J’ai chroniqué plusieurs festivals ici même, et pourtant ils ne sont pas tous là. Mes
photos et vidéos du festival hippie A Summer’s Tale 2019 se sont
vraisemblablement perdues dans les méandres du cloud ou de mes changements de
portable. Comment voulez-vous que j’en aie la moindre certitude ? C’était
il y a quatre ans, avant la pandémie et avant mon retour en France. Autrement dit, il y a une
éternité. Dommage, car ce festival du premier weekend d'août, situé dans la lande de Lunebourg était très
familial, joyeux et écolo. Il bénéficiait surtout d'une bonne programmation et du cadre
idyllique de la lande de Lunebourg, sublimée par l'éclairage du festival. Cerise sur le gâteau, 2019 était la dernière édition...avec
Zaz en tête d’affiche. Quand on vous dit que son carton en Allemagne est à la
hauteur de la débilité des critiques qu’elle essuie dans son propre pays !
Parenthèse fermée, venons-en au groupe que j’ai
découvert un soir de Summer’s Tale 2019 : Suede. Fan de britpop, je n’avais
toutefois jamais entendu parler d’eux…C’est balo, car ils sont les précurseurs
de ce mouvement des années 90. Sur scène, leur chanteur quinquagénaire Brett
Anderson déborde de charisme et de sex-appeal. Il vit les morceaux et les
incarne avec une intensité rarement vue en live. Mais la génie que je suis n’ayant
pas prévu de camping, il me fallait prendre la – longue – navette direction la
gare de Lunebourg à – même pas ! – la moitié du concert pour chopper le
dernier train pour Hambourg. Je me suis juré de les revoir quoi qu’il en coûte.
Et le tribut fut lourd, car j’ai pris ma place
pour un concert à Cologne, persuadée que ce serait pour moi le concert du
siècle et que j’allais en profiter pour faire plein de trucs cools autour de
Cologne. Tu parles ! Ni l’un ni l’autre. Tout d’abord, je me suis pris en
pleine face une différence de taille entre les Français et les Allemands –
expression à prendre au sens propre comme au figuré. Le rappel a été brutal à
cause de la configuration de cette petite salle. Bon sang, mais comment ai-je
fait pour vivre aussi longtemps au pays des géants et surtout pour avoir kiffé
autant de concerts là-bas ? J’étais habituée, c’est certain. Dommage que
je me sois déshabituée entre-temps.
Le terrible agencement du Gloria-Theater de Cologne : on ne voit rien et impossible d’avancer quand la salle est pleine.
Ce que je voyais bien trop souvent si je ne me mettais pas sur la pointe des pieds.
Le même
Brett Anderson qu’en 2019 : celui qui mouille la chemise.
Le
micro-lasso. Il nous avait fait le même coup au Summer’s Tale.
Bref, tout ça pour dire que le sex appeal
intact de Brett Anderson n’a rien changé au fait que je me suis profondément
ennuyée. Le public était plutôt enjoué, du moins pour un soir en semaine. Le problème venait sans doute de moi. Quant à Cologne, la suite au prochain épisode...mais sachez que la ville n’a pas sauvé cette
première mauvaise impression. Loin de là.
On continue la rétrospective voyages et
concerts de 2022 ! J’avoue ne pas en voir la fin à cause du retard accumulé
dans la rédaction des articles. Fiouuu, et dire qu’il y aura encore la première
moitié de 2023 à rattraper après…
Bon, le titre du billet résume ce que – à mon
avis, et d’après ce que mes oreilles ont entendu – la majorité du public a
pensé de ce concert au Zénith de Dijon. M est un véritable guitar hero qui a su
se construire un personnage au fil des décennies grâce à de bons gimmicks et à
un univers visuel soigné.
MAIS MAIS MAIS MAIS pour cette tournée, il a
surtout le mérite d’avoir su bien s’entourer et d’avoir ramené Gail Ann Dorsey,
la bassiste mythique de David Bowie.
