de ses interminables monologues qu’elle n’inspire aucune compassion. La seule pensée que sa situation évoque dans l’esprit de tous, hommes et femmes confondus, se résume en un sincère « Bien fait pour sa gueule ».
Inutile de dire qu’elle n’a pas toujours été ainsi. Une secrétaire sans diplôme n’aurait eu aucune chance de rentrer dans un grand groupe, et encore moins de sortir avec le jeune cadre dynamique qu’était José il y a quinze ans, si elle n’avait montré aucun autre intérêt pour quoi que ce soit d’autre que sa personne et passé son temps à cancaner. Non. En plus de son anglais impeccable qu’elle doit uniquement à son papa originaire du Sussex, elle était à l’époque très jolie, plutôt silencieuse et à la limite de la nymphomanie.
Malheureusement rien ne dure, et même si sa beauté lui a laissée de beaux restes, la maternité l’a transformée. Son obsession pour le sexe s’est reportée sur sa descendance dès le premier enfant. Reine du narcissisme au royaume des très jolies princesses capricieuses, son intérêt pour les plaisirs de la chair lui a jadis permis de se faire remarquer par un honnête homme. Mais à la première progéniture née, le masque est tombé et l’égoïsme absolu s’est matérialisé en un petit être, prolongation du sien. Le monde extérieur s’efface alors, seuls les mini-moi comptent aux yeux du moi d’origine. Et vice-versa, car de jeune secrétaire sexy génératrice de fantasmes, Claire a sauté à pieds joints dans le piège tendu à toutes les femmes imbues de leur personne qui se mettent à enfanter.

Elle n’a rien vu venir et ne voit toujours rien. Ses bavardages ont eu raison d’elle, de son couple et de ses relations sociales. Jeunes narcisses des temps modernes, prenez-garde à votre langue, tenez-là ; pour les autres, et surtout pour vous.

mercredi 25 octobre 2017

Enfouissement



J'ai été jeune, vécu ces années intenses qu'on croit éternelles, pensé aimer et détester, cru à la révolte et à la réussite au moindre effort. Moi aussi j'ai subi à la limite de la majorité sexuelle ces regards et paroles de vieux libidineux et les ai enfoui mécaniquement dans les tréfonds de ma mémoire, car chaque vie de femme est la confirmation par les faits de la thèse de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ».

L’inégalité homme/femme est si bien construite par la société, par une sorte d’entente tacite entre les deux sexes sur ce sujet, que la jeune fille accepte sans rien dire ces manifestations de désir qui pourtant la répugnent. En la renvoyant à son altérité et à sa condition de pur objet, les hommes ont construit progressivement en elle une intériorisation totale et inconditionnelle de son infériorité. Encore trop peu sûre d’elle à son jeune âge et dans une phase de découverte du plaisir sexuel, la jeune fille incarne un parfait mélange de vulnérabilité et d’énergie vitale qui viennent s’ajouter à son état de « bonne chair fraîche ». Les mâles dominants décérébrés le perçoivent instinctivement et ne peuvent réprimer leur besoin primaire d’exprimer ce désir. Pourtant, l’être-objet de celui-ci réprime tout aussi « naturellement » le dégoût qu’il lui inspire. C’est habituel et aussi banal que la pluie qui tombe, alors la jeune fille ignore, enfouit.

Or ne rien répondre c’est bien évidemment autoriser le vieux de plus de trente ans à humilier, refuser de se placer sur un pied d’égalité en exprimant son propre sentiment de dégoût. Tu me désires certes, mais l’idée d’un regard concupiscent de ton être vieillissant porté sur mon jeune corps me répugne. TU me répugnes. Malheureusement, aucune jeune fille (ou presque) n’exprime de réaction puisque la société l’a rendue femme, être inférieur réduit à un corps. Autre raison moins évidente et pourtant naturelle et non acquise du silence et de l’intériorisation : la jeune fille se conçoit elle-même avant tout comme un corps, son taux d’hormones est au plus haut et sa libido au sommet. Elle en serait même étonnée, presque déçue, si elle passait plus d’une semaine sans recevoir de sifflets ou propositions dans la rue.

