mardi 20 mars 2018

Sortez-moi le bon vieux féminisme du garage !

Dream Wife



Par cet hiver, ce gel, cette déprime, cette morosité interminables, rien de tel pour réchauffer ses nerfs endoloris que l’incandescence d’un groupe de garage-rock féminin comme on n’en fait plus. Trois jeunes londoniennes enragées : deux sympathiques butchers qui balancent des riffs puissants et irrésistibles accompagnés de paroles féministes vociférées par une fausse lolita blonde. 
 

Bref, un petit - minuscule - air des Slits dirais-je timidement, bien incapable de citer un autre groupe féminin similaire.


Ce « girl power » band, c’est comme un truc « à l’ancienne », ça vous ramène à la fin des années 70, vous avez l’impression de connaître, mais non. C’est nouveau et impossible de trouver un équivalent passé, malgré des clins d’œil à certaines chanteuses marquantes (ex : un « one way or another I'm gonna get ya, I'll get ya get ya get ya get ya get ya » au milieu d'une chanson et le « I tell you what I want, what I really really want » du titre FUU).
Six petites semaines après la sortie de leur premier album, les punkettes nous ont fait l’honneur de passer par l’une des villes les plus rock que je connaisse, qui plus est dans mon club préféré.


Concert du 14.03.2018 au Molotow, Hambourg

Si j’ai du mal à trouver à Dream Wife une ressemblance avec un groupe en particulier – leur son me rappelant tout au plus les Stooges (ici la formidable intro de FUU)

 
et la Patti Smith de Horses -, il en va autrement de la première partie ce soir-là. Avec wearemarvin, c’est comme si The Strokes avaient fait des cochonneries pendant quelques dates de tournée en Allemagne et que leurs fils sortaient tout à coup de l’ombre. Pour l’enfant du merveilleux revival rock des années 2000 que je suis, cette mise en bouche pré-Dream Wife a été un véritable plaisir. Moi qui n’aime pourtant pas les premières parties et arrive toujours en retard pour les louper, je ne regrette pas l’exception faite.


Pendant l’entracte, nous sommes allés fumer des clopes et surtout nous rafraîchir dans note chère cour du Molotow. Il faisait chaud dans cette salle. Tellement chaud. Comme dans tous les clubs de Hambourg, quel que soit le temps à l’extérieur. Je me rappelle les cris des petits Lemon Twigs obligés de se mettre torse-nu pendant de leur concert à l’Indra-Club en avril 2017 : « And before we all die from heat ».
Alors pour finir d’enflammer tout ça, le truculent trio débarque avec Hey Hearbreaker aux riffs entêtant. Ce morceau étant de loin le meilleur de l’album, autant dire qu’on nous a mis dans l’ambiance sans ménagement. 

 
Les chansons s’enchaînent, le public bouge bien et ça sautille sans arrêt sur la scène. Le groupe est en nage et déclare même avoir plus chaud qu'à Sidney où il a joué la semaine passée.
Trop plein d’énergie, de jeunesse qui exulte, quel pied ! Les slogans féministes fusent au milieu des paroles sans équivoque, comme dans cet hymne au respect de la femme où "I am not my body, I am somebody" fustige l'objectivisation de celle-ci.


Puis arrive en milieu de concert le « moment préféré » pour la chanteuse : celui où elle exhorte toutes les « bad bitches » de la salle à venir aux premiers rangs, et demande ainsi pendant trois plombes - puisqu’ils n’ont pas l’habitude de laisser leur place – aux mecs de « get the fuck away ». Sur fond de solidarité féminine si chère à leurs yeux, elles clament ainsi leur fierté d'être des « bad bitches » pendant la très explicite FUU. Ironie du sort : mis à part quelques rares couples lesbiens et filles "normales" dans mon genre, l'immense majorité du public est composé d'hommes. N'oublions pas que le rock - et à plus forte raison le punk - est un genre masculin très viril ; d'où le regrettable manque de filles au sein des groupes.


L’ensemble n’aura pas duré plus d’une heure, même si je n’ai bien évidemment rien chronométré. Le meilleur sauna du monde s’est terminé trop vite car il ne faut pas oublier que les demoiselles n’ont sorti qu’un album. Alors dans une apothéose de féminisme véhément - et ouvertement anti-mecs, vous l'aurez compris -, les amazones punk ont invité une poignée de gonzesses des premiers rangs à monter sur scène pour danser sur les dernières saillies punk.

