jeudi 3 octobre 2013

"Bonjouuuuuuur Edwige"

J’entre dans la salle, un peu fébrile, comme pour une première visite chez le psy j’imagine. La vingtaine de personnes déjà assise en cercle se retourne au bruit déclenché par l’ouverture de la porte. Je prends place le plus discrètement possible…Dieu sait si je n’aime pas me faire remarquer, Dieu sait pourtant à quel point je n’y manque jamais puisque arriver en retard est inscrit dans mon code génétique. Le dernier participant achève de dire ce qu’il avait à dire et les regards se tournent une fois de plus vers moi. J’en conclus que c’est à mon tour de parler. Je me présente donc :
« Bonjour. Moi c’est Edwige.
_ Bonjouuuuuuur Edwige.
_ Alors tout a commencé une nuit, comme bon nombre d’entre nous j’imagine. Cette nuit-là j’étais en France chez mes parents, oui je précise que j’habite officiellement en Allemagne, ce qui aura son importance par la suite. Donc c’était une nuit, je ne sais plus à quel moment dans l’année, ni à quelle heure dans la nuit, mais voilà. Tout a commencé. Ce n’était peut-être pas la première fois, cette nuit n’a peut-être rien déclenché du tout, le processus a dû être plus évolutif. Je suis tombée sur lui, ce sont des choses qui arrivent. En même temps il ne faut pas culpabiliser, c’était lui ou « Chasse et pêche » OU « Emissions religieuses ». Donc voilà, je l’ai vu, avec sa tête de Pakistanais, gesticuler comme une sardine, faire ses mouvements de coude à la Sarkozy (d’ailleurs ça me fait chier), j’ai entendu son pseudo accent pied noir irrésistible, ses expressions propres ("quelle bande de bras cassés", "salut mes petites beautés", "le gars, il est magnifique, on se le revoit celui-là, obligé"),  et surtout son rire d’hyène. 



A partir de là ça a été l’escalade : j’ai été prise par la mécanique due à l’effet de bande et par les running gags. Patoche, le pervers qui n’a pas pécho depuis l’armistice, la petite bimbo qui gueule tout le temps, les vannes permanentes sur les fringues, le fayot et surtout…le RIRE. Il rit, on rit. Théoriquement on appelle cela un rire communicatif, mais dans son cas c’est plus contagieux qu’une gastro. Sans parler de ses danses improbables. Sa plus connue ne m’emballe pas, mais celle-ci par exemple m’a marquée à vie. Comme quoi on peut être majeure et avoir l’âme d’une enfant de quatre ans.


Bref. Vous savez, les nuits sur la chaîne du groupe Canal + sont monopolisées par cette énergumène. Et c’est bien là mon drame, puisqu’on finit par en regarder deux, trois, voire quatre d’affilée sans s’en rendre compte. Puis il nous faut notre dose quotidienne, comme les amateurs de séries, l’autre drogue dure de notre époque. Une fois rentrée en Allemagne, tout allait bien, je gérais en regardant les replay sur le site de la chaîne. Un jour pourtant, ce fût le drame. Un message après les 30 secondes de publicités habituelles pour bagnole : « ce contenu n’est pas accessible dans votre pays. » J’ai donc ressenti un manque terrible, d’autant que les internautes ne pouvaient pas poster des vidéos sur Youtube. Ils avaient tout bloqué ces enculés de D8 ! »


(Visages choqués dans l’assemblée). Je m’explique donc :
« Je pense être la seule Française expatriée parmi vous, et donc la seule à avoir subi ce manque terrible. Mes mots sont pesés, croyez-moi !
_ Je t’en prie Edwige, dit le chef du cercle, poursuis.
_ Merci. Je disais que mes propos sont à la hauteur de mon désarroi et du profond sentiment d’injustice ressenti. Depuis cette interdiction, mes séjours en France se sont transformés en copies conformes de la vie d’un joueur de GTA, ou encore de Candy Crush puisque c’est plus parlant à l’heure où je vous parle. Il me fallait rattraper un maximum d’émissions manquées, en plus des quotidiennes du jour même. Je me souviens même avoir appelé Cyril un ami qui m’a hébergée pendant quelques jours. Inutile de vous dire qu’il ne s’appelait pas Cyril du tout. Bon depuis hier, tout va pour le mieux, j’ai trouvé un remède miracle, http://tntv-rattrapage.overblog.com/touche-pas-%C3%A0-mon-poste-11-09-13. Je voulais tout simplement témoigner, au nom de nombreux expatriés francais, et surtout entendre de la part de gens comme moi que ce n’est pas grave, que rire aux blagues de Cyril Hanouna et l’adorer ne fait pas de nous des débiles mentaux. C’est juste un type bien et humble, ça crève l’écran.


C'est loin d'être le cas de tout le monde à la télé. Je veux pas citer de noms.


Bref. Merci de m’avoir écoutée.
_ Merciiiiii Edwige. »

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