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mardi 4 juillet 2023

Concert de Suede à Cologne - 11 octobre 2022

J’ai chroniqué plusieurs festivals ici même, et pourtant ils ne sont pas tous là. Mes photos et vidéos du festival hippie A Summer’s Tale 2019 se sont vraisemblablement perdues dans les méandres du cloud ou de mes changements de portable. Comment voulez-vous que j’en aie la moindre certitude ? C’était il y a quatre ans, avant la pandémie et avant mon retour en France. Autrement dit, il y a une éternité. Dommage, car ce festival du premier weekend d'août, situé dans la lande de Lunebourg était très familial, joyeux et écolo. Il bénéficiait surtout d'une bonne programmation et du cadre idyllique de la lande de Lunebourg, sublimée par l'éclairage du festival. Cerise sur le gâteau, 2019 était la dernière édition...avec Zaz en tête d’affiche. Quand on vous dit que son carton en Allemagne est à la hauteur de la débilité des critiques qu’elle essuie dans son propre pays !

Parenthèse fermée, venons-en au groupe que j’ai découvert un soir de Summer’s Tale 2019 : Suede. Fan de britpop, je n’avais toutefois jamais entendu parler d’eux…C’est balo, car ils sont les précurseurs de ce mouvement des années 90. Sur scène, leur chanteur quinquagénaire Brett Anderson déborde de charisme et de sex-appeal. Il vit les morceaux et les incarne avec une intensité rarement vue en live. Mais la génie que je suis n’ayant pas prévu de camping, il me fallait prendre la – longue – navette direction la gare de Lunebourg à – même pas ! – la moitié du concert pour chopper le dernier train pour Hambourg. Je me suis juré de les revoir quoi qu’il en coûte.

Et le tribut fut lourd, car j’ai pris ma place pour un concert à Cologne, persuadée que ce serait pour moi le concert du siècle et que j’allais en profiter pour faire plein de trucs cools autour de Cologne. Tu parles ! Ni l’un ni l’autre. Tout d’abord, je me suis pris en pleine face une différence de taille entre les Français et les Allemands – expression à prendre au sens propre comme au figuré. Le rappel a été brutal à cause de la configuration de cette petite salle. Bon sang, mais comment ai-je fait pour vivre aussi longtemps au pays des géants et surtout pour avoir kiffé autant de concerts là-bas ? J’étais habituée, c’est certain. Dommage que je me sois déshabituée entre-temps.


Le terrible agencement du Gloria-Theater de Cologne : on ne voit rien et impossible d’avancer quand la salle est pleine.


Ce que je voyais bien trop souvent si je ne me mettais pas sur la pointe des pieds.

Le même Brett Anderson qu’en 2019 : celui qui mouille la chemise.


Le micro-lasso. Il nous avait fait le même coup au Summer’s Tale.

 

Bref, tout ça pour dire que le sex appeal intact de Brett Anderson n’a rien changé au fait que je me suis profondément ennuyée. Le public était plutôt enjoué, du moins pour un soir en semaine. Le problème venait sans doute de moi. Quant à Cologne, la suite au prochain épisode...mais sachez que la ville n’a pas sauvé cette première mauvaise impression. Loin de là.

samedi 1 juillet 2023

Concert de Gail Ann Dorsey (et M) le 7 octobre 2022

On continue la rétrospective voyages et concerts de 2022 ! J’avoue ne pas en voir la fin à cause du retard accumulé dans la rédaction des articles. Fiouuu, et dire qu’il y aura encore la première moitié de 2023 à rattraper après…

Bon, le titre du billet résume ce que – à mon avis, et d’après ce que mes oreilles ont entendu – la majorité du public a pensé de ce concert au Zénith de Dijon. M est un véritable guitar hero qui a su se construire un personnage au fil des décennies grâce à de bons gimmicks et à un univers visuel soigné.



MAIS MAIS MAIS MAIS pour cette tournée, il a surtout le mérite d’avoir su bien s’entourer et d’avoir ramené Gail Ann Dorsey, la bassiste mythique de David Bowie.