Mon Dieu que c’était bon ! Le genre de concert qui vous revigore pendant les jours qui suivent. L’hiver peut continuer de nous les briser, rock and roll is not dead.

mercredi 14 mars 2018

Pense à elle


















Pense à ce regain tout l’hiver,
Lui qui te semble sans fin.
Pense au vert,
À la nature telle un couffin.
Elle reviendra pour t’y bercer :
Et au bout du tunnel obscur et froid
Une lumière commencera à percer
Et la vie se dorera si le soleil se fait roi.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Le nouveau soleil réchauffe les cœurs,
Adieu celui qui glaçait les corps combattant,
Lui, console de l’hiver en douceur.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Les sourires envahissent les rues,
Éclairent des visages encore blancs,
Les gaietés sont revenues.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Les hommes perdent leurs feuilles,
Les arbres retrouvent leurs vêtements,
Les uns au chant des cigales, les autres à la course des écureuils.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Tu crois tomber amoureux d’une femme,
Mais l’aurais-tu seulement remarquée l’hiver durant,
Quand la saison triste endolorissait tous les charmes ?

Souviens-toi de la première journée de printemps.
Elle clôt la saison morbide,
Son astre brille tendrement
Avant que sa chaleur ne se fasse torride.

Souviens-toi de la première journée de printemps.
La passion estivale se laisse à peine entrevoir
Rien ne t’écrase en cet instant,
Alors souviens-toi de cette légèreté de l’espoir.

samedi 10 mars 2018

Si aujourd’hui j’ai envie de te parler de Paris



Si aujourd’hui j’ai envie de te parler de Paris,
Rapproche-toi et ne me regarde surtout pas.
La Province la considère avec méfiance et envie
Car au rythme de ses fourmis qui marchent au pas
Bat une ville et ses alentours, pouls de tout un pays.
Les régions ont leur caractère et Paris est un appât
Pour que morde le Provincial qui réussit.
Des illusions perdues le poussent vers le trépas
Et s’il reste, de cynisme son avidité grandit.
Sa tête est grosse, son âme est mince, mais il ne le voit pas.
Il est à Paris et ici, tous les cœurs sont gris.

Si aujourd’hui j’ai envie de te parler de Paris,
Viens près de moi et songe comme j’en suis parti.
On y rentre en pensant que tout est à prendre,
Mais elle vous avale en sachant que tout est à vendre.
L’argent s’infiltre dans les moindres recoins de l’esprit,
Les pieds écrasent en silence la misère dans son cri.
Alors si tu résistes aux inhumains méandres
D’une capitale qui vole l’équilibre sans le rendre,
Quitte-la avant qu’elle ne fasse de toi un citadin aigri !
J’ai quitté Paris car là-bas, les Hommes sont des rats qui jamais ne sourient.



vendredi 23 février 2018

Le mythe teint en blond

Un groupe exceptionnel

Les quadras se sont époumonés sur L’Aventurier, que tout le monde connaît par cœur aujourd’hui. Les trentenaires ont vibré aux grosses guitares et sons électro d’Oli de Sat sur l’excellentissime album Paradize. Et les moins de vingt-ans ne peuvent ne pas connaître les tubes des années 80 ou singles de ces années 2010. Alors rien d’étonnant à ce que les places pour ce monumental 13 Tour d’Indochine se soient vendues comme des petits pains.
Rappelons que le concert de 2014 au Stade de France à l’occasion du Black City Tour a lui aussi affiché complet en un temps record. Depuis le 5 décembre 2017, on ne compte plus que deux artistes français - partant du principe qu'Indochine=Nicola Sirkis - à remplir le Stade de France. La parité est aussi bien respectée que le doux paradoxe qui les rapproche, puisque les deux plus grandes stars françaises se caractérisent par leur timidité, voire leur mystère.

NB : oui, oui, les Insus ont terminé leur tournée de 2017 par un concert au Stade de France, mais il s'agit là d'un groupe bicéphale !