Regardez-moi cette grâce (oui je sais, ça vaut
pas la reprise de Patrick Bruel non plus ahah !) :
Globalement, le public était survolté et j’ai
passé un bon moment. Sans plus, car je ne suis pas fan fan de sa musique. Voici une exception à mon apathie générale
pendant le concert :
Cette année a été riche en concerts, tant sur
le plan qualitatif que quantitatif. Et après une soirée décevante, j’ai eu la chance de finir 2018 en beauté grâce à
Johnny Marr. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cet immense artiste, il s’agit
tout simplement du guitariste et compositeur des légendaires The Smiths. Et
dire que j’ai découvert les Mancuniensau cours d’un épisode de Shameless, l’une de mes séries préférées de tous les
temps. Je me souviens encore de cette scène où Kelly Maguire s’adonne à une espèce
de pole dance sur How Soon Is Now
au Jockey, le pub du quartier. Coup de foudre
auditif pour le morceau, et de fil en aiguille, j’en ai écouté et aimé plus. C’est
notamment le cas des plus connus, tels que le classique There Is A Light That Never Goes Out qui a enflammé la salle ce soir-là,
ou encore Please, Please, Please, Let Me Get What I
Want. À noter que je lui préfère la sublime reprise de
Clayhill qui vient clôturer un chef d’œuvre absolu selon moi…Une fin qui manque
rarement de me donner les larmes aux yeux.
Avant de mettre un point final à la
rétrospective de cette année musicale de folie, j’ai deux choses à préciser. Tout
d’abord, la présence de seulement deux vidéos et une photo pour illustrer cet
article s’explique honteusement par mon arrivée à la moitié du concert. Sans
doute une sieste qui s’est éternisée, tel est mon vice depuis toujours et je m’en mords les
doigts.
Ensuite, le Grünspan est comme la Große
Freiheit 36 en ce sens qu’il possède une excellente acoustique, mais un
agencement assez malheureux. Les trois médias que vous voyez ici le prouvent :
on voit très mal. De là à dire que c’est rédhibitoire quand une légende interprète
ses tubes à merveille…
On peut aussi appeler
cette soirée « La Claque du siècle ». Une claque fait mal et laisse
des traces lorsqu’elle est envoyée avec force, mais elle marque aussi les
esprits quand on ne la voit pas arriver. Et c’était le cas ce soir-là. J’avais
pris mon billet longtemps à l’avance pour voir ce petit groupe mythique de
post-punk britannique – plus à cause du nom que par intérêt profond et grande
connaissance des morceaux. Et en plus, c’était pas cher. Comme d’habitude
à cette époque de dur labeur salarié, j’ai fait précéder le concert d’une
sieste extensible à coups de fonction « Snooze ». Rappelons que la petite réjouissance avait
lieu fin octobre à Hambourg, soit la période la plus horrible dans la capitale
hanséatique. Pour faire court, octobre-novembre à Hambourg, c’est tempêtes
régulières et 50 nuances de gris tous les jours. Heureusement que cette saison
nous apporte les plus beaux couchers de soleil de l’année
Depuis mon bureau près du Rathaus,
et que la Große Elbstraße offre une vue imprenable sur le port by night.
Le tout compense donc
les coups de fouet sur le visage et représente un bel avant-goût extérieur de
la soirée mémorable que j’allais passer à l’intérieur.
Justement le
Hanfeklang, parlons-en. Cette petite salle underground a l’avantage de se
situer au bord de l’eau et un peu à l’écart de la tonitruante Reeperbahn et de
ses clubs enfumés. Quant à sa programmation, elle est pointue et fort réjouissante.
La preuve, Gang of Four ou encore Sham 69 l’année suivante n’ont pas vraiment
multiplié les dates en Allemagne. Alors bravo à l’équipe du Hafenklang qui a su
attirer du roastbeef qualitatif.
À ce sujet, Hambourg
est la ville la plus anglaise d’Allemagne, avec ses nombreux expats et
visiteurs du weekend venus tout droit de la perfide Albion grâce aux lignes
ultra bon marché de Ryanair. Ce soir-là, je pense avoir été non seulement la
seule Française du public, mais aussi l’une des seules personnes du continent.
Les Nords-Allemands étaient peut-être dans la place, mais comment les repérer
au milieu d’une petite foule d’Anglais déchaînés/bourrés/défoncés ? Comme à leur habitude, nos ennemis
héréditaires sont déchaînés et leur énergie est autant responsable de la
qualité du concert que les artistes qui envoient le pâté sur scène.