Regardez-moi cette grâce (oui je sais, ça vaut pas la reprise de Patrick Bruel non plus ahah !) :

 


Globalement, le public était survolté et j’ai passé un bon moment. Sans plus, car je ne suis pas fan fan de sa musique. Voici une exception à mon apathie générale pendant le concert :

 

vendredi 21 avril 2023

Johnny Marr, Grünspan - 5 décembre 2018

 


Cette année a été riche en concerts, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Et après une soirée décevante, j’ai eu la chance de finir 2018 en beauté grâce à Johnny Marr. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cet immense artiste, il s’agit tout simplement du guitariste et compositeur des légendaires The Smiths. Et dire que j’ai découvert les Mancuniens au cours d’un épisode de Shameless, l’une de mes séries préférées de tous les temps. Je me souviens encore de cette scène où Kelly Maguire s’adonne à une espèce de pole dance sur How Soon Is Now



au Jockey, le pub du quartier. Coup de foudre auditif pour le morceau, et de fil en aiguille, j’en ai écouté et aimé plus. C’est notamment le cas des plus connus, tels que le classique There Is A Light That Never Goes Out qui a enflammé la salle ce soir-là,



ou encore Please, Please, Please, Let Me Get What I Want. À noter que je lui préfère la sublime reprise de Clayhill qui vient clôturer un chef d’œuvre absolu selon moi…Une fin qui manque rarement de me donner les larmes aux yeux.



Avant de mettre un point final à la rétrospective de cette année musicale de folie, j’ai deux choses à préciser. Tout d’abord, la présence de seulement deux vidéos et une photo pour illustrer cet article s’explique honteusement par mon arrivée à la moitié du concert. Sans doute une sieste qui s’est éternisée, tel est mon vice depuis toujours et je m’en mords les doigts.

Ensuite, le Grünspan est comme la Große Freiheit 36 en ce sens qu’il possède une excellente acoustique, mais un agencement assez malheureux. Les trois médias que vous voyez ici le prouvent : on voit très mal. De là à dire que c’est rédhibitoire quand une légende interprète ses tubes à merveille…

vendredi 2 septembre 2022

Gang of Four, Hafenklang - 26 octobre 2018

On peut aussi appeler cette soirée « La Claque du siècle ». Une claque fait mal et laisse des traces lorsqu’elle est envoyée avec force, mais elle marque aussi les esprits quand on ne la voit pas arriver. Et c’était le cas ce soir-là. J’avais pris mon billet longtemps à l’avance pour voir ce petit groupe mythique de post-punk britannique – plus à cause du nom que par intérêt profond et grande connaissance des morceaux. Et en plus, c’était pas cher. Comme d’habitude à cette époque de dur labeur salarié, j’ai fait précéder le concert d’une sieste extensible à coups de fonction « Snooze ». Rappelons que la petite réjouissance avait lieu fin octobre à Hambourg, soit la période la plus horrible dans la capitale hanséatique. Pour faire court, octobre-novembre à Hambourg, c’est tempêtes régulières et 50 nuances de gris tous les jours. Heureusement que cette saison nous apporte les plus beaux couchers de soleil de l’année

 

Depuis mon bureau près du Rathaus,


et que la Große Elbstraße offre une vue imprenable sur le port by night.

 


Le tout compense donc les coups de fouet sur le visage et représente un bel avant-goût extérieur de la soirée mémorable que j’allais passer à l’intérieur.

Justement le Hanfeklang, parlons-en. Cette petite salle underground a l’avantage de se situer au bord de l’eau et un peu à l’écart de la tonitruante Reeperbahn et de ses clubs enfumés. Quant à sa programmation, elle est pointue et fort réjouissante. La preuve, Gang of Four ou encore Sham 69 l’année suivante n’ont pas vraiment multiplié les dates en Allemagne. Alors bravo à l’équipe du Hafenklang qui a su attirer du roastbeef qualitatif.

À ce sujet, Hambourg est la ville la plus anglaise d’Allemagne, avec ses nombreux expats et visiteurs du weekend venus tout droit de la perfide Albion grâce aux lignes ultra bon marché de Ryanair. Ce soir-là, je pense avoir été non seulement la seule Française du public, mais aussi l’une des seules personnes du continent. Les Nords-Allemands étaient peut-être dans la place, mais comment les repérer au milieu d’une petite foule d’Anglais déchaînés/bourrés/défoncés ? Comme à leur habitude, nos ennemis héréditaires sont déchaînés et leur énergie est autant responsable de la qualité du concert que les artistes qui envoient le pâté sur scène.