Depuis leur meilleur album
À 15 ans, je passais des après-midi entiers à danser et chanter devant le sublime 3.6.3, grâce auquel j’ai pu découvrir d’immenses chansons de générations précédentes comme Miss Paramount ou Punishment Park.
Mais pour nous, cet Indochine du 3.6.3, c’était un retour en grosses pompes goth avec l’album Paradize, l’album le mieux vendu de l’histoire du groupe. Cet Indochine-là, c’était toute une - courte - époque. Celle où le rock et le look gothique étaient redevenus à la mode dans les années 2000, notamment avec des artistes torturés et provocateurs, comme Placebo et surtout Marilyn Manson auquel Sirkis rend hommage dans une chanson éponyme.
Une croix inoubliable – très proche de celle de l’album 13, un chanteur aux traits adolescents et cheveux couleur corbeau décoiffés avec arrogance et des clips à l’ambiance sombre : tous les ingrédients étaient réunis pour transformer en opus mythique une succession de très bonnes chansons.
Quiconque suit le groupe depuis le début ou s’intéresse un tantinet à son évolution ne peut qu’être d’accord avec ce constat : il y a un avant et un après Paradize. Musicalement, il n’a rien à voir avec l’Indochine des débuts, avec les cloches chinoises et sons de Dominique Nicolas, particulièrement audibles dans le gong d’une chanson comme Le Baiser.
Mais ce compositeur de génie ayant quitté le groupe dès 1994, une telle différence musicale ne saurait expliquer à elle seule le tournant que constitue Paradize. En effet, il reste les années 90 ! Les sons de Wax (Kissing my Song),

et surtout de Dancetaria (Stef II, Astroboy avec une interprétation marquante dans le 3.6.3)




sont déjà très proches de l’album qui suivra. Logique, puisque Oli de Sat a fait les arrangements de Danceteria et composé la quasi-totalité des morceaux de Paradize.

Bon alors, Ed, pourquoi y aurait-il un avant et un après ce dernier si la raison n’est pas musicale ? Et bien tout simplement parce que le succès n’est pas comparable. Certes, Indochine a toujours eu, à la fois objectivement et selon les propos répétés de Nicolas Sirkis, « le meilleur public du monde », mais entre les petit concerts de la tournée Nuits Intimes et le Bercy de ce fameux 3 juin 2003...vous avouerez que cet album a agi comme un sacré bulldozer. Oubliée la ringardisation du groupe par la presse : les chiffres, les records – de vente d’album et de remplissage de Bercy pour un groupe français – forceront tout ce petit monde médiatique à mettre ses moqueries de côté pour s’incliner devant l’« âme » Indochine et l’éternelle jeunesse de son leader charismatique et adoré.
Comme si cela ne suffisait pas, ce dernier veut rendre à son public ce qu’il lui a donné et se bat pour maintenir des places à 30 € ; 40 seulement pour le 13 Tour au dispositif pourtant monstrueux.

Le 13 Tour – show du 17.01.2018 à l’AccorHotels Arena
Pour savoir de quoi on parle, tapons directement dans le factuel. Voici donc la set list du concert :
https://www.setlist.fm/setlist/indochine/2018/accorhotels-arena-paris-france-4bee2b92.html

Les premiers articles sur le concert d’ouverture de la tournée, à Epernay, ont trahi une petite révolution dans l’histoire du groupe. Monsieur Sirkis a décidé, à 58 ans, comme ça sans prévenir personne, de se teindre les cheveux en blond platine. Surprise : ça lui va à ravir. Comme quoi. L’hommage assumé à David Bowie ne s’est pourtant pas limité à une simple couleur de cheveux puisque les chansons du Thin White Duke retentissaient dans l’immense salle parisienne juste avant l’arrivée d’Indochine. Immense ? Oui. Surtout avec la configuration en place – rappelons que la scène est modulable – et lorsqu’on se retrouve tout en haut, à des années lumières de la scène. La position de plongeon dans la foule était vertigineuse et donc plutôt désagréable pour un concert. En arrivant à sa place, on imagine que l’on va s’habituer, mais rien n’y fait : je suis restée légèrement mal à l’aise jusqu’à la fin du concert. L’acoustique et la situation géographique de cette salle ont beau être excellentes, les places en gradin me semblent bien trop « verticalisées » par rapport aux autres enceintes à forte capacité que je connais (ex : BarclayCard Arena de Hambourg, Galaxie d’Amnéville).