À cette acceptation de son infériorité si bien construite par la société qu’elle en est devenue naturelle, s’ajoute alors un élément qu’on oublie parfois : le sentiment de pouvoir. En prenant conscience qu’elle est capable de séduire les hommes, la jeune fille sait déjà qu’elle possède un pouvoir immense. Ce sentiment est aussi enfoui que celui de son infériorité, et ce pour une simple et bonne raison : ils renvoient à la même caractéristique anthropologique. Ils en sont les deux faces. Les mâles, pour des raisons évidentes liées à la reproduction, recherchent la jeunesse chez une femme et désirent de la chair fraîche. Or il n’y a de désir sans objectivation de la personne sur laquelle il se porte. Les jeunes filles ont enfoui cette triste réalité car elles connaissent l’autre face de celle-ci, plus favorable. Elles savent que le désir étant la plus grande faiblesse de l’être humain, tout être qui l’inspire est alors doté d’un pouvoir inné. Même s’il n’en va plus de la survie et de la reproduction de l’espèce, nos sociétés modernes occidentales sont restées bloquées sur ce mode primitif de recherche de la jeunesse et de la vulnérabilité chez la femme. Reste à savoir si LE contre-exemple que nous connaissons tous ainsi que la récente augmentation des couples où la femme est plus âgée que l’homme changeront durablement nos mode de fonctionnement primitifs et les feront passer à des mentalités plus égalitaires, et au final plus raisonnables et civilisées.

Toujours est-il que si c’est le cas, les jeunes filles pourront dire adieu à leur pouvoir de séduction, je n’aurais jamais eu certains petits boulots ou stages et les Céline Dion remplaceront les Vanessa Paradis, même chose pour les Léa Salamé au profit des Élise Lucet. En d’autres termes, il va falloir faire comme les hommes : bosser pour avoir le pouvoir. Et non plus bosser et miser sur autre chose de moins "glorieux". Car certes, vous n’aurez plus de bâtons dans les roues À CAUSE DE votre féminité, mais vous pourrez aussi dire adieu aux coups de pouce GRÂCE À votre féminité. Et oui, tout objet possède toujours un revers et n'en voir qu'un côté serait une grave erreur.


Mais passons sur ces fantasmes de société totalement égalitaire et civilisée pour en revenir à l'évolution de la femme.
Fort heureusement, on vieillit toutes. Et vite. Or passé vingt-trois ans (grand maximum), les vieux pervers ne nous regardent même plus. Notre pouvoir de séduction diminue en même temps que ce genre d’humiliations et dans la balance, un constat s’impose : on y gagne plus qu’on y perd. Certes le besoin narcissique de flatterie est de moins en moins comblé, mais il est également de moins en moins vorace. Finalement, la femme de trente ans se rapproche des hommes en ce qu’elle compte moins sur son corps que sur son travail pour atteindre le pouvoir. Alors elle se libère aussi du poids du désir et on la regarde non plus parce qu’elle est jolie, mais parce qu’il est toujours préférable d’avoir l’image avec le son. L’image est donc un bonus car on écoute avant tout ce qu’elle a à dire. 
La baisse du désir, qu'on en soit l'objet ou le sujet, est concomitante à l'augmentation de la place de la raison dans nos vies.

Les Grecs l’avaient compris avant nous (d’ailleurs que n’avaient-ils pas compris ?) puisque même les épicuriens parlaient de désirs superflus comme risques de perversion pour l’homme. Or le désir charnel en fait partie. Alors, pourquoi ne pas, à contre-courant de cette société pornographique, célébrer la baisse du désir charnel au profit du désir de vérité au sens où l’entendait Platon ? C’est le défi majeur de nos sociétés occidentales qui craignent même, en luttant contre le harcèlement sexuel que subissent les femmes, de « tuer » le désir ? Celui-ci n’a jamais été autant prôné comme but absolu de toute vie moderne accomplie. Quelle catastrophe pour la survie de l'espèce s'il venait à disparaître ! Le problème est qu’en y regardant de plus près, il nous freine plus qu’il ne nous fait avancer et s’en libérer, ou du moins tenter de le faire en prenant conscience de sa capacité de nuisance, ne ferait qu’augmenter notre degré de civilisation et nous rapprocher du bonheur. La sagesse grecque en somme.

mercredi 18 octobre 2017

La saison triste

Ca y est. Ce weekend passé à lire allongé dans l’herbe n’était que le dernier soubresaut d’un « été » révolu. Comme chaque année, il est décidément parti trop vite, n’a laissé entrevoir la chaleur réconfortante de son soleil qu’entre deux averses et seules les longues soirées douces et sèches rappelaient sa présence aux habitants de cette ville du nord de l’Europe.