Le réveil n’ayant jamais été mon point fort, je rate la première partie. Peu importe. Le groupe débarque et…surprise…le guitariste Andy Gill est le seul membre de la formation originale du groupe. Petite parenthèse : ce guitariste au style très particulier – The Edge l’a souvent cité comme influence – a eu une carrière de producteur après Gang of Four et avant le come-back du groupe avec un line-up rajeuni. Il est décédé à seulement 64 ans en février 2020 ; les rumeurs le disent victime prématurée du COVID-19 avant que la pandémie ne s’attaque à l’Europe.

Les trois pièces rapportées sont géniales. Le bassiste est canon et déborde de charisme et de sensualité inconsciente, 



tandis que le chanteur dégage une énergie brute mise en valeur par une arrogance anglaise qui fleure bon la grande époque du punk où on chiait sur son public. 




Le tout donne – et je pèse mes mots près de quatre ans plus tard – le meilleur concert auquel j’ai assisté. Des pogos, des sauts, j’étais littéralement transportée. Leur son est génialissime, et je crois bien que Damaged Goods possède les meilleures paroles en langue anglaise.



Je ne sais pas combien de temps le concert a duré, je ne sais pas qui j’étais à ce moment-là. Personne, sans doute. Et c’est la plus belle sensation au monde. Peu d’expériences sont capables de l’offrir, et les concerts en font partie. Il n’y a rien de plus ineffable qu’un excellent concert, alors comme le disait très justement un Hambourgeois à son pote – la preuve qu’il y en avait dans la salle, finalement – au moment de pousser la porte du Hafenklang sur la nuit glaciale du port et en soufflant un bon coup : « Wow !... Ja, einfach wow ! ».

mardi 20 mars 2018

Sortez-moi le bon vieux féminisme du garage !

Dream Wife



Par cet hiver, ce gel, cette déprime, cette morosité interminables, rien de tel pour réchauffer ses nerfs endoloris que l’incandescence d’un groupe de garage-rock féminin comme on n’en fait plus. Trois jeunes londoniennes enragées : deux sympathiques butchers qui balancent des riffs puissants et irrésistibles accompagnés de paroles féministes vociférées par une fausse lolita blonde. 
 

Bref, un petit - minuscule - air des Slits dirais-je timidement, bien incapable de citer un autre groupe féminin similaire.


Ce « girl power » band, c’est comme un truc « à l’ancienne », ça vous ramène à la fin des années 70, vous avez l’impression de connaître, mais non. C’est nouveau et impossible de trouver un équivalent passé, malgré des clins d’œil à certaines chanteuses marquantes (ex : un « one way or another I'm gonna get ya, I'll get ya get ya get ya get ya get ya » au milieu d'une chanson et le « I tell you what I want, what I really really want » du titre FUU).
Six petites semaines après la sortie de leur premier album, les punkettes nous ont fait l’honneur de passer par l’une des villes les plus rock que je connaisse, qui plus est dans mon club préféré.


Concert du 14.03.2018 au Molotow, Hambourg

Si j’ai du mal à trouver à Dream Wife une ressemblance avec un groupe en particulier – leur son me rappelant tout au plus les Stooges (ici la formidable intro de FUU)

 
et la Patti Smith de Horses -, il en va autrement de la première partie ce soir-là. Avec wearemarvin, c’est comme si The Strokes avaient fait des cochonneries pendant quelques dates de tournée en Allemagne et que leurs fils sortaient tout à coup de l’ombre. Pour l’enfant du merveilleux revival rock des années 2000 que je suis, cette mise en bouche pré-Dream Wife a été un véritable plaisir. Moi qui n’aime pourtant pas les premières parties et arrive toujours en retard pour les louper, je ne regrette pas l’exception faite.


Pendant l’entracte, nous sommes allés fumer des clopes et surtout nous rafraîchir dans note chère cour du Molotow. Il faisait chaud dans cette salle. Tellement chaud. Comme dans tous les clubs de Hambourg, quel que soit le temps à l’extérieur. Je me rappelle les cris des petits Lemon Twigs obligés de se mettre torse-nu pendant de leur concert à l’Indra-Club en avril 2017 : « And before we all die from heat ».
Alors pour finir d’enflammer tout ça, le truculent trio débarque avec Hey Hearbreaker aux riffs entêtant. Ce morceau étant de loin le meilleur de l’album, autant dire qu’on nous a mis dans l’ambiance sans ménagement. 