Les aspects pratiques ainsi évacués, passons au vif du sujet.
L’introduction intersidérale au concert était matérialisée par l’imitation d’une soucoupe volante au plafond, dont nous n’avons pu profiter compte tenu de notre positionnement, j’insiste, peu avantageux. Or ce petit spectacle son et lumière, sans doute magnifique, n’en finissait pas d’introduire la chanson Black Sky
et l’arrivée – enfin ! – de Son Goku transformé en Super Saiyan. Vêtu d’une sobre petite veste noire à paillettes, le Dorian Gray du rock français était plus élégant et sexy que jamais. Après avoir enchaîné tranquillement quelques titres de 13, dont le tube La vie est belle,  
et les deux meilleures chansons du très bon Alice&June, il a fendu la foule et monté les gradins pour un Tes yeux noirs « tout en émotion ».
Vous suivez toujours la set list ? Bien. Alors vous vous imaginez que le public - de tous les âges, de tous les styles et de toute la France – s’est déchaîné au numéro 15 ? Supputation validée, sans surprise.
Même si, petite déception personnelle, l’écrasante majorité des titres était issue de l’album 13 avec seulement deux chansons de Paradize, ces dernières ont été magistralement interprétées. La version acoustique d’Electrastar, première chanson de rappel  marquait ni plus ni moins que le summum de ce concert à mes yeux.
L’indétrônable J’ai demandé à la lune a quant à elle bénéficié d’une très jolie mise en scène avec avancée des deux guitaristes tout au bout de la branche principale de la croix scénique pour rejoindre Nicola. 
Ensuite, deux des plus grand tubes historiques du groupe se sont enchaînés – Trois nuits par semaine et L’aventurier. Le public le plus divers qui soit jubile.
Alors pour conclure, je dirais que ces deux heures et demie ne pouvaient être mauvaises puisqu’il s’agit d’Indochine, le plus grand groupe français. La force de ses chansons, de l’interprétation de certaines d’entre elles par un Nicola en position allongée et la beauté des images diffusées sur écran géant nous ont forcées à passer outre les beaufs du rang juste devant nous, la chute parfaitement horizontale quatre rangées plus loin du beauf en chef – quand je parlais de configuration trop vertigineuse des gradins ! -, leur odeur insupportable de bière et de conséquences aérophagiques intempestives, sans parler de la cigarette du beauf adjoint avant son expulsion définitive par la sécurité. Oui, la qualité du spectacle m’a bien fait passer outre toute cette merde. Alors merci la légende Nicola. Oui tu as un « putain de public », non cette tournée n’est pas « trop fatigante pour ton âge » car tu n’as pas d’âge. Un mythe n’a pas d’âge.


Conclusion :

Pour des raisons d’emplacement, de préférences personnelles en matière de chansons et de contingences insupportables évoquées dans le paragraphe ci-dessus, ce concert n’arrive tout de même pas à la cheville du précédent pour 2018.

lundi 5 février 2018

Vous reprendrez bien un peu de Post-Britpop !


En octobre 2017, le groupe gallois Stereophonics sortait son dixième album intitulé Scream Above The Sounds, tout juste vingt ans après Word Gets Around. Quelle endurance ! Quelle constance ! Et depuis ce concert du 29 janvier aux Docks, je peux ajouter : quelle prestance !

Splendeurs et misères d’un courant musical

Pour les utilisateurs de déodorant et de shampoing, les années 90 n’étaient pas celles du grunge, mais de la Britpop. Aucun des groupes emblématiques de cette mouvance n'en est vraiment revenu. Certains ont évolué pour le pire (Blur avec son horrible The Magic Whip), d’autres se sont séparés pour le meilleur (The Stones Roses et The La’s avec leur unique tube d'ouverture d'une décennie). Tous ces musiciens d’outre-Manche aux chansons à la fois mélodieuses et effrontément rock incarnaient une sorte de dernière aventure avant l’arrivée des groupes MySpace et du chamboulement de l’industrie du disque par Internet.
Oasis, tête de gondole du mouvement, a quitté la Britpop et les hymnes à stade dès l’aube des années 2000. Tournés légèrement vers le psychédélique, les albums de la période post-Bonehead (« l’âme d’Oasis », d’après Noel dans le documentaire Supersonic) ne sont pas à la hauteur de Morning Glory et Definitely Maybe, et encore moins à celle de ces années bénies de revival rock. Heureusement que la brouille fraternelle a arrêté le massacre.

La résistance de Galles

Or au milieu de ce champ de bataille parsemé de cadavres réchauffés en vain à coups de pathétiques reformations, des irréductibles Gallois se sont levés et se tiennent encore debout aujourd'hui. Avec d'autres groupes parfois très différents, comme Radiohead, ils sont ainsi catalogués artistes "Post-Britpop" du fait de leur explosion successive à la mort du célèbre courant musical des années 90. Depuis leurs débuts, les Stererophonics n’ont cessé de s’améliorer. Leur endurance n’est pas sans mérite puisqu’ils ont dû se séparer dès 2003 de Stuart Cable, batteur et membre fondateur du groupe qui décèdera finalement en 2010 dans de sordides conditions.