Ca y est. Les trottoirs sont recouverts d’un tapis glissant de feuilles mortes humides, cachant parfois sournoisement des productions canines. Le chat de la maison sort de moins en moins et préfère passer ses quelques heures éveillées de la nuit à manger ses croquettes, ou encore à se désaltérer en trempant sa patte dans le grand verre d’eau oublié par son maître sur la table de chevet. Il observe plus les oiseaux de l’intérieur qu’il ne les chasse à l’extérieur comme il le faisait pourtant il y a quelques jours à peine.

Ca y est. La veille a sonné le dernier repas en famille pris dans le jardin. Précédé d’un apéritif convivial avec glaçons rendus obligatoires par les convenances et non par les températures, il faisait partie des classiques de la belle saison et son souvenir se teinte désormais de mélancolie à mesure que les soirées s’assombrissent.

Ca y est. Les étudiants ont tous repris le chemin de la fac et la nouvelle année scolaire des enfants est bien entamée, apportant son lot de devoirs et de nouveaux professeurs rarement justes et compétents, mais avec lesquels il faudra bien traiter jusqu’au 30 juin.

Ca y est. Bientôt il faudra allumer les lumières du bureau à 15 heures et enfiler de trop nombreuses couches de vêtements chaque matin. Les commerçants rangeront leurs citrouilles pour mettre des calendriers de l’Avant en vitrine et les sempiternels sapins de Noel envahiront les rues pour faire briller de leur gaieté factice ces villes plongées dans l’interminable hiver.

mercredi 11 octobre 2017

Xavier

Xavier tambourine à ma fenêtre Souffle au chœur des sirènes Au rythme d'une pluie à noyer la scène De hêtres gênant le bouleau de nos êtres

Mes deux chats mes amours, Soleil des pluvieux jours. Qui ignore le bonheur d'un peluche aimante Remporte ma sincère compassion bienveillante

lundi 25 septembre 2017

Reeperbahn Festival 2017

Aussi ridicule que cela puisse paraître au bout de quatre années passées dans la cité hanséatique, cette édition 2017 du Reeperbahn Festival a été ma première. Or, je regrette d’autant plus amèrement de ne pas avoir participé aux précédentes compte tenu la qualité de ce que j’ai pu découvrir pendant ces quatre jours intenses.
D’après Wikipédia, ce festival représente l’un des rendez-vous musicaux les plus importants d’Europe. Là encore, vu la quantité, la qualité, mais aussi la diversité de nouveaux groupes qui s’y sont produits, je souscris volontiers aux dires de la sacro-sainte encyclopédie numérique. Pour faire simple, le Reeperbahn Festival est un événement musical au cours duquel de jeunes artistes se produisent dans des clubs autour de la mythique avenue. Pour les habitants de cette ville de deux millions d’habitants, c’est également l’occasion de découvrir des clubs jusque-là inexplorés. En ce qui me concerne, j’ai enfin pénétré le légendaire Mojo Club au sous-sol des tours dansantes de la Reeperbahn. Sublime. J’avoue cependant connaître la quasi-totalité des autres clubs où avaient lieu les concerts. On est fêtarde ou on ne l’est pas !
Trêve de plaisanterie : voici mes modestes recommandations musicales SANS vidéos personnelles puisque j'ai passé quatre jours merveilleux. Cette phrase est à méditer.

Mon festival a commencé en ce mercredi 20 septembre par les Autrichiens de Farewell Dear Ghost dans la salle qui a accueilli le premier concert d’un obscur groupe de Liverpool des années 60 : l’Indra-Club. Malgré un gros problème technique en fin de concert, j’ai aimé la prestation et cette électro pop dans l’air du temps.