Le réveil n’ayant
jamais été mon point fort, je rate la première partie. Peu importe. Le groupe
débarque et…surprise…le guitariste Andy Gill est le seul membre de la formation
originale du groupe. Petite parenthèse : ce guitariste au style très
particulier – The Edge l’a souvent cité comme influence – a
eu une carrière de producteur après Gang of Four et avant le come-back du groupe avec un line-up rajeuni. Il est décédé à seulement 64 ans en février 2020 ; les rumeurs le disent victime prématurée du COVID-19 avant que la pandémie ne s’attaque à l’Europe.
Les trois pièces
rapportées sont géniales. Le bassiste est canon et déborde de charisme et de
sensualité inconsciente,
tandis que le chanteur dégage une énergie brute
mise en valeur par une arrogance anglaise qui fleure bon la grande époque du punk où on
chiait sur son public.
Le tout donne – et je pèse mes mots près de quatre ans
plus tard – le meilleur concert auquel j’ai assisté. Des pogos, des sauts, j’étais
littéralement transportée. Leur son est génialissime, et je crois bien que
Damaged Goods possède les meilleures paroles en langue anglaise.
Je ne sais pas
combien de temps le concert a duré, je ne sais pas qui j’étais à ce moment-là.
Personne, sans doute. Et c’est la plus belle sensation au monde. Peu d’expériences
sont capables de l’offrir, et les concerts en font partie. Il n’y a rien de plus
ineffable qu’un excellent concert, alors comme le disait très justement un
Hambourgeois à son pote – la preuve qu’il y en avait dans la salle, finalement –
au moment de pousser la porte du Hafenklang sur la nuit glaciale du port et en
soufflant un bon coup : « Wow !... Ja, einfach wow ! ».
Par cet hiver, ce gel, cette déprime, cette morosité
interminables, rien de tel pour réchauffer ses nerfs endoloris que l’incandescence
d’un groupe de garage-rock féminin comme on n’en fait plus. Trois jeunes
londoniennes enragées : deux sympathiques butchers qui balancent des riffs
puissants et irrésistibles accompagnés de paroles féministes vociférées par une
fausse lolita blonde.
Bref, un petit - minuscule - air des Slits dirais-je timidement, bien
incapable de citer un autre groupe féminin similaire.
Ce « girl power » band, c’est
comme un truc « à l’ancienne », ça vous ramène à la fin des années
70, vous avez l’impression de connaître, mais non. C’est nouveau et impossible de trouver un équivalent passé, malgré des clins d’œil à certaines chanteuses marquantes (ex : un « one way or another I'm gonna get ya, I'll get ya get ya get ya get ya get ya » au milieu d'une chanson et le « I tell you what I want, what I really really want » du titre FUU).
Six petites semaines après la sortie de leur premier album,
les punkettes nous ont fait l’honneur de passer par l’une des villes les plus rock que
je connaisse, qui plus est dans mon club préféré.
Concert du 14.03.2018 au Molotow, Hambourg
Si j’ai du mal à trouver à Dream Wife une ressemblance avec
un groupe en particulier – leur son me rappelant tout au plus les Stooges (ici la formidable intro de FUU)
et la
Patti Smith de Horses -, il en va autrement
de la première partie ce soir-là. Avec wearemarvin, c’est comme
si The Strokes avaient fait des
cochonneries pendant quelques dates de tournée en Allemagne et que leurs fils
sortaient tout à coup de l’ombre. Pour l’enfant du merveilleux revival rock des années 2000
que je suis, cette mise en bouche pré-Dream Wife a été un véritable plaisir.
Moi qui n’aime pourtant pas les premières parties et arrive toujours en retard
pour les louper, je ne regrette pas l’exception faite.
Pendant l’entracte, nous sommes allés fumer
des clopes et surtout nous rafraîchir dans note chère cour du Molotow. Il
faisait chaud dans cette salle. Tellement chaud. Comme dans tous les clubs de
Hambourg, quel que soit le temps à l’extérieur. Je me rappelle les cris des
petits Lemon Twigs obligés de se mettre torse-nu pendant de leur concert à l’Indra-Club
en avril 2017 : « And before we all die from heat ».
Alors pour finir d’enflammer tout ça, le truculent
trio débarque avec Hey Hearbreaker aux riffs entêtant. Ce morceau étant de loin le
meilleur de l’album, autant dire qu’on nous a mis dans l’ambiance sans ménagement.