Chaque album s’est hissé parmi les meilleures ventes du Royaume-Uni grâce à des  locomotives aussi délicieuses qu’efficaces. Voici ma sélection des meilleurs singles par opus :

Word Gets Around, 1997 – Traffic

Performance and Cocktails, 1999 – The Bartender and the Thief (avec en prime le bob so 90’s)

Just Enough Education to Perform, 2001 – Have a Nice Day

You Gotta Go There to Come Back, 2003 – Maybe Tomorrow

Language. Sex. Violence. Other?, 2005 – Dakota

Pull the Pin, 2007 – Aucune, l’album ne m’a pas emballée.

Keep Calm and Carry On, 2009 – Could You Be The One (sans conviction)

Graffiti On The Train, 2013 – Indian Summer et Graffiti On The Train

Keep the Village Alive, 2015 – I Wanna Get Lost with You (oublier l’horrible single C’est la Vie)

Scream Above The Sounds, 2017 – All in One Night, Caught by the Wind, Geronimo


Regardez-moi ces dates. Quand je vous parlais d’endurance et de constance !



Concert aux Docks, Hambourg – 29.01.2018

En ce lundi soir plutôt venteux – comme un hiver hambourgeois – me voilà donc partie rejoindre quelques copines pour ce concert. Mon enthousiasme, largement stimulé par des semaines de revue de la carrière stéréophonienne via Spotify, était à son comble en arrivant aux Docks. Bonne nouvelle : la salle, dont j’ai à peine fait la connaissance à l’occasion du Reeperbahn Festival 2017, possède une excellente acoustique et dispense même le spectateur du premier étage de bouchons d’oreille.

À peine le temps de profiter d’une ballade d'Alex Francis en première partie – les gens comme moi sont naturellement, intrinsèquement et systématiquement en retard – et d’échanger quelques mots avec les filles que la deuxième bonne nouvelle arrive.

Elle s’appelle Stereophonics et plus précisément Kelly Jones. D’ailleurs pourquoi tous les Gallois célèbres s’appellent-ils Jones ? Bref. Passons. La plus belle voix masculine du rock n’est pas seulement meilleure en 2017 qu’en 1997, mais elle a aussi l’outrecuidance d’être encore plus puissante et addictive en live qu’en version studio. Les tubes s’enchaînent sans blabla car ils se suffisent à eux-mêmes. Des mélodies parfois dansantes, parfois douces, mais toujours entêtantes. Toujours ces hymnes à stade qui nous donnent l'occasion à nous, public, de nous époumoner. Toujours ces fredonnements légers qui vous volent un sourire aux lèvres, des « pam pam padam pam pam pam pam » de Have a Nice Day au refrain romantique de Traffic hurlé par le groupe de bourrins Gallois à côté de nous. Tiens. Eux. Parlons-en. Fiers de leurs petits champions, ils n’ont fait que hurler des mini-chants de ralliement entre les chansons et pintes de bière. Prenant sans doute un concert de rock pour un match de rugby et devenant – comme d’habitude - de plus en plus sentimentaux et « faggots » à mesure que l’alcool alimentait leur sang de mâles hétérosexuels, ils faisaient – de notre point de vue – presque autant partie du show que les Stereophonics eux-mêmes. Merci à eux. Vraiment.

Un concert inoubliable donc. Des musiciens canons - dans tous les sens du terme - qui m’ont fait découvrir un répertoire plus rock et moins pop que je ne l’imaginais à la seule écoute des albums. Un peu comme pour le concert des Cure, en moins émo toutefois, le temps s’est suspendu pendant ces deux heures de pur kiff. J’écris ces lignes une semaine après cette soirée magique et ma mémoire ne fait état d’aucun moment d’ennui individuel ou de retombée d’ambiance générale dans la salle. Au contraire, et j’ai envie de terminer sur ce fait exceptionnel, les dernières chansons ont été jouées dans une sorte d’apothéose. Le public – moi y-compris – pourtant très chaud dès les premières notes semblait bouillir à la fin du concert. Pourquoi la foule chantait et dansait-elle plus fort ? Une émulation après tous ces bons morceaux ? L’envie de tout donner parce qu’on sent que la fin approche ? Impossible de savoir. Mais alors quand Dakota, l’une des meilleures chansons du groupe, a déboulé en rappel...


Conclusion

L’année concerts 2017 s’était achevée en beauté.

Les Stereophonics placent la barre très – très - haut pour 2018.

dimanche 28 janvier 2018

Roh la barbe !