On enchaîne avec les Français Kid Francescoli au Molotow Sky Bar. La file d'attente pour y entrer était trompeuse : ce groupe était d'un ennui abyssal.

Retournons à l'Indra pour d'autres Autrichiens, encore plus débutants que le reste des débutants : le duo Ant Antic. Très sympa, même si nous n'avions assisté qu'à la fin du concert.


Puis, de nouveau à la salle bastion des groupes français ce soir-là, le coup de cœur de la soirée a frappé. Si l'on se limite aux clips, Papooz fait de la musique de petits fils à papa parisiens. Même s'il n'y a rien de mal à cela, ce n'est pas ce que je préfère. Pourtant, le live m'a semblé bien loin de ce qu'on pouvait trouver sur Youtube et l'énergie était folle. Ce groupe est à surveiller de près.


La folie de Papooz et d'un public gonflée à bloc redescendue, descendons les escaliers du Sky Bar pour accéder à la salle principale du Molotow. Et là, surprise : j'aime un groupe de hip-hop !!! Avec des grosses guitares et un chanteur ultra rageant, ceci explique cela, mais tout de même. Je salue les écossais de The LaFontaines et aimerais vraiment les revoir sur le continent.



Ainsi s'achève la première journée de danse et de piétinements. Allongées sur mon lit, mes jambes alourdies pendant des heures me disent que j'aurais du mal à tenir trois jours de plus. 

Qu'à cela ne tienne ! Mon goût du défi face à mon corps a vaincu les petites fatigues et ce jeudi 21 a été le plus intense en live. Très hollandais d'ailleurs, puisqu'on commence avec du bon gros rock comme on l'aime : Navarone. Le groupe m'a énormément plu et aurait pu être mon préféré du jour s'il n'avait été détrôné par leurs compatriotes (affaire à suivre).


Vient alors une chanteuse canadienne dans le très joli petit "Kukuun" du "Klubhaus", le bâtiment lumineux sur la Spielbudenplatz. Elle s'appelle Adaline et je me suis fait chier comme un rat mort. 

Je suis donc vite retournée au Molotow pour tomber amoureuse d'autres Hollandais, My Baby. J'y ai réfléchi pendant les heures suivant la fin du festival et je peux désormais rendre mon verdict : c'est le meilleur groupe que j'ai vu pendant ces quatre jours. La chanteuse est sublime, possède un charisme incroyable et personne ne peut résister à leur musique. Ultra-dansante, elle a littéralement retourné la salle cet après-midi. J'encourage quiconque tombe sur cet article à se pencher sur ce groupe extraordinaire funk-pop-blues-rock-psychédélique.



Après une pause câlins avec mes chats pour reprendre des forces, je fonce au sous-sol de Bahnhof Pauli qui, comme l'indique son nom, ressemble à une station de métro. Les nappes de synthé mélancoliques des britanniques Flawes m'auraient vraiment plu si la sono n'était pas aussi mal réglée dans ce lieu pourtant minuscule. Oui, c'est un peu le problème des petits clubs d'Allemagne (je ne me souviens pas avoir eu cette expérience ailleurs). C'est trop fort et ça gâche tout.


Heureusement, le Häkken (juste en haut à droite) n'a pas cette décadence. J'apprécie énormément ce club pour y avoir passé une excellente soirée Couchsurfing et assisté à très bons petits concerts de groupes français. Or il se trouve qu'une fois de plus, cette salle m'a offert un très bon moment grâce à la pop électro déhanchante des mancuniens de Shy Luv. On peut effectivement attribuer au chanteur le prix du meilleur déhanché, dont l'étendue est malheureusement limitée sur cette vidéo Youtube.



Après avoir constaté que les jeunes de Manchester n'étaient décidément pas du même monde, je poursuis la nuit au Festival Village avec (encore) d'autres Hollandais irrésistibles. Sue The Night a tenu bon depuis le toit de la Fritz Bühne malgré un problème sur une enceinte et un public ultra-maigre, (mais enthousiaste !).


La soirée s'achève dans une Bahnhof Pauli bondée, quantité bien chère payée par rapport à la qualité des Américaines de The Aces. Une chanson supportée et hop, au dodo !