 
Les chansons s’enchaînent, le public bouge bien et ça sautille sans arrêt sur la scène. Le groupe est en nage et déclare même avoir plus chaud qu'à Sidney où il a joué la semaine passée.
Trop plein d’énergie, de jeunesse qui exulte, quel pied ! Les slogans féministes fusent au milieu des paroles sans équivoque, comme dans cet hymne au respect de la femme où "I am not my body, I am somebody" fustige l'objectivisation de celle-ci.


Puis arrive en milieu de concert le « moment préféré » pour la chanteuse : celui où elle exhorte toutes les « bad bitches » de la salle à venir aux premiers rangs, et demande ainsi pendant trois plombes - puisqu’ils n’ont pas l’habitude de laisser leur place – aux mecs de « get the fuck away ». Sur fond de solidarité féminine si chère à leurs yeux, elles clament ainsi leur fierté d'être des « bad bitches » pendant la très explicite FUU. Ironie du sort : mis à part quelques rares couples lesbiens et filles "normales" dans mon genre, l'immense majorité du public est composé d'hommes. N'oublions pas que le rock - et à plus forte raison le punk - est un genre masculin très viril ; d'où le regrettable manque de filles au sein des groupes.


L’ensemble n’aura pas duré plus d’une heure, même si je n’ai bien évidemment rien chronométré. Le meilleur sauna du monde s’est terminé trop vite car il ne faut pas oublier que les demoiselles n’ont sorti qu’un album. Alors dans une apothéose de féminisme véhément - et ouvertement anti-mecs, vous l'aurez compris -, les amazones punk ont invité une poignée de gonzesses des premiers rangs à monter sur scène pour danser sur les dernières saillies punk.

Mon Dieu que c’était bon ! Le genre de concert qui vous revigore pendant les jours qui suivent. L’hiver peut continuer de nous les briser, rock and roll is not dead.

vendredi 23 février 2018

Le mythe teint en blond

Un groupe exceptionnel

Les quadras se sont époumonés sur L’Aventurier, que tout le monde connaît par cœur aujourd’hui. Les trentenaires ont vibré aux grosses guitares et sons électro d’Oli de Sat sur l’excellentissime album Paradize. Et les moins de vingt-ans ne peuvent ne pas connaître les tubes des années 80 ou singles de ces années 2010. Alors rien d’étonnant à ce que les places pour ce monumental 13 Tour d’Indochine se soient vendues comme des petits pains.
Rappelons que le concert de 2014 au Stade de France à l’occasion du Black City Tour a lui aussi affiché complet en un temps record. Depuis le 5 décembre 2017, on ne compte plus que deux artistes français - partant du principe qu'Indochine=Nicola Sirkis - à remplir le Stade de France. La parité est aussi bien respectée que le doux paradoxe qui les rapproche, puisque les deux plus grandes stars françaises se caractérisent par leur timidité, voire leur mystère.

NB : oui, oui, les Insus ont terminé leur tournée de 2017 par un concert au Stade de France, mais il s'agit là d'un groupe bicéphale !

Depuis leur meilleur album
À 15 ans, je passais des après-midi entiers à danser et chanter devant le sublime 3.6.3, grâce auquel j’ai pu découvrir d’immenses chansons de générations précédentes comme Miss Paramount ou Punishment Park.
Mais pour nous, cet Indochine du 3.6.3, c’était un retour en grosses pompes goth avec l’album Paradize, l’album le mieux vendu de l’histoire du groupe. Cet Indochine-là, c’était toute une - courte - époque. Celle où le rock et le look gothique étaient redevenus à la mode dans les années 2000, notamment avec des artistes torturés et provocateurs, comme Placebo et surtout Marilyn Manson auquel Sirkis rend hommage dans une chanson éponyme.
Une croix inoubliable – très proche de celle de l’album 13, un chanteur aux traits adolescents et cheveux couleur corbeau décoiffés avec arrogance et des clips à l’ambiance sombre : tous les ingrédients étaient réunis pour transformer en opus mythique une succession de très bonnes chansons.
Quiconque suit le groupe depuis le début ou s’intéresse un tantinet à son évolution ne peut qu’être d’accord avec ce constat : il y a un avant et un après Paradize. Musicalement, il n’a rien à voir avec l’Indochine des débuts, avec les cloches chinoises et sons de Dominique Nicolas, particulièrement audibles dans le gong d’une chanson comme Le Baiser.
Mais ce compositeur de génie ayant quitté le groupe dès 1994, une telle différence musicale ne saurait expliquer à elle seule le tournant que constitue Paradize. En effet, il reste les années 90 ! Les sons de Wax (Kissing my Song),