La barbe du hipster, la barbe du feignant, la barbe du salafiste

Le salafiste se cache dans sa barbe pour se montrer islamiste

L’islamiste se montre sans barbe pour cacher qu’il est terroriste

Le terroriste se plonge dans la taqîya pour couler le capitaliste

Le capitaliste se radicalise pour détruire le djihadiste

Le djihadiste se ramène pour narguer le droits-de-l'hommiste

Le droits-de-l'hommiste se vante pour jouer à l’humaniste

L’humaniste se plante pour emprisonner l’intégriste

L’intégriste se pavane pour marabouter le récidiviste

Le récidiviste se rase pour cacher qu’il est terroriste

Le terroriste se ceinture pour buter le capitaliste

Le capitaliste se meurt pour avoir écouté l’islamo-gauchiste

Le gauchiste se marmonne dans sa barbe pour se convaincre d’être humaniste

L’humaniste se targue de nous barber pour se croire spécialiste

Le spécialiste se montre pour se persuader spécialiste du terroriste



Le terroriste se marre dans sa barbe pour tuer à nouveau
le hipster, le feignant et même le musulman

Roh la barbe ces bien-pensants !

mardi 23 janvier 2018

Quelques coups dans le nez


Épuisés par ce dimanche passé à faire le tour du Kosovo dans une Mercedes noire Classe A aux vitres teintées, nous nous sommes écroulés sur nos lits dès notre retour dans un joli appartement de Skopje loué pour l’occasion. Après deux heures de sommeil profond, j'ai été réveillée par John qui est rentré dans ma chambre sans frapper : « Lady, dinner’s ready », avec un grand sourire de majordome. Toutefois, John est le seul Anglais parmi mes connaissances qui se comporte comme un Américain. Je le trouve cool, sans doute parce que je suis une femme. Car il incarne tout ce que les autres hommes détestent : bien foutu, sympa, belle voiture, jolie petite amie, vie faite de voyages immortalisés par des photos de lui torse-nu dans des endroits paradisiaques et systématiquement publiées sur les réseaux sociaux. Et donc viscéralement, inévitablement, Nathan ne peut pas le voir. Nathan, c’est le sosie d’Élie Semoun. Gaulé comme un sandwich SNCF, il mise tout sur l’humour et l’esprit, ce qui ne l’empêche pas d’être fondamentalement convaincu de sa supériorité intellectuelle et sociale. Ne pas montrer ses tablettes de chocolat à tout bout de champ ne fait pas de vous un type bien, mais ça, Nathan l’ignore.

Encore groggy par ma longue sieste trop courte, je me suis levée et dirigée vers la douche car Nathan et John étaient encore en pleine préparation du dîner. Bien décidée à utiliser l’ensemble des quelques vêtements que j’avais pu faire rentrer dans mon unique bagage cabine - ultra restreint à cause de la politique de cette compagnie aérienne hongroise, j'ai enfilé machinalement ma robe en dentelle noire taille zéro au sortir de la douche. Lorsque je suis entrée dans le salon comme si de rien n’était, John n'a justement pas fait comme si de rien n’était et m'a sifflé amicalement pour signifier son appréciation virile de ma tenue. Pendant le repas, nous nous sommes montrés tous ravis à l’idée de passer cette soirée en boîte un dimanche soir. Mon amie Svetlana, sympathique et voluptueuse estonienne en couple avec John, n’avait guère plus de tissu que moi sur le dos. Comme d’habitude, elle semblait agacée par les moindres faits et gestes de son compagnon. La nuit précédant notre départ de l’aéroport de Munich, j’avais dû dormir dans leur studio parce que mon Florian, mon hôte habituel lors de mes passages à Munich et l’organisateur de ce long weekend dans les Balkans, était trop occupé à se taper une amie de Brême – ma ville de résidence - que je lui avais présentée quelques semaines auparavant. Ma bonté me perdra. Quant à cette nuit passée à tenir la chandelle : l’horreur. Svetlana a été aussi insupportable avec son mec que sympathique avec moi, ce qui m'a retenu de prendre la défense de John au petit-déjeuner. Et « mets pas la valise sur le lit ! C’est là où on dort », et « Pourquoi t’ouvres une nouvelle boîte de gâteau ?! On en a déjà une d’entamée ! ». Quelle chieuse ! Un garçon aussi charmant...Bref.