Les chansons s’enchaînent, le public bouge bien et ça sautille sans arrêt sur la
scène. Le groupe est en nage et déclare même avoir plus chaud qu'à Sidney où il a joué la semaine passée.
Trop plein d’énergie, de jeunesse qui exulte, quel pied ! Les slogans féministes fusent au milieu des paroles sans équivoque, comme dans cet hymne au respect de la femme où "I am not my body, I am somebody" fustige l'objectivisation de celle-ci.
Puis arrive
en milieu de concert le « moment préféré » pour la
chanteuse : celui où elle exhorte toutes les « bad bitches » de
la salle à venir aux premiers rangs, et demande ainsi pendant trois plombes - puisqu’ils
n’ont pas l’habitude de laisser leur place – aux mecs de « get the fuck
away ». Sur fond de solidarité féminine si chère à leurs yeux, elles clament ainsi leur fierté d'être des « bad bitches » pendant la très explicite FUU. Ironie du sort : mis à part quelques rares couples lesbiens et filles "normales" dans mon genre, l'immense majorité du public est composé d'hommes. N'oublions pas que le rock - et à plus forte raison le punk - est un genre masculin très viril ; d'où le regrettable manque de filles au sein des groupes.
L’ensemble n’aura pas duré plus d’une heure, même si je n’ai
bien évidemment rien chronométré. Le meilleur sauna du monde s’est terminé trop
vite car il ne faut pas oublier que les demoiselles n’ont sorti qu’un album.
Alors dans une apothéose de féminisme véhément - et ouvertement anti-mecs, vous l'aurez compris -, les amazones punk ont
invité une poignée de gonzesses des premiers rangs à monter sur scène pour danser
sur les dernières saillies punk.
Mon Dieu que c’était bon ! Le genre de concert qui vous revigore pendant les jours qui suivent. L’hiver peut continuer de nous les
briser, rock and roll is not dead.
Les quadras se sont époumonés sur
L’Aventurier, que tout le monde
connaît par cœur aujourd’hui. Les trentenaires ont vibré aux grosses guitares
et sons électro d’Oli de Sat sur l’excellentissime album Paradize. Et les moins de vingt-ans ne peuvent ne pas connaître les
tubes des années 80 ou singles de ces années 2010. Alors rien d’étonnant à ce
que les places pour ce monumental 13
Tour d’Indochine se soient
vendues comme des petits pains.
Rappelons que le concert de 2014 au Stade de
France à l’occasion du Black City Tour
a lui aussi affiché complet en un temps record. Depuis le 5 décembre 2017, on
ne compte plus que deux artistes français - partant du principe qu'Indochine=Nicola Sirkis - à remplir le Stade de France. La
parité est aussi bien respectée que le doux paradoxe qui les rapproche, puisque
les deux plus grandes stars françaises se caractérisent par leur timidité,
voire leur mystère.
NB : oui, oui, les Insus ont terminé leur tournée de 2017 par un concert au Stade de France, mais il s'agit là d'un groupe bicéphale ! Depuis leur meilleur album
À 15 ans, je passais
des après-midi entiers à danser et chanter devant le sublime 3.6.3, grâce auquel j’ai pu découvrir
d’immenses chansons de générations précédentes comme Miss Paramount ou Punishment
Park.
Mais pour nous, cet
Indochine du 3.6.3, c’était un retour en grosses pompes goth avec l’album Paradize, l’album le mieux vendu de l’histoire
du groupe. Cet Indochine-là, c’était
toute une - courte - époque. Celle où le rock et le look gothique étaient redevenus
à la mode dans les années 2000, notamment avec des artistes torturés et
provocateurs, comme Placebo et surtout Marilyn Manson auquel Sirkis rend hommage
dans une chanson éponyme.
Une croix
inoubliable – très proche de celle de l’album 13, un chanteur aux traits
adolescents et cheveux couleur corbeau décoiffés avec arrogance et des clips à
l’ambiance sombre : tous les ingrédients étaient réunis pour transformer
en opus mythique une succession de très bonnes chansons.