Le weekend commence alors sur les chapeaux de roues avec The Drums dont, une fois n'est pas coutume, je connaissais les petits tubes "I wanna go surfing" et "Blood under my belt". Petite photo du "Übel und Gefährlich" (alias "le bunker"), bastion de l'électro et de la culture, pour le coup réquisitionné à l'occasion d'une belle messe surfer pop et sons mancuniens. 



Oui, j'avoue avoir été très surprise quand ils ont débarqué en disant "We are The Drums from New York City".


Après avoir bien dansé sur ces mélodies rétro hyper sympa, je saute dans le métro pour rejoindre d'autres amis au (très éloigné) Molotow et écouter un peu de song writer music. Le Canadien Isaac Gracie a une fois magnifique et des chansons douces, mais le public n'arrêtait pas de papoter. Il est vrai qu'il n'y a pas de meilleur endroit et moment pour raconter sa vie...


C'est pourquoi il était temps de grimper au Sky Bar pour assister à la résurrection envoûtante de Joy Division à travers les Holygram de Cologne.


Puis je quitte mes amis pour me faufiler dans le plus beau bar de Hambourg, le bien nommé Prinzenbar, assister à un concert intimiste de soul/RnB dansante du très beau Rhys Lewis. Il a été mon artiste préféré de la soirée, malgré la sono bien trop puissante du tout petit bar des princes.


Point culminant de ce vendredi : la très attendue Beth Ditto. Je n'ai assisté qu'aux dix dernières minutes, mais n'ai pas spécialement apprécié la prestation. Madame s'est peut-être embourgeoisée depuis que Gossip n'est plus. À sa décharge, elle partait de très haut et ne pouvait que descendre en énergie ! Mention spéciale à la chanson populaire "In Hamburg sagt man Tschüß" fredonnée avec le public, qui n'est pas sans rappeler le "MOIN HAMBURCH" lancé par Mick Jagger quelques jours plus tôt. 

Quand le dernier jour de festival est arrivé, j'avoue avoir ressenti un mélange de soulagement et de nostalgie précoce. Je me suis bien dit le premier soir écroulée sur mon lit que je ne tiendrai pas trois jours de plus à courir et faire la queue d'un sauna à l'autre pour me déchaîner sur des artistes tous plus brillants les uns que les autres. Pourtant, j'ai tenu et cette demi-semaine me manque encore à l'heure où j'écris ces lignes, soit près d'une semaine plus tard.

Fermons la parenthèse pour en ouvrir une que je refermerai aussitôt : le concert de Martin Kohlstedt nommé Currents dans un "Dome" planté spécialement pour l'occasion dans le "Festival Village" était aussi soporifique que prisé.

Fort heureusement, un joyeux duo de rockers suisse, les Weyers, se produisait à quelque pas de là, sur la Spielbudenplatz (scène "Olivia Kiez Oase"), et s'est mis dans la poche un public trop peu nombreux. Les deux frères et leur classic rock montrent, à l'instar de nombreux groupes célèbres, qu'une guitare et une batterie suffisent à faire de bon morceaux.



Quelques mètres plus loin, les Hongrois déjantés (pléonasme ?) Ivan & The Parazol réchauffent la scène Spielbude ainsi que son public compact et enthousiaste. Leur musique représente clairement tout ce que j'aime : du bon garage rock très 70's. Le tout colle bien avec l'attitude et le look des membres du groupe, en particulier du guitariste sosie de Johnny Thunders. Même les gimmicks y étaient.


Après un passage obscur et dispensable par la rue Silbersack (surtout n'y allez pas, sauf s'il vous faut de la mauvaise dope ultra-coupée), je découvre un établissement dont j'ai toujours beaucoup entendu parler : le Nochtspeicher, avec la cave Nochtwache. Arrivée dans le sauna du haut, je me suis dit que toute personne désireuse de perdre du poids pouvait y allier l'utile à l'agréable grâce à de bons concerts. Étant très mince, je me suis contentée de l'utile avec la jolie fin de concert de la londonienne Marika Hackman. Ravie d'avoir assisté à cette petite surprise anglaise qui sonne à l'américaine (inverse de The Drums, voir ci-dessus), je ne regrette pas d'avoir fait un petit détour en haut avant le concert que j'étais venue voir en bas.