Prêts à partir pour la soirée, j'ai découvert que Nathan avait vraiment des goûts vestimentaires douteux. Comme Svetlana le lui avait fait remarquer à son arrivée à l’aéroport, sa veste en cuir d’un marron qui ne pouvait venir que de l’URSS lui donnait une allure de mafieux russe. Curieusement, ma petite vanne sur le pas de la porte, « Ah non ! Hors de question que je marche à côté d’un mec avec un blouson pareil », l'a fait rire. Il est sympa ce Nathan, surtout avec les blondes de vingt ans de moins que lui. Après quelques dizaines de minutes de marche dans le doux hiver de Skopje, nous sommes arrivés devant la discothèque où les amies autochtones de Florian et Moritz, l’autre Autrichien de la bande, avaient réservé le carré VIP. Même si ces deux sœurs jumelles étaient très avenantes et sympathiques, je n'ai pas pu m'empêcher de dire intérieurement à la vue de ces caricatures de filles de l’Est. Maquillées comme des camions volés, elles avaient vraiment la panoplie complète de la « pute » slave dans l’imaginaire collectif des Européens de l’Ouest : faux-cils, talons de plus de dix centimètres, robe ultra courte, ultra moulante, tortillage du cul permanent et intérêt assumé pour l’argent. Lorsque l’une des deux a fait connaissance avec Nathan, elle a répondu spontanément à l’annonce du métier de celui-ci :
       « Ah ! Ça me plait ! 
 - Ben pourquoi ?
 - Parce que ça gagne bien. »


En ce dimanche soir, à l’heure où les rues, bars et autres lieux de divertissement d’Allemagne, de France ou même de Navarre sont généralement déserts, cette boîte était pleine à craquer. La soirée s'est rapidement sur-alcoolisée pour tout le monde, à l’exception d’un Français à lunettes qui est resté quelques heures seulement et dont j’ignore le prénom tant il était insipide. Moritz, le plus dragueur de tous, s'est montré naturellement porté sur les jumelles jusqu’à ce que Svetlana se charge de son cas. Vodka après vodka, la jeune femme a sérieusement chauffé le joyeux Moritz, frais comme un gardon. Le champ était libre pour elle : John, après nous avoir gratifié d’un bref éloge de mes sous-vêtements aperçus alors que j’étais allongée sur le canapé, puis d’une anecdote passionnante,  « I missed my flight once, but I had a good excuse. I was fucking my girlfriend for too long », avait déjà filé à l’anglaise depuis longtemps. Déchirée et visiblement déboussolée, Svetlana a alors mis le grappin sur Lucasz, un Polonais relativement hideux et particulièrement soporifique qui faisait également partie de la bande. Assise à califourchon sur lui, elle a commencé à se dandiner comme une mauvaise strip-teaseuse. Sa tête et tout le haut de son corps a vacillé comme hors de contrôle, et ce qui devait arriver est arrivé.

Les fauteuils du carré VIP de cette discothèque haut de gamme étaient en bois massif et le nez de Svetlana s'est écrasé violemment contre les moulures supérieures. Sans doute insensible à la douleur, elle a porté la main à son nez pour vérifier s’il saignait et Lucasz m'a regardé d’un air désespéré, comme si un homme ne pouvait se porter secours alors même qu’il n’était pas étranger à un incident. Malheureusement pour lui, j’ai beau être une femme, je partage avec le sexe fort la peur du sang. Sauvée de l’évanouissement par l’obscurité qui m’empêchait de voir le liquide redouté, je suis sortie malgré tout de la discothèque en catastrophe. Cette soirée était de toute façon bien trop folle pour moi et cela faisait déjà un moment que je ne m’amusais plus. Retenue par l’une des deux jumelles adorables qui ne voulait pas me laisser rentrer seule, je cherchais des yeux le premier taxi quand un autre Français insipide du groupe est apparu de nulle part, les mains en sang. Escorté par la troisième Française insipide du groupe, il était en proie à des chutes du Niagara nasales. Ils ont crié au videur « Why did you do that ? », mais n'ont récolté que des marmonnements prononcés dans la langue locale.  C'est là qu'une scène surréaliste devant la discothèque s'est offerte à moi. D’un côté, je voyais Svetlana en larmes dans les bras de notre fidèle ami Nathan. D’un autre, un petit groupe s’agitait : Moritz allait et venait sans savoir quoi faire, les deux Français essayaient toujours d’obtenir des explications auprès du Cerbère par le biais de la jumelle. Après quelques secondes de sidération, je me suis extirpée de cette macédoine de légumes bien trop riche en mayonnaise et j'ai sauté dans un taxi aux portes qui fermaient mal.