et surtout de Dancetaria (Stef II, Astroboy avec une interprétation marquante dans le 3.6.3)




sont déjà très proches de l’album qui suivra. Logique, puisque Oli de Sat a fait les arrangements de Danceteria et composé la quasi-totalité des morceaux de Paradize.

Bon alors, Ed, pourquoi y aurait-il un avant et un après ce dernier si la raison n’est pas musicale ? Et bien tout simplement parce que le succès n’est pas comparable. Certes, Indochine a toujours eu, à la fois objectivement et selon les propos répétés de Nicolas Sirkis, « le meilleur public du monde », mais entre les petit concerts de la tournée Nuits Intimes et le Bercy de ce fameux 3 juin 2003...vous avouerez que cet album a agi comme un sacré bulldozer. Oubliée la ringardisation du groupe par la presse : les chiffres, les records – de vente d’album et de remplissage de Bercy pour un groupe français – forceront tout ce petit monde médiatique à mettre ses moqueries de côté pour s’incliner devant l’« âme » Indochine et l’éternelle jeunesse de son leader charismatique et adoré.
Comme si cela ne suffisait pas, ce dernier veut rendre à son public ce qu’il lui a donné et se bat pour maintenir des places à 30 € ; 40 seulement pour le 13 Tour au dispositif pourtant monstrueux.

Le 13 Tour – show du 17.01.2018 à l’AccorHotels Arena
Pour savoir de quoi on parle, tapons directement dans le factuel. Voici donc la set list du concert :
https://www.setlist.fm/setlist/indochine/2018/accorhotels-arena-paris-france-4bee2b92.html

Les premiers articles sur le concert d’ouverture de la tournée, à Epernay, ont trahi une petite révolution dans l’histoire du groupe. Monsieur Sirkis a décidé, à 58 ans, comme ça sans prévenir personne, de se teindre les cheveux en blond platine. Surprise : ça lui va à ravir. Comme quoi. L’hommage assumé à David Bowie ne s’est pourtant pas limité à une simple couleur de cheveux puisque les chansons du Thin White Duke retentissaient dans l’immense salle parisienne juste avant l’arrivée d’Indochine. Immense ? Oui. Surtout avec la configuration en place – rappelons que la scène est modulable – et lorsqu’on se retrouve tout en haut, à des années lumières de la scène. La position de plongeon dans la foule était vertigineuse et donc plutôt désagréable pour un concert. En arrivant à sa place, on imagine que l’on va s’habituer, mais rien n’y fait : je suis restée légèrement mal à l’aise jusqu’à la fin du concert. L’acoustique et la situation géographique de cette salle ont beau être excellentes, les places en gradin me semblent bien trop « verticalisées » par rapport aux autres enceintes à forte capacité que je connais (ex : BarclayCard Arena de Hambourg, Galaxie d’Amnéville).