Sur le canapé de la Nochtwache, la douce fraîcheur de la cave se mêle parfaitement à celle de la voix et des jolis textes en français de la chanteuse Fishbach, très timide et touchante, surtout lorsque la pauvre doit parler au public dans une langue étrangère. Seul concert de la soirée que j'ai pu voir dans son intégralité, je l'aurait hissé en tête de mon classement personnel si ce qui allait suivre ne m'eût encore plus charmée.


Reprise donc des fameux escaliers vers le hammam et atterrissage en plein milieu d'un public survolté devant un groupe dont la pop électro ultra dansante et sympathique mérite largement cet accueil. Après quelques chansons, le concert s'achève déjà pour moi et les musiciens de All We Are ont l'air indubitablement scotchés par l'énergie du public hambourgeois. Décidément, quelle ambiance pendant ce festival !


Et c'est à cet instant que je décide de pénétrer (enfin), ce club mythique : le Mojo ! (voir article Wikipédia). Après une longue attente dehors, je pénètre enfin dans cette salle sublime et profite de la dernière chanson de la très beyoncéesque Ella Eyre.



S'enchaînent alors deux fins de concerts, puis un show écourté pour ma part, fatigue oblige. Et dire que mes potes sont restés au Molotow pour la soirée "Motorbooty"...Quelle santé !

Tout d'abord, une chanteuse Suédoise blonde platine qui, sous le pseudonyme de Rein, se déchaîne sur la petite scène du Kukuun grâce à son électro géniale. De la pure ("rein" en allemand) énergie.


Puis deux DJ islandais à la musique aussi déprimante que la simple idée de leur pays. einarIndra, pour info.

Pas la peine de s'éterniser au SommerSalon. Filons vite au Angie's Club pour y découvrir un joli et chic club sur la  Reeperbahn et surtout un jeune groupe allemand très réjouissant. Les Lion Sphere viennent de Berlin, comme tous les rares bons musiciens allemands, et je ne saurais définir leur style musical tant il mélange les genres avec brio. Une chose est sûre, j'ai hâte qu'ils reviennent dans ma ville pour les voir en entier, cette fois-ci reposée et en dehors du cadre du plus beau festival auquel j'ai pu me rendre.


Merci pour ces quatre jours rock and roll !

dimanche 10 septembre 2017

Pierres qui roulent...nous amassent tous.

Samedi automnal, un mysterieux bois noir
Branches humides, chemins ouverts aux wow wow
D'un puissant sympathy for the devil du soir
Pleine lune sur les sons de vieux loups garous
Découvrir là des milliers de silhouettes
Devant une organisation inédite
Des hélicos, un bandeau sur une tête
It's only rock n' roll but we all liked it

vendredi 1 septembre 2017

Allô, allô, Monsieur l'ordinateur, dites-moi, dites-moi

Habitude des soirs, de la journée aussi,
De relaxation bestiale efficace
À nette impression d'images endurcies,
Il inonde mon être de son liquide salace.

Un rêve s’inspire de la réalité
Mais mon corps imite le diktat inconscient
D’un irréel vraisemblable et sans effets
Qui de moins en moins spécial se veut omniscient

La porte avant s’ouvre sur un moindre désir
Quand l’autre me rend alors un grand service
Elle me conduit vers un immense plaisir
Couronné de souffrance approbatrice

Elles vont bien au-delà du consentement
Toutes réclament la punition de la nuit
Pour le jour avoir tenté le dérangement
D’un ordre archaïque où l’on s’épanouit

Je ne jure que par le noir du dominant,
Mâle obsédé par mon égoïste bien,
Je tolère l’exception de mon propre blanc
Dans mon cerveau sans nuance de reptilien

Elles qui voient une cinquantaine de gris
Sont persuadées de pouvoir gagner mon amour
Par un mélange de soumission et de cris
Mais je n’offre qu’indifférence en retour

Même les positions les plus animales,
Parfait mimétisme de films classiques,
De femelle dévouée virant banale
Jamais ne me guériront du numérique.

Les partenaires de mon époque passent,
Pensent aimer se tenir à quatre pattes
Tandis que sur leur dos mon respect se tasse
Porno, regarde bien ceux que tu formates.