Une fois dans l’appartement, je pensais être définitivement sortie de cette hallucination trop réelle. Mais la mauvaise descente a continué. John est sorti de la douche avec une minuscule serviette autour de la taille et je l'ai informé de la situation. Il n’en avait concrètement rien à foutre.
        « Mais envoie lui un SMS !
      - Nan...Tu sais, Svetlana, c’est exactement mon type de femme, mais je sais pas ce qui cloche avec elle. On en a déjà parlé. Je lui ai dit que si elle voulait, elle pouvait aller voir ailleurs. Mais je sais pas ce qu’elle veut. Franchement, j’ai pas envie de lui envoyer un texto. Mais toi... » 
      À ce moment-là, sa serviette s'est mise à glisser à plusieurs reprises - comme par hasard - et il la rattrapait toujours au dernier moment. Me voyant tourner la tête à chaque fois, il a enchaîné : « C’est juste un corps masculin...Mais toi t’es une fille hyper sexy et t’en as pas conscience. Tu pourrais ramener n’importe qui dans ton lit. D’ailleurs, je suis surpris qu’il soit vide ce soir. » Je me suis bien gardée de l’informer que mon lit était même complètement vide la nuit dernière puisque j’étais dans celui de Moritz.

     Heureusement, le délire s’est arrêté au son de la sonnette couplé à des tambourinements hystériques contre la porte, et le rosbif s'est aussitôt retranché dans sa chambre. J'ai ouvert la porte et Nathan portait une Svetlana inconsciente, assisté dans sa besogne par Lucasz. Alors qu’ils étaient tous les deux assis sur le canapé et que Svetlana gisait au milieu, j'ai découvert à la lumière tamisée du salon des taches de sang et de vomi sur la fameuse veste de Nathan. Je ne savais pas si Svetlana était plongée dans un coma éthylique ou si elle dormait très profondément, mais quand Nathan a légèrement déboutonné le jean de mon amie, je lui ai immédiatement lancé un regard noir :
 « Tu fais quoi là ? 
             - C’est pour qu’elle respire. »
      Je n’avais jamais rencontré Nathan avant ce séjour et me suis excusée quelques semaines plus tard pour cette remarque. Car elle a par la suite constitué pour lui, dans un premier temps, un obstacle au début d’une belle et longue amitié entre nous.
     Rassurée à la vue de la jeune femme plongée dans un sommeil profond et paisible, je me suis inquiétée du sort du deuxième Français insipide. Lucasz était aux premières loges :
             « Je sais pas. Ils m’ont foutu dehors moi aussi. Et lui, ils l’ont frappé.
             -  Mais qu’est-ce que vous avez fait ?
             - Mais rien !
             - On frappe pas quelqu’un sans raison.
             -  Mais c’est le type le plus pacifique que je connais. Il a rien fait ! »
Bon. J'ai compris que je n’en saurai pas plus.

Le lendemain matin, tout était oublié. John a déboulé dans ma chambre, toujours sans frapper, avec une assiette de bacon à la main, « lady, breakfast’s ready ». Nathan a soudain éprouvé le besoin de prendre sa douche au mépris de notre retard et du taxi qui attendait en bas de l’immeuble. Dans la voiture, le Français insipide n'a rien dévoilé des causes de ses coups, mais gardait un bon souvenir de cette soirée malgré un nez sans doute cassé. Il y a des gens dont je ne comprendrai jamais le flegme – ou l’apathie – face aux aléas de la vie.

Après un vol marqué par de fortes turbulences dans un ciel suffisamment dégagé pour nous offrir le spectacle de la magnifique côte italienne, nous avons atterri à Memmingen, ravie pour ma part de pouvoir enfin dire adieu aux trois Français insipides ainsi qu'au Polonais hideux et soporifique. Dans la voiture en direction du centre-ville,  John et Svetlana semblaient réconciliés et apaisés. Décidément, les événements passés me sont progressivement apparus comme un simple cauchemar. Svetlana s'est contentée d’une brève allusion à cette nuit de folie pour décourager Florian, assis derrière elle, de lui caresser la tête en signe d’affection : « si j’étais toi, je ne ferais pas confiance à mes cheveux ».

John nous a déposés devant une station de métro et le trajet avec Florian a été encore plus silencieux. Je devais passer la nuit chez lui avant mon vol du lendemain pour Brême. Éreintés par le voyage et la nuit presque blanche, nous avons directement pris possession du canapé en arrivant chez Florian. C’est alors qu’une fenêtre de chat Facebook s'est ouverte. La gentille jumelle venait aux nouvelles. Oui nous avions fait bon voyage et espérions que sa sœur et elle allaient bien. Mais quand même, c’était maintenant ou jamais : « Demande-lui ce qu’il s’est passé hier ». La réponse de notre correspondante ne s'est pas faite attendre. « I asked my ex who works there. He told me the French kissed the Polish guy. We don’t do that here. »