Quiconque suit le
groupe depuis le début ou s’intéresse un tantinet à son évolution ne peut qu’être
d’accord avec ce constat : il y a un avant et un après Paradize. Musicalement, il n’a rien à
voir avec l’Indochine des débuts, avec les cloches chinoises et sons de
Dominique Nicolas, particulièrement audibles dans le gong d’une chanson comme Le Baiser.
Mais ce compositeur de génie
ayant quitté le groupe dès 1994, une telle différence musicale ne saurait expliquer à
elle seule le tournant que constitue Paradize. En effet, il reste les années 90 !
Les sons de Wax (Kissing my Song),
et
surtout de Dancetaria (Stef II,Astroboy avec une
interprétation marquante dans le 3.6.3)
sont déjà très proches de l’album qui
suivra. Logique, puisque Oli de Sat a fait les arrangements de Danceteria et composé la quasi-totalité
des morceaux de Paradize.
Bon alors, Ed, pourquoi
y aurait-il un avant et un après ce dernier si la raison n’est pas
musicale ? Et bien tout simplement parce que le succès n’est pas comparable.
Certes, Indochine a toujours eu, à la fois objectivement et selon les propos
répétés de Nicolas Sirkis, « le meilleur public du monde », mais
entre les petit concerts de la tournée Nuits
Intimes et le Bercy de ce fameux 3 juin 2003...vous avouerez que cet album
a agi comme un sacré bulldozer. Oubliée la ringardisation du groupe par la
presse : les chiffres, les records – de vente d’album et de remplissage de
Bercy pour un groupe français – forceront tout ce petit monde médiatique à
mettre ses moqueries de côté pour s’incliner devant l’« âme »
Indochine et l’éternelle jeunesse de son leader charismatique et adoré.
Comme si cela ne
suffisait pas, ce dernier veut rendre à son public ce qu’il lui a donné et se
bat pour maintenir des places à 30 € ; 40 seulement pour le 13 Tour au dispositif pourtant
monstrueux.
Le 13 Tour – show du 17.01.2018 à l’AccorHotels Arena
Les premiers articles sur le concert d’ouverture de la tournée, à Epernay, ont
trahi une petite révolution dans l’histoire du groupe. Monsieur Sirkis a
décidé, à 58 ans, comme ça sans prévenir personne, de se teindre les cheveux en
blond platine. Surprise : ça lui va à ravir. Comme quoi. L’hommage assumé
à David Bowie ne s’est pourtant pas limité à une simple couleur de cheveux
puisque les chansons du Thin White Duke retentissaient dans l’immense salle
parisienne juste avant l’arrivée d’Indochine. Immense ? Oui. Surtout avec
la configuration en place – rappelons que la scène est modulable – et lorsqu’on
se retrouve tout en haut, à des années lumières de la scène. La position de
plongeon dans la foule était vertigineuse et donc plutôt désagréable pour un
concert. En arrivant à sa place, on imagine que l’on va s’habituer, mais rien n’y
fait : je suis restée légèrement mal à l’aise jusqu’à la fin du concert. L’acoustique
et la situation géographique de cette salle ont beau être excellentes, les
places en gradin me semblent bien trop « verticalisées » par
rapport aux autres enceintes à forte capacité que je connais (ex : BarclayCard
Arena de Hambourg, Galaxie d’Amnéville).
Les aspects pratiques
ainsi évacués, passons au vif du sujet.
L’introduction intersidérale
au concert était matérialisée par l’imitation d’une soucoupe volante au
plafond, dont nous n’avons pu profiter compte tenu de notre positionnement, j’insiste,
peu avantageux. Or ce petit spectacle son et lumière, sans doute magnifique, n’en
finissait pas d’introduire la chanson Black
Sky
et l’arrivée – enfin ! – de Son Goku transformé en Super Saiyan.
Vêtu d’une sobre petite veste noire à paillettes, le Dorian Gray du rock français
était plus élégant et sexy que jamais. Après avoir enchaîné tranquillement quelques
titres de 13, dont le tube La vie est
belle,
et les deux meilleures
chansons du très bon Alice&June, il
a fendu la foule et monté les gradins pour un Tes yeux noirs « tout en émotion ».
Vous suivez toujours la
set list ? Bien. Alors vous vous imaginez que le public - de tous les
âges, de tous les styles et de toute la France – s’est déchaîné au numéro 15 ?
Supputation validée, sans surprise.