Les aspects pratiques ainsi évacués, passons au vif du sujet.
L’introduction intersidérale au concert était matérialisée par l’imitation d’une soucoupe volante au plafond, dont nous n’avons pu profiter compte tenu de notre positionnement, j’insiste, peu avantageux. Or ce petit spectacle son et lumière, sans doute magnifique, n’en finissait pas d’introduire la chanson Black Sky
et l’arrivée – enfin ! – de Son Goku transformé en Super Saiyan. Vêtu d’une sobre petite veste noire à paillettes, le Dorian Gray du rock français était plus élégant et sexy que jamais. Après avoir enchaîné tranquillement quelques titres de 13, dont le tube La vie est belle,  
et les deux meilleures chansons du très bon Alice&June, il a fendu la foule et monté les gradins pour un Tes yeux noirs « tout en émotion ».
Vous suivez toujours la set list ? Bien. Alors vous vous imaginez que le public - de tous les âges, de tous les styles et de toute la France – s’est déchaîné au numéro 15 ? Supputation validée, sans surprise.
Même si, petite déception personnelle, l’écrasante majorité des titres était issue de l’album 13 avec seulement deux chansons de Paradize, ces dernières ont été magistralement interprétées. La version acoustique d’Electrastar, première chanson de rappel  marquait ni plus ni moins que le summum de ce concert à mes yeux.
L’indétrônable J’ai demandé à la lune a quant à elle bénéficié d’une très jolie mise en scène avec avancée des deux guitaristes tout au bout de la branche principale de la croix scénique pour rejoindre Nicola. 
Ensuite, deux des plus grand tubes historiques du groupe se sont enchaînés – Trois nuits par semaine et L’aventurier. Le public le plus divers qui soit jubile.
Alors pour conclure, je dirais que ces deux heures et demie ne pouvaient être mauvaises puisqu’il s’agit d’Indochine, le plus grand groupe français. La force de ses chansons, de l’interprétation de certaines d’entre elles par un Nicola en position allongée et la beauté des images diffusées sur écran géant nous ont forcées à passer outre les beaufs du rang juste devant nous, la chute parfaitement horizontale quatre rangées plus loin du beauf en chef – quand je parlais de configuration trop vertigineuse des gradins ! -, leur odeur insupportable de bière et de conséquences aérophagiques intempestives, sans parler de la cigarette du beauf adjoint avant son expulsion définitive par la sécurité. Oui, la qualité du spectacle m’a bien fait passer outre toute cette merde. Alors merci la légende Nicola. Oui tu as un « putain de public », non cette tournée n’est pas « trop fatigante pour ton âge » car tu n’as pas d’âge. Un mythe n’a pas d’âge.


Conclusion :

Pour des raisons d’emplacement, de préférences personnelles en matière de chansons et de contingences insupportables évoquées dans le paragraphe ci-dessus, ce concert n’arrive tout de même pas à la cheville du précédent pour 2018.

lundi 5 février 2018

Vous reprendrez bien un peu de Post-Britpop !


En octobre 2017, le groupe gallois Stereophonics sortait son dixième album intitulé Scream Above The Sounds, tout juste vingt ans après Word Gets Around. Quelle endurance ! Quelle constance ! Et depuis ce concert du 29 janvier aux Docks, je peux ajouter : quelle prestance !

Splendeurs et misères d’un courant musical

Pour les utilisateurs de déodorant et de shampoing, les années 90 n’étaient pas celles du grunge, mais de la Britpop. Aucun des groupes emblématiques de cette mouvance n'en est vraiment revenu. Certains ont évolué pour le pire (Blur avec son horrible The Magic Whip), d’autres se sont séparés pour le meilleur (The Stones Roses et The La’s avec leur unique tube d'ouverture d'une décennie). Tous ces musiciens d’outre-Manche aux chansons à la fois mélodieuses et effrontément rock incarnaient une sorte de dernière aventure avant l’arrivée des groupes MySpace et du chamboulement de l’industrie du disque par Internet.
Oasis, tête de gondole du mouvement, a quitté la Britpop et les hymnes à stade dès l’aube des années 2000. Tournés légèrement vers le psychédélique, les albums de la période post-Bonehead (« l’âme d’Oasis », d’après Noel dans le documentaire Supersonic) ne sont pas à la hauteur de Morning Glory et Definitely Maybe, et encore moins à celle de ces années bénies de revival rock. Heureusement que la brouille fraternelle a arrêté le massacre.

La résistance de Galles

Or au milieu de ce champ de bataille parsemé de cadavres réchauffés en vain à coups de pathétiques reformations, des irréductibles Gallois se sont levés et se tiennent encore debout aujourd'hui. Avec d'autres groupes parfois très différents, comme Radiohead, ils sont ainsi catalogués artistes "Post-Britpop" du fait de leur explosion successive à la mort du célèbre courant musical des années 90. Depuis leurs débuts, les Stererophonics n’ont cessé de s’améliorer. Leur endurance n’est pas sans mérite puisqu’ils ont dû se séparer dès 2003 de Stuart Cable, batteur et membre fondateur du groupe qui décèdera finalement en 2010 dans de sordides conditions.