Même si, petite
déception personnelle, l’écrasante majorité des titres était issue de l’album
13 avec seulement deux chansons de Paradize,
ces dernières ont été magistralement interprétées. La version acoustique d’Electrastar, première chanson de rappel
marquait ni plus ni moins que le summum
de ce concert à mes yeux.
L’indétrônable J’ai
demandé à la lunea quant à elle bénéficié d’une très jolie mise en scène
avec avancée des deux guitaristes tout au bout de la branche principale de la
croix scénique pour rejoindre Nicola.
Ensuite, deux des plus grand tubes
historiques du groupe se sont enchaînés – Trois
nuits par semaine et L’aventurier.
Le public le plus divers qui soit jubile.
Alors pour conclure, je
dirais que ces deux heures et demie ne pouvaient être mauvaises puisqu’il s’agit
d’Indochine, le plus grand groupe français. La force de ses chansons, de l’interprétation
de certaines d’entre elles par un Nicola en position allongée et la beauté des
images diffusées sur écran géant nous ont forcées à passer outre les beaufs du
rang juste devant nous, la chute parfaitement horizontale quatre rangées plus
loin du beauf en chef – quand je parlais de configuration trop vertigineuse des
gradins ! -, leur odeur insupportable de bière et de conséquences aérophagiques
intempestives, sans parler de la cigarette du beauf adjoint avant son expulsion
définitive par la sécurité. Oui, la qualité du spectacle m’a bien fait passer
outre toute cette merde. Alors merci la légende Nicola. Oui tu as un « putain
de public », non cette tournée n’est pas « trop fatigante pour
ton âge » car tu n’as pas d’âge. Un mythe n’a pas d’âge.
Conclusion :
Pour des raisons d’emplacement,
de préférences personnelles en matière de chansons et de contingences
insupportables évoquées dans le paragraphe ci-dessus, ce concert n’arrive tout
de même pas à la cheville du précédent pour 2018.
En octobre 2017, le groupe gallois Stereophonics sortait son dixième album intitulé
Scream Above The Sounds, tout juste vingt ans après Word Gets Around. Quelle
endurance ! Quelle constance ! Et depuis ce concert du 29
janvier aux Docks, je peux ajouter : quelle prestance !
Splendeurs et
misères d’un courant musical
Pour les
utilisateurs de déodorant et de shampoing, les années 90 n’étaient pas celles du
grunge, mais de la Britpop. Aucun des groupes emblématiques de cette mouvance n'en est vraiment revenu. Certains ont évolué pour le pire (Blur avec son horrible
The Magic Whip), d’autres se sont séparés pour le meilleur (The Stones Roses et
The La’s avec leur unique tube d'ouverture d'une décennie). Tous ces musiciens d’outre-Manche aux chansons à la
fois mélodieuses et effrontément rock incarnaient une sorte de dernière aventure avant l’arrivée
des groupes MySpace et du chamboulement de l’industrie du disque par Internet.
Oasis, tête de gondole du mouvement, a quitté la Britpop et les hymnes à stade dès l’aube des années 2000. Tournés légèrement
vers le psychédélique, les albums de la période post-Bonehead (« l’âme d’Oasis »,
d’après Noel dans le documentaire Supersonic) ne sont pas à la hauteur de
Morning Glory et Definitely Maybe, et encore moins à celle de ces années bénies
de revival rock. Heureusement que la brouille fraternelle a arrêté le massacre.
La
résistance de Galles
Or au milieu de ce champ de bataille
parsemé de cadavres réchauffés en vain à coups de pathétiques reformations, des
irréductibles Gallois se sont levés et se tiennent encore debout aujourd'hui. Avec d'autres groupes parfois très différents, comme Radiohead, ils sont ainsi catalogués artistes "Post-Britpop" du fait de leur explosion successive à la mort du célèbre courant musical des années 90. Depuis leurs débuts, les Stererophonics n’ont cessé de s’améliorer. Leur endurance n’est pas sans mérite puisqu’ils ont dû se séparer dès 2003 de Stuart
Cable, batteur et membre fondateur du groupe qui décèdera finalement en 2010
dans de sordides conditions.
Chaque album s’est hissé parmi les meilleures ventes du Royaume-Uni grâce à
des locomotives aussi délicieuses qu’efficaces.