Chaque album s’est hissé parmi les meilleures ventes du Royaume-Uni grâce à des  locomotives aussi délicieuses qu’efficaces. Voici ma sélection des meilleurs singles par opus :

Word Gets Around, 1997 – Traffic

Performance and Cocktails, 1999 – The Bartender and the Thief (avec en prime le bob so 90’s)

Just Enough Education to Perform, 2001 – Have a Nice Day

You Gotta Go There to Come Back, 2003 – Maybe Tomorrow

Language. Sex. Violence. Other?, 2005 – Dakota

Pull the Pin, 2007 – Aucune, l’album ne m’a pas emballée.

Keep Calm and Carry On, 2009 – Could You Be The One (sans conviction)

Graffiti On The Train, 2013 – Indian Summer et Graffiti On The Train

Keep the Village Alive, 2015 – I Wanna Get Lost with You (oublier l’horrible single C’est la Vie)

Scream Above The Sounds, 2017 – All in One Night, Caught by the Wind, Geronimo


Regardez-moi ces dates. Quand je vous parlais d’endurance et de constance !



Concert aux Docks, Hambourg – 29.01.2018

En ce lundi soir plutôt venteux – comme un hiver hambourgeois – me voilà donc partie rejoindre quelques copines pour ce concert. Mon enthousiasme, largement stimulé par des semaines de revue de la carrière stéréophonienne via Spotify, était à son comble en arrivant aux Docks. Bonne nouvelle : la salle, dont j’ai à peine fait la connaissance à l’occasion du Reeperbahn Festival 2017, possède une excellente acoustique et dispense même le spectateur du premier étage de bouchons d’oreille.

À peine le temps de profiter d’une ballade d'Alex Francis en première partie – les gens comme moi sont naturellement, intrinsèquement et systématiquement en retard – et d’échanger quelques mots avec les filles que la deuxième bonne nouvelle arrive.

Elle s’appelle Stereophonics et plus précisément Kelly Jones. D’ailleurs pourquoi tous les Gallois célèbres s’appellent-ils Jones ? Bref. Passons. La plus belle voix masculine du rock n’est pas seulement meilleure en 2017 qu’en 1997, mais elle a aussi l’outrecuidance d’être encore plus puissante et addictive en live qu’en version studio. Les tubes s’enchaînent sans blabla car ils se suffisent à eux-mêmes. Des mélodies parfois dansantes, parfois douces, mais toujours entêtantes. Toujours ces hymnes à stade qui nous donnent l'occasion à nous, public, de nous époumoner. Toujours ces fredonnements légers qui vous volent un sourire aux lèvres, des « pam pam padam pam pam pam pam » de Have a Nice Day au refrain romantique de Traffic hurlé par le groupe de bourrins Gallois à côté de nous. Tiens. Eux. Parlons-en. Fiers de leurs petits champions, ils n’ont fait que hurler des mini-chants de ralliement entre les chansons et pintes de bière. Prenant sans doute un concert de rock pour un match de rugby et devenant – comme d’habitude - de plus en plus sentimentaux et « faggots » à mesure que l’alcool alimentait leur sang de mâles hétérosexuels, ils faisaient – de notre point de vue – presque autant partie du show que les Stereophonics eux-mêmes. Merci à eux. Vraiment.

Un concert inoubliable donc. Des musiciens canons - dans tous les sens du terme - qui m’ont fait découvrir un répertoire plus rock et moins pop que je ne l’imaginais à la seule écoute des albums. Un peu comme pour le concert des Cure, en moins émo toutefois, le temps s’est suspendu pendant ces deux heures de pur kiff. J’écris ces lignes une semaine après cette soirée magique et ma mémoire ne fait état d’aucun moment d’ennui individuel ou de retombée d’ambiance générale dans la salle. Au contraire, et j’ai envie de terminer sur ce fait exceptionnel, les dernières chansons ont été jouées dans une sorte d’apothéose. Le public – moi y-compris – pourtant très chaud dès les premières notes semblait bouillir à la fin du concert. Pourquoi la foule chantait et dansait-elle plus fort ? Une émulation après tous ces bons morceaux ? L’envie de tout donner parce qu’on sent que la fin approche ? Impossible de savoir. Mais alors quand Dakota, l’une des meilleures chansons du groupe, a déboulé en rappel...


Conclusion

L’année concerts 2017 s’était achevée en beauté.

Les Stereophonics placent la barre très – très - haut pour 2018.