Voici ma sélection des meilleurs singles par opus :
Word
Gets Around, 1997 – Traffic
Performance
and Cocktails, 1999 – The Bartender and the Thief (avec en prime le bob so 90’s)
Just
Enough Education to Perform, 2001 – Have a Nice Day
You
Gotta Go There to Come Back, 2003 – Maybe Tomorrow
Language.
Sex. Violence. Other?, 2005 – Dakota
Pull the Pin, 2007 – Aucune, l’album ne m’a pas emballée.
Keep
Calm and Carry On, 2009 – Could You Be The One (sans conviction)
Graffiti
On The Train, 2013 – Indian Summer et Graffiti On The Train
Keep
the Village Alive, 2015 – I Wanna Get Lost with You (oublier l’horrible single
C’est la Vie)
Scream
Above The Sounds, 2017 – All in One Night, Caught by the Wind, Geronimo
Regardez-moi ces dates. Quand je vous parlais d’endurance et de constance !
Concert aux
Docks, Hambourg – 29.01.2018
En ce lundi soir plutôt venteux – comme
un hiver hambourgeois – me voilà donc partie rejoindre quelques copines pour ce
concert. Mon enthousiasme, largement stimulé par des semaines de revue de la
carrière stéréophonienne via Spotify, était à son comble en arrivant aux Docks.
Bonne nouvelle : la salle, dont j’ai à peine fait la connaissance à l’occasion
du Reeperbahn Festival 2017, possède
une excellente acoustique et dispense même le spectateur du premier étage de
bouchons d’oreille.
À peine le temps de profiter d’une ballade d'Alex Francis en première partie – les gens comme moi sont
naturellement, intrinsèquement et systématiquement en retard – et d’échanger
quelques mots avec les filles que la deuxième bonne nouvelle arrive.
Elle s’appelle Stereophonics et plus
précisément Kelly Jones. D’ailleurs pourquoi tous les Gallois célèbres s’appellent-ils
Jones ? Bref. Passons. La plus belle voix masculine du rock n’est pas
seulement meilleure en 2017 qu’en 1997, mais elle a aussi l’outrecuidance d’être encore plus puissante et addictive en live qu’en version studio. Les tubes s’enchaînent sans blabla car ils se suffisent à eux-mêmes. Des
mélodies parfois dansantes, parfois douces, mais toujours entêtantes. Toujours
ces hymnes à stade qui nous donnent l'occasion à nous, public, de nous époumoner.
Toujours ces fredonnements légers qui vous volent un sourire aux lèvres, des « pam
pam padam pam pam pam pam » de Have a Nice Day au refrain romantique de
Traffic hurlé par le groupe de bourrins Gallois à côté de nous. Tiens. Eux.
Parlons-en. Fiers de leurs petits champions, ils n’ont fait que hurler des
mini-chants de ralliement entre les chansons et pintes de bière. Prenant sans
doute un concert de rock pour un match de rugby et devenant – comme d’habitude
- de plus en plus sentimentaux et « faggots » à mesure que l’alcool
alimentait leur sang de mâles hétérosexuels, ils faisaient – de notre point de
vue – presque autant partie du show que les Stereophonics eux-mêmes. Merci à
eux. Vraiment.
Un concert inoubliable donc. Des musiciens
canons - dans tous les sens du terme - qui m’ont fait découvrir un répertoire
plus rock et moins pop que je ne l’imaginais à la seule écoute des albums. Un peu comme pour le concert des Cure, en moins émo toutefois, le temps s’est suspendu pendant ces deux heures
de pur kiff. J’écris ces lignes une semaine après cette soirée magique et ma
mémoire ne fait état d’aucun moment d’ennui individuel ou de retombée d’ambiance
générale dans la salle. Au contraire, et j’ai envie de terminer sur ce fait exceptionnel,
les dernières chansons ont été jouées dans une sorte d’apothéose. Le public –
moi y-compris – pourtant très chaud dès les premières notes semblait bouillir à
la fin du concert. Pourquoi la foule chantait et dansait-elle plus fort ? Une
émulation après tous ces bons morceaux ? L’envie de tout donner parce qu’on
sent que la fin approche ? Impossible de savoir. Mais alors quand Dakota, l’une
des meilleures chansons du groupe, a déboulé en rappel...